Le Premier ministre français, Michel Barnier, a défini une ligne politique pour son gouvernement qui reprend, sur les questions européennes, les positions traditionnellement défendues par la France, en prononçant son discours de politique générale devant le Parlement français, mardi 1er octobre.
« Prenons soin de l'Europe, elle est nécessaire », a-t-il déclaré, estimant que la France doit continuer de contribuer à « jouer un rôle majeur pour contribuer à faire changer l'Europe ». Il a évoqué l'importance de « parler à tout le monde, sans arrogance » afin que l'Union bâtisse sa souveraineté industrielle en luttant contre la concurrence déloyale, accélère la transition climatique et investisse dans les secteurs du numérique, l'espace et la défense.
Avoir décidé d'emprunter plus de 700 milliards d'euros au niveau européen pour relancer l'économie affectée par la pandémie de Covid-19 dans le cadre du Plan de relance Next Generation EU, « ce n'est pas rien », a estimé l'ancien commissaire européen.
Alors que la France doit présenter son projet de budget 2025 (EUROPE 13491/20), M. Barnier a confirmé que le déficit français dépasserait 6% du PIB en 2024. Il faut « retrouver des marges de manœuvre budgétaires » dès lors que la dépense publique représente « 57% des richesses nationales », a-t-il estimé.
Souhaitant donner des gages de sérieux aux partenaires européens de la France, le Premier ministre français a fixé comme objectif une réduction du déficit public à 5% du PIB en 2025 afin de revenir sous la barre des 3% du PIB en 2029. Selon lui, deux tiers de l'effort budgétaire proviendront de la réduction des dépenses. Le gouvernement demandera aux « grandes entreprises » de fournir un effort « ciblé » et temporaire, mais sans remettre en cause leur compétitivité, ainsi qu'« aux Français les plus fortunés », a ajouté M. Barnier. Et la lutte contre « la fraude fiscale et sociale » sera intensifiée.
Migration. Attendu sur la gestion des flux migratoires, M. Barnier a préconisé une application rigoureuse du 'Pacte pour la migration et l'asile'. Il a souhaité que l'agence européenne Frontex soit dotée de plus de moyens pour mieux contrôler les frontières extérieures de l'UE. Quant aux contrôles aux frontières françaises, ils seront maintenus « aussi longtemps que nécessaire », comme le fait l'Allemagne, a indiqué l'ancien négociateur de l'UE sur le Brexit.
Sur le plan international, M. Barnier a assuré que la France continuera de « porter une voix singulière dans le monde » et de « prendre des initiatives » au service de la paix et de la sécurité dans le monde. « La France restera aux côtés du peuple ukrainien », qui se bat pour défendre sa liberté, son intégrité territoriale et les valeurs de l'UE.
Évoquant les victimes du Hamas, exigeant la libération des otages israéliens détenus à Gaza, dont plusieurs Français, il a aussi eu une pensée pour « toutes les victimes civiles palestiniennes ». « La violence n'a que trop duré », a-t-il considéré, convaincu que « la clé de la paix » demeurait la solution à deux États - l'Israël et la Palestine - vivant côte à côté en sécurité. Et de préconiser la mobilisation de la France, des partenaires européens et des États-Unis pour faire cesser les hostilités au Liban. (Mathieu Bion)