Les violences basées sur le genre restent une problématique majeure au sein de l'Union européenne, malgré des progrès législatifs en matière d'égalité entre hommes et femmes. Ce constat a été au centre des discussions en commission des droits des femmes (FEMM) du Parlement européen, lundi 30 septembre, qui a accueilli deux membres du forum des experts de l’Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes, Edit Bauer et Niall Crowley.
Pour illustrer l'ampleur du phénomène - qui existe également en ligne, notamment contre les femmes en position de pouvoir, comme l'a rappelé Veronika Cifrová (Renew Europe, slovaque) -, Mme Bauer a affirmé qu'en Slovaquie, d'où elle est originaire, 50% des femmes ont été victimes de violences basées sur le genre. Par ailleurs, elle a rappelé que la pandémie de Covid-19 avait aggravé la situation, augmentant ainsi le coût économique pour la société. Un coût « surprenant » : en 2021, l'EIGE a estimé le coût de la violence à l'égard des femmes dans l'UE à 366 milliards d'euros par an.
La collecte de données est un enjeu central pour mieux comprendre et combattre ces violences. L’eurodéputée Elena Kountoura (La Gauche, grecque) a noté que de nombreux États membres ne transmettent pas leurs données de manière systématique aux institutions européennes, ce qui complique l'élaboration de politiques efficaces. Niall Crowley a ajouté qu’« en l'absence de données, il est impossible de formuler des réponses adéquates à ces violences ».
Sur cette question, Edit Bauer a mis en garde contre la tentation de cibler des groupes spécifiques, notamment dans les discours liant immigration et insécurité. « La violence touche également des personnes ayant fait de longues études et s'attaque à tous les groupes sociaux », a-t-elle affirmé, rappelant que cette violence est une pathologie sociale omniprésente, sans distinction de classe ou d'origine.
Concernant les leviers législatifs, si la Convention d'Istanbul a été ratifiée par l'UE en 2023, tous ses États membres, tels que la Slovaquie, ainsi que l'a rappelé Edit Bauer, n'ont pas suivi le mouvement, ce qui limite son impact.
La très récente directive européenne contre la violence à l’égard des femmes (EUROPE 13431/33) représente un pas dans la bonne direction, selon Mme Bauer. Son application reste incertaine, mais la période de transposition dans les États membres pourrait harmoniser les efforts et renforcer les infrastructures d'accueil pour les victimes.
En outre, l’éducation a été identifiée par les experts, comme un levier efficace pour briser le cycle des violences basées sur le genre et libérer la parole. Certaines intervenantes, comme Alessandra Moretti (S&D, italienne) et Mélissa Camara (Verts/ALE, française), ont plaidé pour des cours obligatoires sur les relations affectives et sexuelles dès le plus jeune âge. Des usages qui ont déjà prouvé leur efficacité dans certains pays, mais qui doivent être renforcés par les médias et les familles, estiment Edit Bauer et Niall Crowley.
Les experts ont fait de l'engagement politique un axe essentiel pour garantir l'application rigoureuse des lois. M. Crowley a souligné que la mise en œuvre des directives sur l'égalité hommes-femmes et la violence de genre « doit être soutenue activement par les gouvernements et les institutions ». (Nithya Paquiry)