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Bulletin Quotidien Europe N° 13570
SÉCURITÉ - DÉFENSE / DÉfense

Les dirigeants européens se pencheront sur l’avenir de la défense

Les chefs d'État ou de gouvernement des États membres de l'UE se rencontreront, lundi 3 février, au Palais d’Egmont, à Bruxelles, pour une première ‘retraite’ sur le thème de la défense.

Selon un responsable européen, deux principes sous-tendent la rencontre : l’UE doit assurer une plus grande responsabilité pour sa défense et un intérêt partagé pour plus de coopération au niveau de l’UE. Si aucune décision n’est attendue, la discussion doit permettre de « préparer, façonner et fournir des lignes directrices pour de futures décisions », a-t-il ajouté. Les dirigeants rediscuteront de la défense lors de leur sommet de fin juin.

Après un échange avec la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, les chefs d’État ou de gouvernement discuteront du contexte géopolitique, notamment de la relation avec les États-Unis, quelques jours après l’entrée en fonction du président, Donald Trump. Dans ce cadre, les propos et velléités de M. Trump concernant le Groenland pourraient être mis en avant par la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. Le soutien militaire à l’Ukraine devrait aussi être abordé.

Les dirigeants seront rejoints, pour le déjeuner, par le secrétaire général de l’organisation du traité de l’Alliance de l’Atlantique Nord, Mark Rutte, pour s'entretenir, notamment, du renforcement de la coopération UE/OTAN. 23 États membres de l’UE sont aussi membres de l'organisation.

L’après-midi sera consacré à l’Europe de la défense. Les dirigeants devraient discuter des besoins de capacités. « Pour la première fois, les Vingt-sept pourront discuter et avoir une vision claire de quelles capacités devraient être prioritaires et sur lesquelles se concentrer », a expliqué un responsable. La question des capacités est « quelque chose que les Européens ne peuvent pas décider seuls et qui est en lien avec l'OTAN », a rappelé un diplomate, qui a précisé que l’Alliance définirait, probablement en juin prochain, les capacités prioritaires pour les Alliés. Et d’ajouter : « La sécurité collective de l'Europe est d'abord et avant tout une question de l'OTAN ».

Plusieurs sources ont prévu qu’il ne s’agissait pas de définir une liste de projets spécifiques. Des domaines pourraient être mis en avant, tels que la défense aérienne et la sécurité maritime, la protection d’infrastructures critiques, les drones, les missiles et les systèmes antimissiles...

Un diplomate européen a estimé que la valeur ajoutée de l’UE résidait dans la politique industrielle. « Il faut renforcer l’industrie de la défense en accord avec nos besoins de capacités. L’industrie est le métier de l’UE », a-t-il expliqué, rappelant que l’Europe n’avait pas les bases industrielle et technologique pour fournir les capacités.

Discussions sur le financement. Si les Européens ont augmenté les dépenses de défense ces dernières années, celles-ci doivent encore s’accroître, selon un haut responsable. « Ce n’est pas une question de si, mais de comment », a-t-il ajouté. Les dirigeants devraient donc discuter du financement des acquisitions de la défense et du développement de l’industrie européenne de défense.

Vendredi, un diplomate a tenu à rappeler qu’il fallait avant tout que les États membres de l’UE membres de l’OTAN respectent les objectifs de dépense de 2% de leur PIB en défense. Sept États membres ne le font pas encore. Selon ce diplomate, cela libérerait 60 milliards d’euros.

Lors du Conseil européen de mars, les dirigeants avaient appelé la Commission à explorer toutes les options permettant de mobiliser des financements. Celles-ci sont toujours attendues et pourraient être évoquées dans le 'Livre blanc' pour la défense, attendu pour le 19 mars et qui devrait prendre en compte les réflexions des chefs d’ État ou du gouvernement.

Le financement par le biais de l’actuel cadre financier pluriannuel (CFP) - que ce soit des programmes de défense ASAP, EDIRPA, 'Fonds européen de la Défense' et bientôt normalement EDIP - ou d'autres fonds qui pourraient être utilisés pour la défense, tels que ceux liés à la cohésion, devrait être abordé. Les objectifs pour la défense dans le prochain CFP pourraient être évoqués, même si les déboursements de fonds n'auraient lieu qu'à partir de 2029 ou 2030. 

Les chefs d’État ou de gouvernement devraient discuter d’autres moyens de financer la défense. Certains seraient en faveur d’obligations européennes pour financer la défense. Le sujet d’une dette commune serait également sur la table, tout comme l’utilisation du 'Mécanisme européen de stabilité'. Mais, vendredi, un diplomate jugeait ces plans « irresponsables ».

La question d’exempter les dépenses de la défense du calcul du déficit des États membres est en outre avancée par certains.

Renforcer le rôle de la BEI. Les États membres souhaitent aussi que la 'Banque européenne d’investissement' (BEI) contribue à cet effort. Celle-ci a déjà étendu le domaine de ses activités en modifiant ses exigences en matière de projets à double usage (EUROPE 13407/7), mettant en place une nouvelle ligne de crédit pour le financement des PME du secteur de la sécurité et de la défense ainsi qu’un guichet unique pour le financement de la sécurité et de la défense.

Le 30 janvier, les dirigeants de 19 pays européens (Finlande, Belgique, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark, Estonie, France, Allemagne, Grèce, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Roumanie, Slovaquie, Espagne et Suède) ont, dans une lettre, appelé la Banque de l'UE à explorer d’autres moyens de jouer un rôle encore plus important dans le financement des investissements et la mobilisation de financements privés pour le secteur de la sécurité et de la défense.

Ces États membres proposent de réévaluer la liste des activités exclues, d’ajuster la politique de prêt afin d'augmenter le volume de financement disponible dans le domaine de la sécurité et de la défense ou encore d’étudier l'émission de dette affectée au financement de projets de sécurité et de défense.

Les critères ‘environnementaux, sociaux et de gouvernance’ (ESG) et la taxonomie empêchent de nombreux fonds privés et des banques de financer la défense, a rappelé un diplomate, souhaitant la levée des règles ESG sur l’investissement dans la défense.

Voir la lettre : https://aeur.eu/f/fbj

Enfin, autour d’un dîner, les chefs d’État ou de gouvernement discuteront avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, de la coopération UE/Royaume-Uni en termes de sécurité et de défense. C’est la première fois depuis le Brexit qu’une rencontre réunit le Premier ministre britannique et ses vingt-sept homologues des États membres de l’UE. Il y a quelques jours, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, avait estimé qu'un accord UE/Royaume Uni sur la sécurité et la défense serait une « prochaine étape logique » de leur relation (EUROPE 13563/8). (Camille-Cerise Gessant)

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