La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a indiqué aux membres de la commission des Libertés civiles du PE (LIBE), mercredi 4 septembre, avoir adressé le même jour un second courrier aux autorités hongroises pour leur demander de préciser les objectifs de la nouvelle carte nationale hongroise permettant à des ressortissants de huit pays tiers, dont la Russie et la Biélorussie, de venir travailler dans le pays.
La commissaire avait adressé une première lettre à Budapest le 1er août, à la demande notamment du groupe PPE au PE, inquiet que ces visas de travail deviennent un moyen détourné pour ces ressortissants russes de se livrer à des pratiques d’espionnage dans l’UE (EUROPE 13466/7).
Mercredi, la commissaire a aussi dit réfléchir à une révision des orientations sur la politique de délivrance des visas vis-à-vis des citoyens russes adoptées dans la foulée du déclenchement de la guerre en Ukraine, qui demandent aux États membres de renforcer les contrôles de sécurité pour octroyer ces documents.
Elle a cependant reconnu qu’à ce stade, le pays n’« a pas violé la législation de l’UE ». Les entrées de ressortissants russes et biélorusses depuis l’activation de ce régime hongrois resteraient également à un « volume très bas ».
La discussion en LIBE a été initiée par le groupe du PPE, a indiqué le président espagnol de LIBE, Javier Zarzalejos (PPE). Le PPE s’offusque notamment de la coïncidence, troublante selon lui, entre le déplacement début juillet du Premier ministre, Viktor Orbán, à Moscou, et l’entrée en vigueur de cette nouvelle carte nationale hongroise.
Cette carte permet aux travailleurs étrangers de huit pays de rester dans le pays pendant au moins deux ans et peut ouvrir la voie à une résidence permanente.
La Hongrie a étendu ce programme initialement réservé aux ressortissants serbes et ukrainiens - à la Bosnie-Herzégovine, au Monténégro, à la Macédoine du Nord et à la Moldavie, puis en juillet à la Biélorussie et à la Russie.
Mercredi, la commissaire s’est précisément interrogée sur les motivations de Budapest pour faire venir des travailleurs depuis ces deux pays alors que les autres Européens ont considérablement réduit l’octroi de visas pour ces deux nationalités.
La commissaire a expliqué que le taux d’octroi de visas pour les ressortissants russes a diminué de 88% depuis 2022 et depuis la suspension de l’accord de facilitation des visas entre l’UE et la Russie. « Prendre cette mesure maintenant est une interrogation », a-t-elle jugé, estimant que cette carte constitue une menace pour toute la zone Schengen et nuit à la confiance mutuelle entre les pays membres de la zone de libre-circulation.
La seconde lettre envoyée contient deux questions précises : pourquoi la Hongrie juge-t-elle ce régime adapté dans la situation actuelle et quels bénéfices économiques en attend-t-elle alors que les pénuries de main d'œuvre en Hongrie peuvent aussi être compensées par des travailleurs venus de l'UE ou d'autres pays tiers ? Les autorités hongroises appliquent-elles bien des vérifications de sécurité supplémentaires pour les ressortissants russes et biélorusses ?
Plusieurs élus ont appelé la Commission à réagir avec plus de véhémence vis-à-vis de Budapest. La députée française de Renew Europe Fabienne Keller a ainsi demandé à la commissaire si une suspension partielle de la Hongrie de l’espace Schengen, comme le règlement de Schengen le permet, serait envisageable.
Les États membres ont la possibilité de réintroduire des contrôles à leurs frontières intérieures s’ils perçoivent une menace pour leur sécurité intérieure, a commenté la commissaire, mais ils ne prennent pas cette direction.
De son côté, le ministre hongrois des Affaires européennes, János Bóka, s’est aussi déplacé à Bruxelles pour livrer les arguments de son gouvernement. Critiquant le fait de ne pas avoir été autorisé à participer à cette audition (le président de LIBE a indiqué par la suite ne pas avoir reçu de demande de participation), M. Bóka a critiqué une « hystérie » du PE sur ce sujet et déclaré que l'extension de la carte nationale aux citoyens russes et biélorusses est nécessaire pour pallier les pénuries de main-d'œuvre sur le marché hongrois.
Il a souligné que les changements sont compatibles avec la législation de l'UE et ne réduisent pas les exigences en matière d'entrée et de visa. « Le système de la carte nationale ne présente aucun risque pour la sécurité nationale, la sécurité publique ou l'ordre public de la Hongrie ou de l'UE », a-t-il ajouté.
En termes de chiffres, la Hongrie a accordé depuis juillet dix permis à des Russes et quatre à des Biélorusses, et depuis 2020, les principaux pays ayant délivré des permis de résidence notamment à des fins de travail à des citoyens russes ou biélorusses ont été l'Allemagne et la Pologne, a-t-il souhaité ajouter.
Le gouvernement hongrois devra répondre à ce second courrier avant le 11 septembre. (Solenn Paulic)