L'intelligence artificielle (IA) est en train de changer « l’ADN » du crime organisé dans l’UE, a averti Europol mardi 18 mars dans un nouveau rapport 'Évaluation de la menace que représente la grande criminalité et la criminalité organisée dans l'UE (EU-SOCTA)'.
La criminalité se montre de plus en plus « déstabilisatrice, s’illustrant par le blanchiment ou le réinvestissement de produits illicites, la corruption, la violence et l’exploitation criminelle de jeunes délinquants, mais aussi de plus en plus par des connexions avec des acteurs étatiques, parfois de menaces hybrides », les réseaux criminels pouvant servir d’intermédiaires, par exemple dans des actes de sabotage.
Présenté à La Haye par la directrice d’Europol, Catherine De Bolle, le commissaire européen aux Affaires intérieures, Magnus Brunner, et la Présidence polonaise du Conseil de l’UE, le rapport identifie trois caractéristiques déterminantes du paysage actuel de la criminalité grave et organisée, dont le fait que la criminalité est accélérée par l'IA et les technologies émergentes. « Les qualités qui font de l'IA une technologie révolutionnaire – accessibilité, adaptabilité et sophistication – en font également un outil puissant pour les réseaux criminels. Ces technologies automatisent et étendent les opérations criminelles, les rendant plus évolutives et plus difficiles à détecter », indique le rapport.
Pour Catherine De Bolle, la difficulté tient aussi à la détection des auteurs de certains contenus, les forces de police pouvant ne plus savoir s’ils sont générés par des humains ou une IA, rendant plus complexes les poursuites.
L'intelligence artificielle et d'autres nouvelles technologies comme la 'blockchain' ou l'informatique quantique accéléreront la grande criminalité et la criminalité organisée. Elles sont un catalyseur de la criminalité et renforcent l'efficacité des opérations criminelles en amplifiant leur vitesse, leur portée et leur sophistication.
« L'émergence d'une IA totalement autonome pourrait ouvrir la voie à des réseaux criminels entièrement contrôlés par l'IA, marquant ainsi une nouvelle ère pour le crime organisé », écrit aussi Europol.
En second, la criminalité se nourrit de plus en plus en ligne. « Les infrastructures numériques alimentent les opérations criminelles, permettant aux activités illicites de se développer et de s'adapter à une vitesse sans précédent ». De la cyberfraude et des 'rançongiciels' au trafic de drogue et au blanchiment d'argent, Internet est « devenu le principal théâtre du crime organisé », a expliqué Catherine De Bolle.
La directrice de l’Agence a notamment renouvelé son appel à créer de nouvelles bases légales pour permettre aux forces de l’ordre d’avoir un meilleur accès aux données.
Le rapport met en évidence sept domaines où les réseaux « gagnent en sophistication et en danger » : - les cyberattaques, principalement des 'rançongiciels', ciblant de plus en plus les infrastructures critiques, les gouvernements, les entreprises et les particuliers ; - les fraudes en ligne, de plus en plus alimentées par l'ingénierie sociale basée sur l'IA et l'accès à de vastes quantités de données ; - l’exploitation sexuelle des enfants en ligne avec l'IA générative produisant du matériel pédopornographique ; - le trafic de migrants, avec des réseaux facturant des frais exorbitants, exploitant les crises géopolitiques ; - le trafic de drogue ; - le trafic d'armes à feu ; - la criminalité liée aux déchets et ses graves effets sur l'environnement.
Lien vers le rapport : https://aeur.eu/f/fzn (Solenn Paulic)