Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé, mardi 9 avril, que la sécurité et la défense allaient devenir « LE » sujet de ces prochaines années au sein de l’UE.
« Je pense que l’UE entre maintenant dans le 3e moment de sa construction », après 1957 et le marché commun, puis l’accélération de l’intégration économique, le marché et la monnaie uniques. « Ce 3e moment mènera à la naissance d’un pilier fort de sécurité et défense », selon lui.
De l'avis de M. Borrell, la réussite de cet objectif passera notamment en remplissant les obligations « morales et politiques » de l’UE envers l’Ukraine. Il a ainsi appelé à fournir à Kiev les systèmes de défense aériens et les munitions nécessaires. « On devrait faire plus et mieux pour que les Ukrainiens aient les capacités dont ils ont besoin », a plaidé le Haut Représentant. Selon M. Borrell, le ministre ukrainien, Dmytro Kuleba, demande 7 batteries pour les Patriots pour protéger le pays et « il ne serait pas concevable de ne pas leur fournir alors que les armées occidentales en ont environ 100 ».
D'après le Haut Représentant, deux questions se posent pour la création de ce pilier fort de sécurité et défense. La première porte sur les dépenses de défense, de financement de la défense. « On manque de ressources », a regretté M. Borrell. Rappelant que l’UE avait été sur les marchés financiers, car il y avait « une menace existentielle », le chef de la diplomatie s'est demandé si pouvoir se défendre et soutenir l’Ukraine est une question existentielle aujourd’hui. « Si cela l’est, il faut réfléchir de manière large, profonde, comme on l’a fait par le passé pour les choses que l’on considérait comme des menaces existentielles ».
Selon M. Borrell, il faut créer un nouveau véhicule financier intergouvernemental – le mécanisme européen de défense (European defence mechanism) – « comparable à celui que nous avons créé pendant la crise financière, un soutien aux États membres qui souffraient de la crise financière ». Il a regretté que les États membres ne donnent pas à l’Agence européenne de défense les financements suffisants.
La deuxième question porte sur la manière d’organiser l’action collective. « De quel type de cadre institutionnel nous avons besoin pour tirer parti de notre niveau d'ambition en matière de sécurité et de défense », s’est interrogé le Haut Représentant, estimant que ce sera un des plus importants débats qui se tiendra entre les États membres et avec le Parlement européen afin de définir « qui fait quoi ».
Il a rappelé qu’il y avait actuellement quatre niveaux d’actions : les États, la coopération entre les États, l’action communautaire et les alliances stratégiques, « principalement l’OTAN ». Le Haut Représentant a prédit un champ de bataille entre les institutions lors du prochain mandat, entre l'intergouvernemental et le communautaire, « afin d'occuper l'espace politique » concernant les affaires étrangères et la défense, qui sont « au cœur de la souveraineté ». (Camille-Cerise Gessant)