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Bulletin Quotidien Europe N° 13422
INSTITUTIONNEL / Pe2024

La voie rêvée par le PPE pour une reconduction d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne

Comme en 2014 et en 2019, la famille politique chrétienne-démocrate espère sortir victorieuse des élections européennes, qui se dérouleront du 6 au 9 juin prochains. Si les résultats des urnes confirment les sondages pré-électoraux, le 'Parti populaire européen' (PPE) confirmerait sa place de groupe politique le plus important au sein du Parlement européen pour la législature 2024-2029.

Le président du parti PPE, l'Allemand Manfred Weber, est convaincu que les chrétiens-démocrates seraient alors les mieux placés pour initier des négociations avec les autres formations politiques en vue de former au sein du Parlement une majorité pro-européenne, pro-Ukraine et pro-État de droit et suffisamment stable pour soutenir la candidate tête de liste ('Spitzenkandidat'), sa compatriote Ursula von der Leyen, qui brigue un deuxième mandat à la présidence de la Commission européenne.

En cas de victoire du PPE aux élections européennes, le Bavarois s'attend à ce que le 'Parti socialiste européen' (PSE) ainsi que le centre-droit et les libéraux réunis au sein de la plateforme Renew Europe - deux familles politiques concurrentes, mais participant traditionnellement aux coalitions centristes pro-européennes - respectent le processus du 'Spitzenkandidat' en soutenant la démarche de Mme von der Leyen, comme ce fut le cas en 2014, lorsque le social-démocrate allemand Martin Schulz avait soutenu la nomination du chrétien-démocrate luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission (EUROPE 11103/16).

Les dirigeants du PPE sont d'avis qu'un soutien des formations politiques pro-européennes à Mme von der Leyen pourrait intervenir dès la réunion de la Conférence des présidents (CoP) des groupes politiques du PE, mardi 11 juin à Bruxelles.

Pour que le plan des chrétiens-démocrates se déroule sans accroc, il reviendrait alors aux 27 dirigeants des pays de l'UE, qui dîneront de manière informelle lundi 17 juin à Bruxelles pour tirer de premiers enseignements des élections européennes, d'acter la répartition suivante des hautes fonctions européennes à pourvoir pour le futur cycle législatif : le PPE obtiendrait la présidence de la Commission européenne, le PSE celle du Conseil européen et les libéraux le poste de Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères.

Le PPE revendique également un deuxième mandat à la tête du Parlement européen pour la Maltaise Roberta Metsola, qui n'a pas de rival au sein de sa famille politique.

D'ici au sommet européen des 27 et 28 juin, qui pourrait s'avérer décisif, Mme von der Leyen serait chargée de négocier un programme pour les cinq ans à venir. Elle entamerait d'abord des discussions au centre de l'échiquier politique avec les sociaux-démocrates et les libéraux. Si les résultats des élections européennes démontrent que cette majorité tripartite PPE-PSE-Renew Europe n'est pas suffisante pour permettre son élection sans mauvaise surprise (une majorité absolue de 361 eurodéputés sera requise), la candidate tête de liste du PPE devra élargir la coalition en négociant, à gauche, avec les écologistes européens, voire la gauche radicale et, plus à droite, avec certains partis nationaux conservateurs comme Fratelli d'Italia de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et le Parti démocratique civique du Premier ministre tchèque, Petr Fiala.

Dans l'esprit des leaders chrétiens-démocrates, l'action de Mme Meloni à la tête d'un gouvernement incluant l'extrême droite de la Lega et les chrétiens-démocrates de Forza Italia démontre que la dirigeante italienne remplit les trois critères précités. Mais il ne s'agit en aucun cas d'absorber le parti de Giorgia Meloni au sein du PPE. En revanche, d'autres partis nationaux conservateurs, comme le parti polonais Droit et Justice et le parti Fidesz du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, et a fortiori les partis nationalistes, comme le Rassemblement national en France, promeuvent des idées toxiques qui interdisent toute coopération, selon le PPE.

La trajectoire tracée par la famille chrétienne-démocrate pour la reconduction de Mme von der Leyen reste toutefois parsemée d'embûches qui peuvent faire dérailler au final le respect du principe des 'Spitzenkandidaten'. Rien ne prouve que les Vingt-sept, tout en tenant compte des résultats des élections européennes comme l'exigent les traités européens, proposeront au Parlement de reconduire Mme von der Leyen à la tête de la Commission, comme ce fut le cas en 2019 avec la mise à l'écart, décrétée par le président français, Emmanuel Macron, de M. Weber, alors 'Spitzenkandidat' du parti européen qui avait pourtant remporté les élections.

Les sociaux-démocrates et les libéraux ont également prévenu qu'ils n'entreront dans aucune coalition incluant des conservateurs et/ou des nationalistes, une posture de principe qu'il sera difficile de renier alors que le groupe Renew Europe au PE pourrait exclure les représentants du parti VVD de M. Rutte, qui a accepté de gouverner les Pays-Bas avec l'extrême droite. Les écologistes, dont le poids relatif pourrait diminuer dans le prochain Parlement, pourraient avoir, en échange de leur soutien, des exigences telles que les chrétiens-démocrates, prêts à fermer les yeux en cas de sortie de route du 'Pacte vert européen', refuseraient tout compromis. Même chose avec la gauche radicale, qui pourrait faire monter les enchères sur l'action sociale au niveau européen en échange de quelques voix.

Une chose parait acquise au sein du PPE. Président sortant du groupe PPE au PE, M. Weber devrait être reconduit dans ses fonctions lors de la réunion de reconstitution du groupe chrétien-démocrate, mardi 18 juin. D'ici à la session constitutive du Parlement, du 16 au 19 juillet, le groupe PPE se réunira à nouveau pour présenter ses nouveaux membres. (Mathieu Bion)

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