Un débat s’est tenu mercredi 22 janvier au Parlement européen de Strasbourg sur l’échec, fin 2024, de la cinquième session du Comité intergouvernemental de négociations (CIN-5) pour un 'traité international sur les plastiques' (EUROPE 13536/14). Suspendue, la session doit reprendre au printemps.
Rassuré que « plus de 100 pays partagent les mêmes ambitions » que l’UE, le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, a fait part d’emblée de sa déception de n’avoir pas vu émerger d'accord.
Les pays les moins ambitieux ont souhaité limiter le traité à une gestion des déchets plastiques et se sont opposés à la réduction de la production de polymères plastiques primaires, à celle de produits en plastique problématiques (ceux à usage unique) ainsi qu’aux interdictions et aux restrictions des produits chimiques préoccupants dans les produits en plastique.
« Pas d'accord vaut mieux qu’un mauvais accord », a estimé Magnus Brunner. Pour y parvenir, les décisions devraient d'ailleurs « être prises à la majorité, si le consensus échoue », selon lui.
Lors du débat, les eurodéputés porte-paroles des quatre groupes politiques de la majorité pro-européenne, mais aussi de La Gauche, ont soutenu les ambitions de l'UE. Au nom du PPE, Liesbet Sommen s'est alignée sur les ambitions de la Commission, poussant l'UE à agir seule dans le cas où l'accord international ne se ferait pas.
À l'origine du débat, le S&D a insisté sur la nécessité de réguler la production. « 22% des plastiques produits finiront dans l'environnement et dans nos océans, et seulement 9% de ces plastiques sont recyclés aujourd'hui », a détaillé Christophe Clergeau (S&D, français), pointant du doigt « les lobbies pétroliers, qui considèrent l'industrie plastique comme une opportunité pour se repositionner », parce que « nous nous éloignons des combustibles fossiles ».
Sara Matthieu (Verts/ALE, belge) a toutefois dénoncé l'hypocrisie que représente l'investissement « dans de grandes usines de production de plastique [en Europe], comme celle de la société Ineos à Anvers ». Ce qui rend certes « les nouveaux plastiques bon marché », mais au prix « du maintien de l'économie fossile en vie ».
« On ne peut pas accuser les producteurs de tous les maux », a déclaré Anna Zalewska (CRE, Pologne). Sa consœur d'extrême droite Barbara Bonte, issue des Patriotes pour l'Europe, a appelé à « stopper cette réglementation », accusant l'UE de vouloir être « le leader moral partout », quand son industrie périclite. (Florent Servia)