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Bulletin Quotidien Europe N° 13522
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Social/emploi

Roxana Mînzatu convainc le PE de sa volonté de mener à bien ses missions, mais le laisse dans le flou sur plusieurs initiatives clefs

La vice-présidente de la Commission européenne désignée aux « Gens, aux Compétences et à la Préparation », la Roumaine Roxana Mînzatu, a fait, mardi 12 novembre, globalement bonne impression à ses collègues du Parlement européen.

Mais si sa volonté d'œuvrer en faveur des emplois de qualité, de l'égalité hommes-femmes ou de la lutte contre la pauvreté n’a pas été mise en doute, elle n’a pas non plus évité l’écueil des généralités et des réponses peu concrètes.

La présidente de la commission 'Emploi et Affaires sociales', Li Andersson (La Gauche, finlandaise), a aussi déploré, à l'issue de l'audition, que le portefeuille de la commissaire n'intègre toujours pas la mention d'emploi et de droits sociaux, ce qui pourrait changer, espère-t-elle encore.

L’actuelle élue de 44 ans était aussi interrogée par la commission 'Culture et Éducation' du PE et s’est engagée à de nombreuses reprises à défendre la jeunesse et à améliorer les compétences dès le plus jeune âge. Elle a aussi montré un engagement fort en faveur des personnes en situation de handicap, dont elle veut améliorer la vie quotidienne.

Promettant d’écouter tous les citoyens et leurs préoccupations, Mme Mînzatu lancera un « dialogue politique sur l’Europe en action » dès son arrivée et sera « sur le terrain pour rencontrer les gens, les partenaires sociaux, les ONG, les jeunes ». Ce dialogue « inclusif » devra permettre d’identifier les besoins respectifs.

La commissaire désignée veut aussi nouer des relations étroites avec les partenaires sociaux et proposera un nouveau pacte de dialogue social en 2025.

Sur les emplois de qualité, qui feront l’objet d’une feuille de route spécifique, elle s’assurera de faire appliquer pleinement la directive sur le salaire minimum adéquat et lancera les travaux sur le droit à la déconnexion, un principe particulièrement important « pour les femmes, peut-être encore plus que pour les hommes ».

La candidate veut aussi s’assurer que la mobilité des travailleurs sera juste et fera en sorte de renforcer le mandat de l’Agence européenne du travail.

Elle a aussi insisté sur la prise en compte des risques psychosociaux au travail, liés notamment à la gestion algorithmique du travail, sans toutefois pouvoir dire ici si la Commission mettra une nouvelle législation sur la table.

Mobilité des travailleurs et sécurité sociale. La commissaire désignée a très rapidement été interrogée par Dennis Radtke (PPE, allemand) sur la mobilité des travailleurs et le sort du règlement 883/2004 sur la coordination des régimes de sécurité sociale, englué au Conseil de l’UE depuis 8 ans (EUROPE 13512/1).

Mais elle n’a pas été en mesure de dire comment elle compte relancer les travaux sur les chapitres les plus complexes, comme les notifications préalables pour les travailleurs détachés ou les règles applicables au chômage transfrontalier. Si elle a jugé « important d’avoir un nouvel élan et une nouvelle Présidence (polonaise du Conseil de l’UE, NDLR) également » et promis de « trouver une solution » pour ces deux chapitres controversés, elle n’a pas dévoilé de stratégie particulière.

En tout cas, elle a dit compter sur les résultats de plusieurs projets pilotes de numérisation fin 2025, notamment les passeports de sécurité sociale.

Gestion algorithmique du travail et 'burn-out'. Interrogée par l'élue néerlandaise des Verts/ALE Kim Van Sparrentak, l'élue de La Gauche Leïla Chaibi (française), mais aussi la socialiste belge Estelle Ceulemans, la commissaire désignée a promis, sur les risques de ‘burn out’, de regarder la législation actuelle et de voir ce qui peut être amélioré.

« Je compte vous écouter, trouver toutes les voies et moyens pour m’assurer que les droits des travailleurs en ligne » soient protégés, a-t-elle dit, reconnaissant qu’il était possible d’aller plus loin que sur la directive sur le travailleurs des plateformes numériques.

