Les eurodéputés ont débattu mercredi 18 septembre à Strasbourg des conséquences de la nouvelle carte nationale hongroise permettant à des travailleurs russes et biélorusses de venir travailler en Hongrie et d’y rester pendant deux ans (EUROPE 13475/9).
La commission des Libertés civiles du Parlement européen avait déjà débattu du sujet le 4 juillet, à la demande notamment du groupe PPE, inquiet des répercussions de ce dispositif sur la sécurité intérieure de l’UE et redoutant de nouvelles opérations d’espionnage ou de sabotage.
Lors de ce débat en plénière demandé cette fois par Renew Europe, les arguments ont été similaires, la Française Fabienne Keller (Renew Europe) réitérant ainsi sa demande de suspension partielle de la Hongrie de l’espace Schengen, en vertu de l’article 19 du Code Frontières Schengen.
La Commission était représentée mercredi par la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides. Elle est revenue sur l’envoi par la Commission de deux courriers à Budapest, le 1er août et le 4 septembre.
La Hongrie, ce 18 septembre, n’avait pas encore répondu par écrit à la Commission, mais la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a rencontré la semaine dernière le ministre hongrois de l'Intérieur, a expliqué Mme Kyriakides. Ils ont discuté de cette question et il a fourni quelques éclaircissements.
Ylva Johansson a aussi rencontré, mardi 17 septembre à Strasbourg, le ministre hongrois des Affaires européennes, János Bóka, et a convenu avec lui que la Hongrie devrait fournir une réponse écrite aux questions restantes. « La Commission attend désormais les explications écrites », a dit la commissaire à la Santé, qui a rappelé les motifs d’inquiétude de l’institution : la Russie est « considérée comme une menace pour la sécurité de l'UE et tous les instruments au niveau de l'Union et des États membres doivent donc garantir la sécurité de l'Union et prendre en compte la sécurité de l'espace Schengen dans son ensemble ».
La lettre envoyée le 4 septembre concernait plus précisément la pertinence et la nécessité de l'extension du régime dans la situation politique actuelle et les raisons pour lesquelles la Hongrie « ne peut pas trouver de main-d’œuvre dans les autres pays membres ou d’autres pays tiers » ainsi que la manière dont les contrôles de sécurité sur les Russes et les Biélorusses sont effectués. Car il semble ici que les exigences ne soient pas renforcées pour les travailleurs russes et biélorusses, a dit Mme Kyriakides.
Dans l’hémicycle, beaucoup d’élus ont dénoncé les provocations de la Hongrie et de son Premier ministre, Viktor Orbán, qui est allé début juillet à Moscou. L’élue des Verts/ALE, Tineke Strik (néerlandaise), a estimé que le dirigeant hongrois a pu en arriver là, car les autres États membres ont trop longtemps fermé les yeux sur les violations des droits fondamentaux dans le pays et ont laissé la crise se développer. Elle a aussi appelé les États membres à réagir alors que la Hongrie a décidé de retirer des droits de résidence aux réfugiés ukrainiens sur son sol.
Plusieurs élus, notamment de La Gauche, ont appelé quant à eux le Conseil de l’UE à activer le dispositif de privation des droits de vote prévu par l’Article 7 du Traité.
János Bóka s’est exprimé avant tout en tant que Présidence du Conseil de l’UE et non en tant que ministre de la Hongrie. Il a assuré cependant que la Hongrie se plie à toutes les exigences de sécurité requises par les réglementations Schengen et s’est dit prêt à venir apporter toutes les explications nécessaires aux eurodéputés. Mais ceux-ci « n’ont pas encore invité » le gouvernement hongrois. (Solenn Paulic)