Présent à Strasbourg en cette semaine de session plénière, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a rencontré la presse, mardi 8 octobre, pour présenter les priorités de la Présidence hongroise du Conseil de l'UE, laquelle est déjà bien avancée. Le dirigeant doit ensuite s'exprimer mercredi devant les députés européens, qui sont nombreux à contester les actions de son régime en Hongrie et sa vision très parcellaire de l'Etat de droit.
Dépeignant une Europe vulnérable, à la croissance affaiblie et en grand besoin de réformes, le dirigeant a présenté la Présidence hongroise du Conseil non pas comme un moment de solutions, mais comme « un catalyseur de changements » nécessaires.
Migration. Sujet sensible s'il en est, l'immigration et le contrôle des frontières extérieures de l'Union font partie des trois grands thèmes principaux de la Hongrie pour cette Présidence.
Selon Viktor Orbán, l'Union ne devrait « pas forcer les États membres à suivre une politique migratoire dont ils ne veulent pas ». « L'immigration clandestine a engendré de l'antisémitisme, de l'homophobie et de la violence contre les femmes », a-t-il encore affirmé. Il a également plaidé pour empêcher les migrants illégaux d'entrer en Europe tant que leur demande d'asile n'est pas acceptée, arguant que « le seul migrant qui ne restera pas en Europe est celui qui ne peut pas y entrer. »
Quant aux règles communes sur l'asile, Viktor Orbán estime que chaque pays ne désirant pas s'y plier devrait pouvoir avoir un droit de retrait (« opt-out »), chose impossible sans réforme des traités européens (EUROPE 13486/32).
Élections américaines et guerre en Ukraine. Interrogé sur les conséquences pour l'UE d'une réélection de Donald Trump, le dirigeant hongrois n'a pas caché sa préférence, affirmant qu'il ouvrirait dans ce cas « plusieurs bouteilles de Champagne ».
Quant à la position de blocage hongroise sur l'aide financière de l'UE envers Kiev, il a botté en touche, affirmant que la seule volonté de la Hongrie était de trouver un moyen d'« arriver à la paix », en favorisant le « dialogue » avec Moscou et non pas en suivant « la mauvaise stratégie » de l'Union (EUROPE 13498/9). Selon M. Orbán, l'Ukraine ne peut arriver à une victoire sur le champ de bataille et l'UE doit trouver une solution rapide au conflit.
Compétitivité européenne. « Nous sommes au commencement d'un cycle législatif qui peut nous permettre à tous de nous engager pour améliorer la compétitivité européenne : baisser les charges administratives, baisser le prix de l'énergie, renforcer les marchés et services de l'Union, engager une politique industrielle verte et de transition », a énuméré le Premier ministre hongrois en début de discours. Il prévoit de défendre un « pacte européen de compétitivité » afin de renforcer la position de l'Europe sur la scène internationale et a également qualifié d'« absurdes » les décisions récentes de la Commission d'imposer des tarifs sur les importations de véhicules électriques venus de Chine (EUROPE 13497/1).
Il a également souligné la nécessité d'une politique de défense européenne « plus intégrée » pour répondre aux préoccupations croissantes en matière de sécurité.
Institutions européennes. Peu avare de critiques envers l'UE, Viktor Orbán n'a pas caché sa volonté de voir certains traités être réformés. « Il y a eu des changements importants ces dernières années : d'abord la question de la migration, qui n'est pas une question technique et qui a révélé de profondes différences », a-t-il suggéré.
Se posant en défenseur des idéaux du « peuple » face aux élites de Bruxelles, il a affirmé qu'il fallait que la « bulle accepte de changer » ou bien elle se verrait « écartée ».
Article 7. La nouvelle rapportrice du PE sur la procédure dite 'Article 7' visant la Hongrie, lancée en 2018, la Néerlandaise Tineke Strik (Verts/ALE), a alerté de son côté sur la dégradation du respect de l'État de droit dans ce pays, notant l’aggravation du manque d’indépendance du système judiciaire, les discriminations envers les personnes LGBTIQ ou les campagnes d’intimidation et de diffamation des représentants de la société civile.
La Néerlandaise a appelé l’ensemble de l’hémicycle à contester les déclarations que fera Viktor Orban le 9 octobre, lorsqu’il présentera les priorités de la Présidence hongroise du Conseil. À ses côtés, les élus européens ont déploré le manque de réaction du Conseil de l’UE, qui n’a toujours pas activé les étapes plus substantielles de l’article 7, comme la suspension des droits de vote. (Isalia Stieffatre avec Solenn Paulic)