Le rapport issu du dialogue stratégique sur l'avenir de l'agriculture de l'UE, commandé par la Commission européenne, appelle à recentrer les aides vers les agriculteurs qui en ont le plus besoin et plaide pour la création d'un fonds spécifique dédié à la transition écologique de ce secteur.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait commandé ce rapport début 2024, en pleine colère agricole dans plusieurs pays européens (EUROPE 13472/7).
Fruit d'un dialogue stratégique entre acteurs agricoles et ONG environnementales et piloté par l'universitaire allemand Peter Strohschneider, le document présenté réclame une réforme structurelle de l'actuelle politique agricole commune (PAC) et ses 387 milliards d'euros de financement.
La négociation de la future PAC (2028-2034) constitue l'un des dossiers sensibles de la Commission 'von der Leyen II' en cours d'installation.
La politique actuelle doit être modifiée pour relever les défis actuels et futurs et accélérer la transition en cours des systèmes agroalimentaires vers des systèmes plus durables, plus compétitifs, plus rentables et plus diversifiés, selon le rapport du dialogue stratégique.
Ces changements sont également essentiels pour adapter la PAC dans le contexte du processus d’élargissement de l’UE. Compte tenu de ce qui précède, la future PAC devrait se concentrer sur ces objectifs centraux : 1) fournir un soutien socioéconomique ciblé aux agriculteurs qui en ont le plus besoin ; 2) promouvoir des résultats positifs en matière environnementale, sociale et de bien-être animal pour la société ; 3) dynamiser les conditions propices dans les zones rurales.
Pour assurer la viabilité économique des agriculteurs, la PAC devrait accorder une aide au revenu à certains agriculteurs actifs d’une manière beaucoup plus ciblée. Ce soutien spécifique devrait empêcher l’abandon des exploitations et contribuer à faire en sorte que les agriculteurs puissent disposer d’un revenu décent, en ciblant ceux qui en ont le plus besoin.
Financement de la transition. Des capitaux tant publics que privés doivent être mobilisés pour garantir un financement suffisant de la transition. « Un Fonds temporaire pour une transition juste devrait être mis en place en dehors de la PAC pour compléter le soutien à la transition rapide du secteur vers la durabilité », selon le rapport.
Commerce. Les auteurs du rapport sont aussi d'avis que l’approche actuelle en matière de conduite des négociations sur l’agriculture et l’agroalimentaire devrait être revue. La Commission européenne doit notamment mieux reconnaître l’importance stratégique de l’agriculture et des produits alimentaires dans les négociations commerciales, estiment-ils.
Afin d’améliorer l’équilibre durable entre l’apport en protéines animales et l’apport en protéines végétales au niveau de la population européenne, il est essentiel, selon le rapport, de « soutenir cette tendance en réorientant les consommateurs vers des options végétales et en les aidant à se lancer dans cette transition ». La Commission européenne devrait procéder à un réexamen complet de la législation de l’UE sur l’étiquetage des denrées alimentaires et publier un rapport évaluant les mesures actuelles concernant le marketing ciblant les enfants.
Une feuille de route. « Nous allons bien sûr étudier attentivement les recommandations contenues dans le rapport. Elles alimenteront une vision pour l'agriculture et l'alimentation. Je présenterai cette feuille de route dans les 100 premiers jours du prochain mandat », a déclaré la présidente réélue de la Commission, Ursula von der Leyen, devant la presse. Parmi les priorités, elle a cité le besoin de « garantir des revenus équitables et suffisants à nos agriculteurs » et d'examiner la chaîne de valeur agroalimentaire, car les agriculteurs sont souvent « le maillon faible » de cette chaîne de valeur (EUROPE 13460/6).
Peter Strohschneider a dit que le fait d'atteindre un consensus parmi les 29 participants s'apparentait à une « prouesse ».
Les parties prenantes satisfaites. Les premières réactions à ce rapport sont plutôt positives, aussi bien du côté des organisations professionnelles que des ONG.
Ainsi, le Copa-Cogeca a salué le consensus sur la reconnaissance de l'agriculture et de l'alimentation comme secteurs stratégiques pour l'Europe, une politique commerciale cohérente et le besoin de financement pour les transitions nécessaires.
Le dialogue a encouragé l'émergence d'un nouveau modèle de gouvernance, dont le Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA) souhaite qu'il se poursuive au cours des cinq prochaines années. La Coordination européenne Via Campesina aurait souhaité des mesures plus ambitieuses, telles qu'une révision de la directive de l’UE sur les pratiques commerciales déloyales, le renforcement de l'organisation commune des marchés et l'élaboration d’une directive européenne sur les terres agricoles.
L'ONG Greenpeace a apporté son soutien à ce rapport, jugeant le fonctionnement actuel de la PAC « stupide », car trop favorable aux fermes-usines.
L'eurodéputé David Cormand (Verts/ALE, français) estime que le rapport montre qu'il est « urgent d'apporter des changements majeurs aux politiques agricoles de l'UE ». Les agriculteurs doivent être accompagnés pour passer à des pratiques plus durables, selon lui.
Lien vers le rapport : https://aeur.eu/f/db6 (Lionel Changeur)