Le vice-président désigné de la Commission européenne, responsable de la Politique de cohésion et des Réformes, Raffaele Fitto, a été chahuté, mardi 12 novembre, lors de son audition devant la commission du développement régional du Parlement européen.
Dévoué lieutenant de Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, Raffaele Fitto a connu une audience compliquée, même s’il a d’emblée assuré ne pas être là pour représenter un parti politique ou un État membre, mais pour « affirmer son engagement en faveur de l'Europe ». En effet, la gauche et le centre au sein de l’hémicycle ne digèrent pas que le ministre italien sortant des Affaires européennes puisse devenir vice-président au sein de la Commission 'von der Leyen II', alors que Fratelli d'Italia, le parti d'extrême droite de Giorgia Meloni, n'a pas soutenu Mme von der Leyen lors de sa réélection.
Terry Reintke (Verts/ALE, allemande) a estimé que Raffaele Fitto a montré par le passé qu'il ne défendait pas les valeurs de l'Union européenne et qu'il avait voté contre le respect de l'État de droit. « Il n'est pas apte à représenter la Commission en tant que vice-président exécutif », selon elle.
L'issue de l’évaluation de son audition reste ouverte et incertaine, alors que les groupes politiques ont décidé, mardi 12 novembre, d’attendre le lendemain avant de se prononcer sur l'évaluation des vice-présidents exécutifs désignés auditionnés le même jour (voir autres nouvelles). Ce scénario était prévisible après que les dirigeants des groupes politiques du PE eurent décidé de reporter à mercredi le vote sur le candidat Olivér Várhelyi (EUROPE 13521/3).
Gestion des fonds. Marcos Ros Sempere (S&D, espagnol) a reproché au gouvernement italien, dont M. Fitto est issu, d'avoir centralisé la politique de cohésion. Au contraire, le vice-président désigné a estimé que la réforme de la politique de cohésion en Italie ne s'est pas traduite par une centralisation. La réforme a été approuvée par la Commission européenne et les autorités régionales en Italie, a-t-il fait valoir.
État de droit. Vladimir Prebilič (Verts/ALE, slovène) a évoqué le passé du candidat et ses agissements et déclarations au sujet de l'État de droit. Raffaele Fitto s'est engagé à représenter la Commission et à assurer une pleine mise en œuvre des textes et traités en matière d'État de droit.
Klára Dobrev (S&D, hongroise) a demandé au commissaire désigné comment il comptait se comporter avec le gouvernement hongrois. M. Fitto avait voté contre l'activation de l'article 7 du traité à l'encontre de Budapest pour violation de l'État de droit, et le gouvernement italien est connu pour être très amical envers celui de M. Orbàn.
Fascisme. Tout en brandissant une photo du leader du Parti populaire espagnol, Alberto Núñez-Feijóo, serrant la main de Giorgia Meloni, l'eurodéputée Ana Miranda Paz (Verts/ALE, espagnole) a estimé que M. Fitto était un symbole du « blanchiment néo-fasciste » et lui a même reproché son incompétence en matière de gestion des fonds européens. M. Fitto a sarcastiquement remercié l'eurodéputée pour sa question « très constructive et respectueuse », estimant que la députée avait porté de graves accusations contre lui.
Pacte vert européen. M. Fitto s'est engagé à garantir la collégialité des décisions au sein de la Commission (ces décisions sont prises collectivement par le collège des commissaires et chacun des 27 commissaires a le même poids dans le processus décisionnel). Lorsque Vladimir Prebilič (Verts/ALE, slovène) lui a demandé s'il était attaché aux objectifs verts de l'UE - y compris l'arrêt des ventes de nouveaux moteurs à combustion en 2035 -, il a répondu que ce serait une perte de temps de revenir sur ses positions antérieures concernant des décisions qui ont déjà été prises.
Il a déclaré qu'il n'avait aucun problème à confirmer les objectifs du 'Pacte vert européen', mais il a également ajouté qu'ils pourraient devoir être adaptés à la nouvelle situation.
'Un seul Fitto'. Lorsque Gordan Bosanac (Verts/ALE, croate) a ironisé sur l'existence de 'trois Fitto', faisant référence au passé de démocrate chrétien du commissaire désigné, à son appartenance au parti d'extrême droite des Fratelli d'Italia et à son avenir en tant que commissaire européen, M. Fitto a répondu : « Il n'y a qu'un seul Fitto ».
Sur l’avenir de la politique de cohésion, M. Fitto a indiqué que cette politique devait être simplifiée (réduction de la bureaucratie), plus flexible, et qu'il faudra maintenir des méthodes strictes d’évaluation pour assurer l’efficacité des fonds. M. Fitto, trois fois eurodéputé au sein de la commission du développement régional, a souligné l'importance qu'aurait la politique de cohésion au cours de ce mandat de 5 ans, grâce à cette vice-présidence.
Il a rappelé que le budget de la politique de cohésion représentait un tiers du CFP de l’UE. Cette politique doit rester centrale dans le prochain CFP et doit être suffisamment dotée financièrement. Cette politique doit être mieux alignée sur les priorités de l’UE tout en préservant ses principes phares (approche territorialisée, gouvernance multiniveaux et partenariat, a-t-il dit devant les eurodéputés. Il a aussi défendu une politique de la cohésion renforcée et modernisée.
En réponse à Andrey Novakov (PPE, bulgare) sur les moyens d'assurer la poursuite de la politique de cohésion en faveur des régions les plus défavorisées, M. Fitto a estimé qu'il fallait renforcer le rôle des collectivités locales et régionales et conserver une gouvernance multiniveaux. Il a prôné une politique de cohésion en mesure de s’adapter aux défis émergents tels que le changement climatique, la transformation numérique et l’évolution démographique.
Afroditi Latinopoulou (PfE, grecque) a déploré les écarts entre les régions agricoles qui sont en retard par rapport aux grandes régions urbaines, tandis que Denis Nesci (CRE, italien) a évoqué les défis des régions insulaires et montagneuses.
Achat d'armes. « Il n'est pas possible de financer l'achat d'armes avec les fonds de la politique de cohésion. Ce n'est pas prévu et ce n'est pas possible », a lancé M. Fitto, en référence à un article du Financial Times selon lequel la Commission envisage d'autoriser les États membres à mobiliser des fonds de cohésion pour financer certains projets de mobilités militaire.
Next Generation EU. Le meilleur moyen de faire en sorte que la 'Facilité pour la reprise et la résilience' (RRF) soit utilisée de la manière la plus efficace possible consiste à aider les États membres à respecter pleinement leurs engagements d’ici fin 2026, a répété M. Fitto. Il compte ainsi travailler pour que les États membres mettent en œuvre les réformes et les investissements convenus et définis dans les programmes d’ici 2026.
M. Fitto a évoqué le travail des 'pères de l'Europe', dont celui du fondateur du parti italien de la Démocratie chrétienne, Alcide De Gasperi (la salle où se tient l'audience porte son nom). Il a déclaré qu'il avait été touché par le travail accompli par cet homme pour assurer la réussite du projet européen et qu'il s'en était inspiré pour assumer le portefeuille de la cohésion.
« Nous devons réfléchir au message que nous voulons laisser à nos enfants, aux objectifs que nous avons pour l'avenir. Exactement comme M. De Gasperi l'a fait pour nous », a-t-il conclu. (Lionel Changeur)