Les ministres de l'UE ont demandé, jeudi 30 novembre à Bruxelles, que la politique de cohésion garantisse un soutien plus ciblé aux régions moins développées et qu'elle accorde une attention particulière aux besoins des zones rurales, des zones touchées par la transition industrielle et des régions souffrant de handicaps naturels ou démographiques graves et permanents.
C'est ce qui ressort des conclusions adoptées par le Conseil des Affaires générales sur l'avenir de la politique de cohésion.
La vice-première ministre et ministre des Finances et de la Fonction publique de l'Espagne, María Jesús Montero, qui a présidé la réunion du Conseil, a souligné que, durant la période 2021-2027, près de 530 000 millions d'euros seront mis à la disposition de tous les pays de l'UE au titre de la politique de cohésion, dont 36 245 millions iront à l'Espagne, soit 13% de plus que lors de la période précédente.
María Jesús Montero a déclaré devant la presse que la politique de cohésion « a été et continuera d'être un pilier important de la construction européenne. Nous devons maintenir comme objectif la promotion du développement harmonieux de toutes les régions de l'UE ».
La ministre a reconnu que la politique de cohésion doit aussi s'adapter à la nouvelle réalité socioéconomique et géopolitique à laquelle font face les régions d'Europe. Elle a rappelé les résultats de la réunion informelle des ministres de l’UE qui s'est tenue à Murcie en septembre (EUROPE 13261/1).
En référence aux conclusions sur la politique de cohésion après 2027 adoptées par le Conseil (https://aeur.eu/f/9w3 ), la ministre espagnole a estimé que la politique de cohésion doit accorder une attention toute particulière aux zones et aux régions qui partent avec un certain retard (y compris des zones rurales ou les zones touchées par la transition industrielle). Il faut aussi aider les régions qui ont des spécificités, les régions insulaires, les régions transfrontalières, les régions de montagne ou les régions ultrapériphériques.
Ensuite, le Conseil invite la Commission et les États membres à étudier la façon de mesurer et d'évaluer les besoins spécifiques des différents territoires. « La politique de cohésion, au-delà de l'horizon 2027, devrait mieux répondre aux besoins en matière de développement et de convergence en prenant en compte les nouveaux défis auxquels sont confrontés tous les pays », a résumé Mme Montero, qui a fait référence à des questions démographiques, migratoires, au changement climatique et à la transition écologique et numérique.
La politique de cohésion doit devenir plus souple au niveau de sa programmation pour être en mesure d'offrir une aide plus adaptée et plus ciblée par rapport aux besoins de chaque région. « Nous sommes engagés à trouver des formules de simplification, notamment la possibilité de développer le principe de contrôle ou d'audit unique, tout en maintenant les normes les plus élevées en matière de prévention et de lutte contre la fraude et la corruption », a insisté Mme Montero.
Elisa Ferreira, la commissaire à la Cohésion, a soutenu que, « sans politique de cohésion, le marché unique ne pourra pas bien fonctionner ». Elle a admis que cette politique de cohésion devait devenir plus performante, plus ciblée, plus rationalisée et disposer d’une gouvernance de qualité.
Concernant la contribution de la politique de cohésion à l'autonomie stratégique européenne, 74 milliards d’euros sont prévus (2021-2027) pour encourager l'innovation et la recherche.
Effets de l'élargissement de l'UE. En réponse à une question de la presse sur les effets de l’élargissement de l’UE, la commissaire Ferreira a indiqué : « Je ne pense pas que l'Europe puisse aller de l'avant sans une politique de cohésion forte ». À chaque fois qu'il y a un élargissement de l'Europe ou un approfondissement de l'UE, la politique de cohésion a dû être renforcée. Et ce, pour une raison simple : sinon, on assiste à une fragmentation, ce qui n'est pas bon d'un point de vue économique, a défendu la commissaire.
Le meilleur exemple, selon elle, est de voir le niveau de développement des pays qui ont rejoint l'UE lors du dernier élargissement. Leur PIB par habitant représentait environ 50 à 55% de la moyenne de l'UE alors qu'il dépasse aujourd'hui 75%. En 2000, la Roumanie avait un PIB de 27% par rapport à la moyenne de l'UE et, aujourd'hui, il est de 77%, a relevé avec satisfaction Mme Ferreira.
« Nous essayons de voir comment nous pouvons rendre la politique de cohésion plus simple et plus efficace, mais sans y introduire encore l'aspect de l'élargissement », a conclu la commissaire.
Interrogée sur la question de savoir si elle considérait que la montée du nationalisme en Europe pouvait constituer une menace pour les fonds de la politique de cohésion, la ministre espagnole a souligné que « le projet européen est un antidote très puissant contre le populisme ». Ce populisme serait, selon Mme Montero, une source très importante d'insécurité et d'inégalité ainsi qu'un fardeau pour le développement des pays de l'UE et dans le monde.
Le futur élargissement de l'UE serait, pour la ministre espagnole, « une opportunité pour la sécurité internationale et pour le renforcement des démocraties ». (Lionel Changeur)