Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a dénoncé, mardi 22 octobre, dans une déclaration au nom de l'UE une « ingérence malveillante sans précédent de la Russie », promettant que l'Union continuerait de soutenir la résilience de la Moldavie, qui a fait face à une attaque hybride sans précédent, que ce soit en termes de désinformation, mais aussi de corruption avec l'achat possible de 300 000 votes, soit 20% des personnes qui se sont rendues aux urnes dimanche (EUROPE 13508/1).
Lundi déjà, dans une déclaration avec la Commission européenne, M. Borrell avait expliqué que l'UE était déterminée à continuer de « renforcer la résilience du pays, en particulier sur la voie de son adhésion à l'UE ».
Plus tôt dans la journée, le chef de la délégation du Parlement européen dans la mission internationale d'observation électorale, Michael Gahler (PPE, allemand), avait plaidé auprès d’Agence Europe à Chișinău pour que les Européens soient plus offensifs dans le renforcement de leur stratégie. « En tant qu'UE, en tant que communauté de démocraties, nous devons devenir beaucoup plus offensifs. Nous ne devons pas nous contenter de réagir, mais nous devons développer notre propre stratégie pour renforcer la résilience de nos populations », a-t-il expliqué. « Ce n'est pas seulement la Moldavie, ce sont même des démocraties stables au centre de l'Europe qui sont exposées à ces activités et où une certaine partie de la population est encline à croire », a-t-il ajouté, rappelant que les FIMI (désinformation et ingérence étrangère) étaient « un véritable défi».
Si, selon plusieurs experts rencontrés à Chișinău, le pays a amélioré sa résilience, le travail semble encore long. « Nous sommes plus forts, mais toujours vulnérables » avait reconnu, quelques heures avant les résultats du scrutin, Iulian Groza, directeur exécutif d’IPRE (Institut pour la politique et la réforme européennes) à un groupe de journalistes, dont Agence Europe. « Les défis sont extraordinaires. Je pense que nous devons tous réfléchir et agir plus efficacement pour accroître notre résilience et faire face à la guerre hybride russe», a-t-il ajouté, lundi, lors d’un webinaire de l’EPC. Plusieurs sources ont estimé que la Moldavie était un terrain de jeu et un test pour la guerre hybride russe avant qu’elle n’agisse dans d’autres pays.
« La Russie ne s’arrêtera pas, quel que soit le résultat du référendum. Ils n’ont pas de limites à moins qu’ils soient arrêtés», avait prévenu M. Groza.
Un avis partagé par Ionela Ciolan, chargée de recherche au Centre d’études européennes Wilfried Martens. « Nous verrons probablement beaucoup de désinformation de la part des Russes à l’avenir. Ils continueront avec la même intensité à essayer de polariser la société parce que leur objectif est de s’assurer que les pro-russes remportent la majorité des voix aux élections parlementaires » de 2025, a-t-elle prévenu à l’EPC, appelant à soutenir le processus électoral démocratique avant ce scrutin.
Les méthodes russes sont de plus en plus sophistiquées, les messages de plus en plus élaborés et les outils pour mener cette guerre hybride utilisés d’une manière de plus en plus cohérente.
« L'approche et la stratégie russes sont si sophistiquées que nous avons observé que les Russes ont ciblé les régions pro-européennes du pays et, au bout du compte, le résultat est négatif » au référendum dans ces régions, a expliqué M. Groza. Par exemple, la région de Ungheni, à la frontière avec la Roumanie, a voté à 56,75% contre le référendum. Les minorités, les personnes plus rurales ou moins éduquées et les russophones sont également des cibles privilégiées pour les FIMI.
Soutien de l’UE à la résilience. Au delà des sanctions adoptées à l’encontre de 16 personnes et 2 entités responsables d'actions qui compromettent ou menacent la souveraineté et l’indépendance de la République de Moldavie, ainsi que la démocratie, la stabilité et la sécurité du pays (EUROPE 13503/3), l’UE, via la 'Facilité européenne pour la Paix' et sa mission de partenariat de l’UE (EUPM) aide concrètement le pays à renforcer sa résilience.
La mission civile EUPM, créée à la demande des autorités moldaves en mai 2023, a pour objectif de renforcer les capacités de gestion de crise et d'améliorer la résilience moldave contre les menaces hybrides. Cette mission, non exécutive, apporte conseils, expertises, formations et équipements aux autorités moldaves.
Avec l’aide de l’UE, la Moldavie a notamment créé, l’an dernier, le Centre de communication stratégique et de lutte contre la désinformation. Pour lutter contre les FIMI et renforcer la résilience, la stratégie moldave repose sur quatre piliers : la prise de conscience, l’exposition de l'intention - le modus operandi -, mener les enquêtes nécessaires et avoir une communication stratégique sur l’intérêt national.
Certaines sources soulignent que la Moldavie doit aussi être plus active dans l’éducation de la population à faire face à la désinformation et aux ingérences étrangères et promouvoir l’action de l’UE dans le pays. (Camille-Cerise Gessant avec Léa Marchal)