Les eurodéputés ont demandé à la Commission, mercredi 9 octobre à Strasbourg, de leur expliquer son action au cours des cinq dernières années pour renforcer les frontières extérieures de l’UE, mais se sont montrés divisés sur son bilan ainsi que sur les nouvelles pistes envisagées, comme le triplement des effectifs de l’agence Frontex, annoncé par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Lors de ce débat demandé par le PPE à la veille de la réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE à Luxembourg (voir autre nouvelle), le vice-président, Margarítis Schinás, a énuméré les réformes adoptées, entre le nouveau Code frontières Schengen qui permettra de répondre aux nouveaux défis comme les menaces hybrides liées à l’instrumentalisation de la migration, le nouveau 'Pacte Asile et migration' et sa législation sur le ‘filtrage’ des migrants aux frontières extérieures ou encore les nouveaux dispositifs comme Entrée/Sortie (des voyageurs). Il a aussi salué les « bons résultats » des accords passés avec la Tunisie ou l’Égypte ayant permis de réduire les arrivées en Méditerranée centrale et jugé positivement le dialogue avec la Libye.
Il a aussi annoncé l’intensification de la coopération avec la Mauritanie ou le Sénégal.
Nos frontières extérieures seront « des lieux où notre force réglementaire sera visible », a-t-il dit, rappelant aussi l’aide financière « sans précédent » apportée aux États membres ces dernières années ainsi qu’à l’agence Frontex, qui a pu obtenir des équipements supplémentaires et se trouve aujourd’hui engagée dans 19 opérations.
Le Suédois Tomas Tobé (PPE) estime que l’UE « doit retrouver la maîtrise totale de ses frontières » et veiller « à la mise en œuvre totale du Pacte » et au financement par l’UE des infrastructures pour gérer les frontières.
Il a accusé les groupes de gauche de retarder les efforts en ne voulant pas « faire la différence entre ceux qui ont le droit à l’asile » et ceux qui n’y ont pas droit. Il les a aussi accusés d’être contre les contrôles aux frontières et tout ce qui peut permettre de gérer la migration. L’extrême droite n’est pas plus constructive sur ces questions de gestion de la migration en raison de son « aversion » pour l’UE, a-t-il dit.
L’Italienne Cecilia Strada (S&D), quant à elle, estime que les politiques menées jusqu’ici par les Européens n’ont fait que provoquer des tragédies et des morts en mer Méditerranée. « Nous devrions, nous, être noyés par la honte, car nous ne pensons qu’à externaliser, à reporter le problème ailleurs », a-t-elle dit. L’Italienne a aussi dénoncé la violation des droits humains, notamment dans le cadre des accords avec les pays tiers.
Le Français de La Gauche, Damien Carême, a aussi dénoncé ces accords « honteux » et s’est opposé au renforcement de Frontex, qui incarne « l’échec et les dérives ». « Il faut arrêter la fuite en avant ».
De son côté, Fabienne Keller (Renew Europe, française) a dit soutenir ce triplement des effectifs de Frontex, de 10 000 à 30 000 au cours du prochain cadre financier pluriannuel, mais à la condition d’une gouvernance renforcée de l’Agence et avec les ressources financières adéquates.
Les Patriotes pour l’Europe, de leur côté, ont déploré le refus persistant de la Commission d’autoriser le financement d’infrastructures physiques et numériques pour empêcher les arrivées dans l’UE. (Solenn Paulic)