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Bulletin Quotidien Europe N° 13522
AUDITION DES COMMISSAIRES DÉSIGNÉS AU PARLEMENT EUROPÉEN / Affaires ÉtrangÈres/pesc

La victoire de l’Ukraine, priorité de Kaja Kallas

Kaja Kallas, la candidate désignée au poste de Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, a fait de la victoire de l’Ukraine une priorité, lors de son audition devant les eurodéputés, mardi 12 novembre.

« Nous devons continuer à travailler chaque jour, le temps que cela prendra, et apporter le plus de soutien possible au niveau militaire, humanitaire et économique », a-t-elle souligné, ajoutant que le soutien s’accompagnait d’une voie claire d’adhésion à l’UE pour l'Ukraine.

Celle qui fut à l’origine de l’initiative du million de munitions pour l’Ukraine a également plaidé pour que chaque État membre dépense 0,25% de son PIB pour aider l’Ukraine. Selon Mme Kallas, cela pourrait permettre de vaincre la Russie. En réponse à Raphaël Glucksmann (S&D, français), qui lui demandait d’agir pour faire lever les restrictions sur les armes à destination de l’Ukraine, l'ancienne Première ministre estonienne a estimé que si les Européens produisaient eux-mêmes les armes, il n’y aurait pas de restrictions.

Mme Kallas a aussi jugé qu'il faudrait utiliser les avoirs russes gelés pour reconstruire l’Ukraine. « Nous reconnaissons que la Russie a une revendication légitime à notre égard, car nous possédons ses actifs. Mais l’Ukraine a également une revendication légitime à l’égard de la Russie, car chaque jour, elle détruit l’Ukraine », a-t-elle expliqué, ajoutant que l’UE ne devrait pas financer la reconstruction puisqu’elle ne détruit pas. « La Russie devrait payer pour la reconstruction du pays », a-t-elle ajouté.

Interrogée par Alexander Sell (ENS, allemand) sur des négociations de paix, la candidate a rappelé qu’il y avait différentes paix. « On veut une paix durable. Si on cède à l’agresseur et qu’on lui dit ‘prends ce que tu veux’, tous les agresseurs potentiels deviendront de vrais agresseurs », a-t-elle mis en garde, ajoutant que c’était pour cela qu’il ne fallait pas céder à la Russie et soutenir l’Ukraine. « Pour qu’un pays devienne meilleur, il doit perdre sa dernière guerre coloniale, on va tout faire pour que la Russie perde sa guerre coloniale », a promis la Haute Représentante désignée.

Mme Kallas s’est opposée à ceux qui disent que les sanctions contre la Russie n’ont pas d’impact. Sans répondre sur ce que pourrait comporter le prochain paquet de mesures, la candidate s’est attaquée aux entreprises européennes qui pensent que les sanctions « ne les concernent pas forcément » et au contournement des mesures.

Le conflit en Ukraine a été l’occasion pour l’ancienne première ministre de rappeler la coalition entre la Russie, l’Iran, la Corée du Nord, mais aussi la Chine. « Sans ce soutien, la Russie ne serait pas en mesure de continuer la guerre avec la même puissance, la Chine doit en sentir les conséquences », a-t-elle jugé.

Si Mme Kallas a semblé à l’aise sur le sujet de l’invasion russe de l’Ukraine, elle a été très diplomate et prudente sur de nombreux sujets, à en devenir superficielle.

La Haute Représentante désignée a fait de la situation au Proche-Orient une priorité, sans vraiment expliquer ce qu’elle compte faire. Mme Kallas s’est contentée de rappeler les grandes lignes européennes. « Nous devons travailler à un cessez-le-feu immédiat et à la libération des otages, à la plus grande retenue possible des parties, garantir un soutien humanitaire et nous engager à trouver une solution à deux États », avec une Autorité palestinienne « réformée », ce qui lui donnera plus de poids, a expliqué Mme Kallas.

Elle a rappelé que, selon le père fondateur d’Israël, David Ben Gurion, l’État d’Israël était fondé sur les principes de sécurité et de justice. « Cela ne peut se faire sans l’existence des Palestiniens dans ce pays, ainsi que l’existence de ces valeurs », a expliqué la Haute Représentante désignée. Elle a également souhaité la tenue d’un Conseil d’association avec Israël afin que chaque représentant des États membres puisse lui poser ses questions.

Mme Kallas a aussi annoncé qu’elle souhaitait dégager, avec les États membres, une nouvelle approche vis-à-vis de l’Iran, qui aide la Russie, agit au Moyen-Orient, continue son programme nucléaire et intervient également au sein même de l’UE.

Quelques jours après l’élection de Donald Trump, Mme Kallas a insisté sur les liens transatlantiques. « Il faut se fonder sur ce qui fonctionne le mieux. L’UE et les États-Unis sont plus forts et plus sûrs quand ils travaillent ensemble », a-t-elle expliqué.

Et face aux doutes de la poursuite du soutien américain à l’Ukraine, Mme Kallas a estimé que si les États-Unis étaient préoccupés par la mer de Chine, ils devaient comprendre le niveau d'inquiétude des Européens concernant la guerre en Ukraine. « Nous sommes les alliés les plus forts et on doit se serrer les coudes », a-t-elle expliqué.

Interrogée à plusieurs reprises sur l’Afrique, la Haute Représentante désignée a estimé qu’il fallait davantage explorer cette relation, sur une base d’égal à égal, où chaque partie écoute les préoccupations de l’autre. « Je veux consacrer mon temps à la création de ces relations. Il faut que la relation fonctionne pour les deux côtés », a-t-elle promis.

Selon Mme Kallas, le sommet prévu en 2025 entre les Unions européenne et africaine permettra de discuter des priorités de partenariat. La candidate a également estimé que l’UE était une puissance humanitaire qui n’était pas assez visible. « On a 27 États membres derrière la présence de l’UE. Il faut utiliser cet effet de levier », a-t-elle souligné.

Concernant la défense, Mme Kallas a appelé à la synergie de l’UE avec l’OTAN, rappelant que 22 États membres de l’UE étaient aussi membres de l’alliance atlantique. « L’OTAN et l’UE ont des rôles distincts. L’OTAN est une alliance militaire alors que l’UE est une alliance économique, on peut penser à la manière d’investir dans la défense », a-t-elle expliqué. Et d’insister : « On doit prendre notre défense en main et investir plus ».

La Haute Représentante désignée s’est dite en faveur d’une révision de la 'Boussole stratégique', en particulier de l’évaluation des mesures.

Affaires institutionnelles. Mme Kallas, qui aura la difficile tâche de trouver une position commune des Vingt-sept, a précisé qu’il faudrait travailler dur pour parvenir à cette unité. Selon elle, il faut transmettre le même message par plusieurs voix. Interrogée par Nacho Sanchez Amor (S&D, espagnol) sur le Service européen pour l’action extérieure, Mme Kallas s’est dite consciente des difficultés financières du service. « On doit être dans chaque pays, savoir ce que l’on fait. Je suis prête à faire faire un audit et à étudier l'efficacité du service, voir s’il y a des doublons, de la concurrence entre différentes entités, etc. », a-t-elle promis.

Enfin, interrogée sur les allégations concernant son mari, qui serait en partie propriétaire d’une entreprise qui a maintenu ses activités en Russie depuis l’invasion de l’Ukraine, Mme Kallas s’est contentée de dire que ces allégations étaient erronées et a renvoyé aux enquêtes des médias estoniens. (Camille-Cerise Gessant, avec Pauline Denys)

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