« Mais je ne sais pas si cela passera par une initiative législative ou pas », a-t-elle reconnu. Le travail sur les changements dans le monde du travail sera un axe de travail avec les partenaires sociaux, avec lesquels elle promet d’envisager de nouvelles approches.

Marchés publics. C’est l’une des attentes majeures des élus et, là encore, la Roumaine a été prudente. Elle fera tout pour défendre auprès de Stéphane Séjourné, dont ce sera la responsabilité, l’inclusion de critères sociaux dans la future directive sur la passation des marchés publics.

Les conditionnalités sociales « doivent être examinées de manière sérieuse », mais, là aussi, en gardant une approche « équilibrée pour nos entreprises ». « Je défendrai l’inclusion des critères sociaux, mais il faudra voir si cela se fera de manière obligatoire ou pas », a-t-elle indiqué.

Compétences, éducation et aide à la jeunesse. La commissaire désignée a promis « un choc de compétences » aux élus et de faire du droit à la formation un droit « social ». Elle a défendu une initiative sur la portabilité des compétences, qui vise à faciliter la reconnaissance de la formation et des qualifications au niveau de l'UE. Elle a vanté les effets de la réserve de talents de l’UE, qui fera venir des jeunes et des travailleurs des pays tiers à de meilleures conditions, alors que les Européens connaissent des pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs clefs tels que les soins de longue durée, mais aussi les nouvelles technologies vertes.

Mme Mînzatu a également mentionné la nécessité de renforcer la qualité de la formation et de garantir des compétences dans des domaines clefs tels que les sciences, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques. Il faudra aussi améliorer l’acquisition des compétences de base, selon elle.

En matière d’enseignement, elle a jugé crucial que les Européens acquièrent les compétences nécessaires dès leur plus jeune âge et tout au long de leur vie. Elle a souhaité qu’ils maîtrisent au moins deux langues étrangères en plus de leur langue maternelle et a valorisé le rôle de l’intelligence artificielle, qui peut aider de manière ludique à acquérir ces compétences.

Elle a promis de nouveaux financements pour Erasmus dans le prochain cadre financier pluriannuel et coupé court à toute réduction de programmes pour l’éducation sportive. Elle prévoit aussi un renforcement de la 'garantie jeunesse' alors « qu’un quart des enfants dans l’UE aujourd’hui se trouvent à la limite du risque d’extrême pauvreté ». Elle a également promis qu’Erasmus et le 'Fonds social européen+' arriveraient en soutien des enseignants.

Répondant à Chiara Gemma (CRE, italienne), la commissaire désignée a admis qu’Erasmus devait être à la fois plus inclusif pour les personnes en situation de handicap, mais aussi les étudiants vulnérables venant de familles défavorisées. Il faut « envisager des synergies, des compléments et d’autres sources de financement pour soutenir les plus vulnérables ».

Transition juste et emplois de qualité. Interrogée par l’Estonienne Jana Toom (Renew Europe) sur la transition juste et la perte d'emplois, Mme Mînzatu a promis de combiner l’outil du Fonds de transition juste (qui n'est pas dans ses compétences) avec d’autres interventions pour répondre aux restructurations. Il faut dégager des synergies avec le FSE, insister sur le rôle des investissements sociaux dans les États membres et mettre en œuvre le 'Fonds social pour le climat' pour limiter l’impact sur l’emploi des transitions, a-t-elle expliqué.

La future 'Feuille de route sur les emplois de qualité' devra aussi lancer un chantier avec les partenaires sociaux pour identifier les secteurs énergivores où des pertes d’emploi sont attendues. Elle a promis ici une réponse très pragmatique.

Plan logement. Bien que ce ne soit pas de sa compétence directe, la Roumaine veut défendre l’accès au logement abordable pour les plus vulnérables. « Il faut offrir des solutions en termes de financements publics et privés, surtout pour les jeunes ». Il y aura « sans doute une discussion sur les aides d’État à modifier », a-t-elle noté. (Solenn Paulic)

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