login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13500
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Hu24eu

La présentation du programme de la Présidence hongroise du Conseil de l’UE vire à l’ « intifada politique » contre ma personne, s'indigne Viktor Orbán

Si le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, s’est présenté au Parlement européen, mercredi 9 octobre, pour présenter les priorités de la présidence du Conseil de l’UE de son pays – compétitivité, lutte contre la migration et renforcement de l’espace Schengen, adhésion à l’UE des pays des Balkans occidentaux, sécurité/défense (EUROPE 13499/1) –, les députés européens, mais aussi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont saisi l’occasion offerte pour critiquer la politique de M. Orbán.

« C’est une intifada politique ! Vous répétez les mensonges de la gauche hongroise, c’est juste de la propagande politique », a souligné le Premier ministre, dont la fin du discours initial a été marquée par le chant antifasciste ‘Bella ciao’, entonné par des députés du groupe La Gauche.

« Vous n'êtes pas le bienvenu ici dans la maison de la démocratie, pas du mensonge, de la corruption, de la propagande d’un régime autoritaire », lui a lancé Terry Reintke (Verts/ALE, allemande) alors que Martin Schirdewan (La Gauche, allemand) a estimé qu’il ne fallait pas confier aux « anti-démocrates » la présidence du Conseil de l’UE. « (L’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude) Juncker vous avait qualifié de petit 'dictateur' et je pense qu’il avait raison », a-t-il ajouté.

M. Orbán a dénoncé en particulier les critiques de Mme von der Leyen, rappelant que la Commission se devait d'agir en tant que garante des traités européens, d'éviter les débats politiques et de travailler de façon neutre. 

L'attitude de M. Orbán envers l'Ukraine attaquée. L’absence de la mention de l’Ukraine dans le discours initial du Premier ministre n’a pas manqué de faire réagir.

« Le monde a été témoin des atrocités de la guerre menée par la Russie. Et pourtant, certains rejettent encore la responsabilité de cette guerre non pas sur l'envahisseur, mais sur le peuple envahi. Ils n'incriminent pas la soif de pouvoir de (Vladimir) Poutine, mais la soif de liberté de l'Ukraine. Je voudrais donc leur poser cette question : est-ce qu'ils reprocheraient aux Hongrois l'invasion soviétique de 1956 ? », s’est interrogée Mme von der Leyen.

Les représentants de nombreux groupes politiques ont également dénoncé les déplacements de M. Orbán en Russie et en Chine, début juillet, sa politique d'octroi de visas aux Russes ou l’accès de la police chinoise au territoire hongrois.

Manfred Weber (PPE, allemand) a qualifié la 'mission pour la paix' en Russie du Premier ministre hongrois de « show de propagande pour autocrates et ceux qui s’opposent au mode de vie européen » et de mission de « prolongation de la guerre ».

« Vous conduisez l’UE, et en même temps, vous vous inclinez devant Poutine. Aller à Moscou pour louer l’impérialisme russe n’est qu’une preuve de votre mépris pour les valeurs humaines ! », a ajouté Iratxe Garcia Perez (S&D, espagnole).

Rappelant que M. Orbán avait « courbé l’échine » devant les dirigeants chinois et russe, bloquait toujours des milliards d’euros d’aide à l’Ukraine, facilitait les visas aux Russes et laissait des policiers chinois patrouiller dans ses rues, Valerie Hayer (Renew Europe, française) s’est demandé vers où regardait le dirigeant. « Vers Bruxelles ? Moscou ou Pékin ? ».

De même, Nicola Procaccini (CRE, italien), même s'il a approuvé les points de vue du dirigeant hongrois sur la migration et la démographie, a critiqué l’alignement géopolitique de M. Orbán. « Nous avons également un ennemi extérieur beaucoup plus dangereux que vous semblez ignorer, à savoir l’alliance de la Chine, de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord », a-t-il lancé.

Soutenu par René Aust (ESN, allemand) et Kinga Gál (PfE, hongroise), M. Orbán a rappelé qu'il fallait « changer de stratégie si l'on ne veut pas que l’Ukraine perde ». « Il faut défendre la paix, le cessez-le-feu, sinon on perdra sur tous les fronts », a-t-il ajouté. Sur les visas russes, il a rétorqué que 7 000 Russes vivent en Hongrie alors qu'ils sont 300 000 en Allemagne.

Si M. Orbán a fait la promotion de la compétitivité – un nouveau pacte de la compétitivité européenne devrait être adopté lors du sommet européen informel du 8 novembre à Budapest -, Mme von der Leyen a critiqué la Hongrie qui s’écarte du marché unique, avec des mesures discriminatoires. « La Hongrie est au cœur de l'Europe et elle devrait aussi être au cœur de notre économie. Le peuple hongrois devrait profiter pleinement de tous les avantages de notre marché unique », a-t-elle insisté.

La Hongrie, pays corrompu où les droits sont bafoués, selon les eurodéputés. De nombreux députés ont dénoncé la corruption en Hongrie. Selon Mme García Pérez, M. Orbán critique l’UE, mais bénéficie sans broncher des milliards d’euros de fonds européens, qui sont, selon elle, détournés vers des oligarques corrompus. « La seule chose que nous ne rejetez pas de l’Europe, ce sont ses chèques ! », a lancé Mme Hayer, appelant à la suspension du droit de vote de la Hongrie au Conseil de l'UE.

La situation des droits de l’homme a également été mise en avant par les eurodéputés, qui ont dénoncé la situation de la justice, des femmes, de la communauté LGBTI ou encore des médias. Mme Reintke a prévenu que les attaques à l’État de droit et le despotisme ne resteraient pas impunis.

La politique sécuritaire de M. Orbán a été critiquée, alors que ce dernier a réclamé un contrôle accru aux frontières extérieures de l'UE, un renforcement des règles liées à l’espace Schengen de libre circulation des personnes, avec notamment la tenue de sommets des dirigeants des États membres concernés, et la mise en place de 'hotspots' à l’étranger pour la gestion des flux migratoires.

Mme von der Leyen a dénoncé le fait qu’en 2023, les autorités hongroises avaient libéré de prison des passeurs et des trafiquants avant la fin de leur peine. « Ceci n'est pas lutter contre la migration irrégulière en Europe ni protéger notre Union, c'est se défausser d'un problème sur son voisin. Nous voulons tous mieux protéger nos frontières extérieures. Mais nous n'y arriverons que si nous luttons ensemble contre le crime organisé et si nous sommes solidaires », a-t-elle souligné.

Autant d'accusations balayées par M. Orbán, prêt à en découdre avec ceux qui attaquent les intérêts de la Hongrie. (Camille-Cerise Gessant)

Sommaire

PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
SOCIAL - EMPLOI
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
BRÈVES