L'Union européenne a progressé dans la mise en place d'un Espace européen de la recherche (EER) « plus intégré, plus efficace et plus attractif, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour exploiter pleinement son potentiel », estime la Commission européenne dans une communication publié mardi 22 octobre, qui évalue le chemin parcouru depuis la présentation de la stratégie pour la mise en place de l'EER dévoilée en septembre 2020 (EUROPE 12571/9).
Malgré les efforts faits pour prioriser l'effort de recherche et aligner les moyens disponibles, « nous sommes encore loin » d'atteindre l'objectif d'un investissement global de 3% du PIB de l'UE dans la recherche et l'innovation, a constaté la commissaire européenne à la Recherche, Iliana Ivanova, soulignant l'importance d'« attirer plus d'investissements privés ».
D'après la Commission, le niveau d'investissement s'est élevé à 2,3% du PIB de l'UE en 2022, comparé à 5,2% du PIB pour la Corée du Sud, 3,6% pour les États-Unis et 2,6% pour la Chine.
Au niveau des États membres, le niveau d'investissement varie entre 3,47 et 0,46% du PIB national, cinq pays de l'UE seulement atteignant le seuil de 3%. Un tel écart s'explique principalement par la faiblesse des investissements privés dans la R&D en Europe et par une spécialisation insuffisante dans les secteurs de haute technologie ('European medium-technology trap').
Outre le déficit d'investissement, la Commission identifie des obstacles à la mise en place d'un véritable EER, parmi lesquels une coordination insuffisante des politiques de R&I dans les pays participants, une fragmentation persistante des réglementations et la lourdeur administrative. Autant de facteurs qui entravent la compétitivité en Europe, souligne l'institution de l'UE.
Le tableau n'est toutefois pas totalement sombre. En matière de mise sur le marché des résultats de la recherche, la création du 'Conseil européen de l'innovation' (EIC) a « véritablement changé la donne », a estimé Mme Ivanova, chaque euro investi par cet instrument ayant permis d'attirer 4 euros d'investisseurs privés. Mais l'UE a besoin de davantage de capital-investissement pour permettre aux innovations européennes de changer d'échelle. Le lancement d'un réseau d'investisseurs dédié devra y contribuer (EUROPE 13508/27).
Concernant l'attractivité de la profession de chercheurs, des progrès « significatifs » ont permis d'améliorer les conditions de travail des chercheurs (EUROPE 13310/10) et leur mobilité via les actions Marie Skłodowska-Curie, estime la Commission. Mais des améliorations sont nécessaires pour affronter les disparités nationales en matière d'évolution de carrière.
Voir la communication de la Commission : https://aeur.eu/f/dzi (Mathieu Bion)