Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a exhorté les Européens, mercredi 22 janvier, à ne pas ressentir de complexe d'infériorité vis-à-vis des grandes puissances mondiales et à croire en leurs propres forces, car, selon lui, « l'Europe a construit sa grandeur à travers des sauts dans l'incertitude, sans avoir peur ».
Déroulant les priorités de la Présidence polonaise du Conseil de l'Union européenne dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, M. Tusk a évoqué les différentes dimensions de la sécurité que son gouvernement entend promouvoir au premier semestre 2025.
Sur l sujet de la défense, le Premier ministre polonais a souligné la nécessité de prendre au sérieux l'objectif de 5% de dépenses militaires dans les budgets nationaux, comme c'est déjà le cas en Pologne (EUROPE 13558/1) et comme le réclame le président Trump des Alliés. Il a plaidé en faveur d'« une approche commune pour financer des projets paneuropéens de défense », par exemple la mise sur pied d'un 'Eastern Shield' pour protéger les frontières terrestres, projet porté par son pays, la Finlande et la Lituanie.
Sur la sécurité économique, l'ancien président du Conseil européen a appelé les eurodéputés à revoir leur approche législative, préconisant une phase de « déréglementation » au niveau européen pour stimuler la compétitivité économique. D'après lui, la réglementation européenne a poussé les prix énergétiques à des « niveaux inacceptables ». M. Tusk a notamment mis en garde contre une application irréfléchie du système 'ETS 2' d'échange de quotas d'émissions de gaz à effet de serre pour les secteurs du chauffage des bâtiments et du transport routier (EUROPE 13087/4). Il a aussi prôné une indépendance totale de l'UE vis-à-vis des hydrocarbures russes.
Concernant la sécurité alimentaire, M. Tusk a souhaité le retour du « bon sens » pour soulager les agriculteurs d'un excès de bureaucratie, tout en garantissant l'indépendance alimentaire de l'UE.
Quant à la santé publique, le Premier ministre a évoqué la santé mentale des jeunes exposés aux réseaux sociaux. En juillet dernier, la présidente réélue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé le lancement d'une enquête européenne spécifique (EUROPE 13456/1). Interrogée par Agence Europe mercredi, la Commission européenne a confirmé cette intention de fournir des informations supplémentaires.
Satisfecit des eurodéputés pro-européens. Les groupes politiques pro-européens du PE ont vu d'un bon œil le fait que la Pologne ait repris les rênes du Conseil de l'UE, faisant peu de cas de la précédente Présidence hongroise.
« Avec la Présidence polonaise, vous pouvez sentir le changement », s'est félicité le président du groupe chrétien-démocrate PPE, l'Allemand Manfred Weber. En réaffirmant l'État de droit dans votre pays, vous avez débloqué 137 milliards d'euros du plan polonais de relance post-Covid-19, a-t-il noté.
La socialiste espagnole Iratxe García Pérez a approuvé l'accent mis sur la sécurité par la Présidence polonaise. Toutefois, la sécurité, c'est aussi le pouvoir d'achat des retraités, le droit des femmes à avorter et la liberté d'un couple homosexuel à se promener sans risque dans les rues, a-t-elle rétorqué.
Comme son homologue du groupe S&D, la présidente du groupe de centre droit Renew Europe, la Française Valérie Hayer, a considéré que le Pacte vert européen était « la clé de notre indépendance énergétique ». « 'Oui' à la simplification pour gagner en compétitivité, mais 'non' à la remise en cause des objectifs climatiques », a-t-elle ajouté. Elle a été soutenue par la coprésidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Terry Reintke, pour qui « la sécurité environnementale » doit continuer de faire partie des priorités politiques de l'UE.
Et Mme Hayer de regretter que la Pologne, qui lutte de bon droit contre l'instrumentalisation de la migration à sa frontière avec la Biélorussie (EUROPE 13561/5), ait voté contre le Pacte 'Asile et migration'.
Au nom du groupe La Gauche, la Française Manon Aubry a évoqué la mémoire de Dorota Lalik, Polonaise de 33 ans morte d'une septicémie à cinq mois de grossesse, faute d'avoir pu avorter. « Trop de femmes ont perdu la vie en raison de l'interdiction de l'IVG en Pologne ! », s'est-elle écriée.
Le gouvernement polonais n'est pas parvenu à décriminaliser l'avortement en Pologne, malgré les promesses électorales de M. Tusk.
À l'extrême droite de l'échiquier politique, les trois eurodéputés qui se sont exprimés ont attaqué frontalement M. Tusk, l'accusant de tous les maux.
« Vous menez l'Europe à sa perte de compétitivité, de sécurité ! », a raillé Anna Bryłka (PfE). Lutter contre la désinformation climatique, « c'est ça la liberté d'expression ? », a-t-elle ajouté. Patryk Jaki (CRE) a estimé que le Premier ministre polonais est « un imposteur » : il achète du gaz russe, promeut l'accueil des migrants et applique bêtement le 'Pacte vert européen'. Enfin, Ewa Zajączkowska-Hernik (ENS) a accusé M. Tusk de n'avoir rien fait en tant que président du Conseil européen pour promouvoir les intérêts de la Pologne.
Voir le discours de M. Tusk : https://aeur.eu/f/f5k (polonais) ; https://aeur.eu/f/f5o (anglais) (Mathieu Bion)