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Bulletin Quotidien Europe N° 13563
SÉCURITÉ - DÉFENSE / DÉfense

Les responsables européens appellent à dépenser plus et à renforcer l’industrie

Au-delà du soutien à l’Ukraine, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, et le commissaire à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, ont appelé, mercredi 22 janvier, les Européens à dépenser plus en défense, mais aussi à renforcer l’industrie de la défense.

Dans des discours prononcés lors d'une conférence annuelle de l'Agence européenne de défense, ils ont rappelé que l'UE faisait déjà face à une guerre hybride. « Si nous ne faisons rien, ces attaques hybrides pourraient être suivies d’attaques militaires », a prévenu M. KubiliusSelon Mme Kallas, « nombre (des) agences de renseignement nationales nous informent que la Russie pourrait tester la capacité de l'UE à se défendre d'ici trois à cinq ans ».

« Le seul langage que parle (Vladimir) Poutine est celui de la force. L’UE est forte. Nous avons les moyens économiques de dépenser plus, de produire plus et de devancer la Russie », a précisé la Haute Représentante.

Dépenser plus. Une des priorités doit être de dépenser davantage en défense. L’année dernière, les États membres ont consacré collectivement en moyenne 1,9 % de leur PIB à la défense, quand la Russie en dépensait 9%. Cette année, Moscou devrait dépenser un tiers de son budget national en défense.

« Nous dépensons des milliards pour nos écoles, nos soins de santé et notre protection sociale. Mais si nous n’investissons pas davantage dans la défense, tout cela est en danger », a prévenu Mme Kallas, reprenant l’argumentaire du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. « Il est temps d’investir », a-t-elle prévenu. 

« En ces temps de danger existentiel, nous ne devons pas limiter nos défenses à nos finances. C’est l’inverse, nous devons mobiliser nos finances pour répondre à nos besoins de défense », a ajouté le commissaire Kubilius.

Rappelant que la Lituanie – son propre pays - avait annoncé qu’il dépenserait ces prochaines années 5 à 6% de son PIB en défense, M. Kubilius a estimé que l'UE avait besoin de ce genre d'engagement.

Estimant que la sécurité de l’UE dépendait de sa préparation militaire, mais aussi de la résilience de sa base industrielle et technologique, le général Sławomir Wojciechowski, représentant militaire polonais auprès des comités militaires de l'OTAN et de l'UE, a expliqué qu'il fallait renforcer le partenariat public-privé, « essentiel pour soutenir l’innovation et assurer la compétitivité mondiale » ou coordonner « un investissement en recherche et développement qui permettra à l’UE de maintenir son avantage technologique tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs extérieurs ».

Développer les capacités. En outre, M. Kubilius a mis en garde contre les « très graves » lacunes dans les capacités de défense des Européens, plaidant pour une approche « big bang » pour accroître la production et l’acquisition de matériel de défense.

La Haute Représentante et le commissaire ont souligné qu’il fallait des systèmes d’armes européens interopérables. Selon Mme Kallas, l’UE n’a pas besoin d’une armée européenne, mais de 27 armées capables de travailler efficacement ensemble. « Nous avons besoin d’une intégration en matière de défense et d’interopérabilité sur le terrain », a-t-elle souligné.

De plus, tout en reconnaissant que les besoins, les capacités et la puissance industrielle étaient très différents d’un État membre à l’autre, la Haute Représentante a expliqué qu’il était « important que les États membres conviennent des domaines dans lesquels l’UE peut le mieux aider chacun à développer ses capacités ». 

Ainsi, la Commission européenne souhaite « apporter une coordination européenne, un soutien et une influence industrielle et réglementaire », selon M. Kubilius. « Nous pouvons aider les États membres de l'UE à atteindre les objectifs de capacités : nous pouvons lever des fonds supplémentaires. Nous pouvons mettre en œuvre d'importants programmes industriels », a-t-il ajouté. 

Renforcer l’industrie. De plus, pour la Haute Représentante, « il est important de lier la planification des capacités à la politique industrielle de défense de l’UE ». Et d'annoncer un futur plan de production industrielle : « Nous devons nous assurer que nous pouvons accélérer notre industrie de défense et obtenir les produits dont nous avons besoin à temps. Nous devons mettre en relation ce que nous savons de nos lacunes en matière de capacités et de ce qui nous manque avec ce que nos industries peuvent produire ».

Elle a précisé qu'il fallait réfléchir aux moyens d'aider au mieux l’industrie européenne à produire ces produits « et travailler avec (les) alliés lorsque nous ne pouvons pas le faire en interne ».

Mme Kallas a plaidé pour la création d’un marché unique de la défense « qui recèle un énorme potentiel industriel inexploité ».

Elle a également appelé à renforcer la coopération avec l'OTAN, les États-Unis et le Royaume-Uni. Avec ce dernier, Mme Kallas a estimé qu'un accord en matière de sécurité et de défense serait « une étape logique ». (Camille-Cerise Gessant)

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