« Une femme autiste sur trois a été victime de viol » : ce chiffre alarmant a été soulevé lors d'une réunion commune, mercredi 29 novembre, impliquant les commissions des libertés civiles (LIBE) et des droits de la femme et de l'égalité de genre (FEMM) du Parlement européen. Ce taux, considérablement plus élevé que celui d'une femme sur vingt dans la population générale, a été avancé par Ana Peláez, présidente de la commission de l'ONU pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes afin de mettre en exergue les violences sexuelles et discriminatoires auxquelles sont confrontées les femmes porteuses de handicaps.
Avec Sarah Rocha, vice-présidente du comité des femmes du Forum européen des personnes handicapées, elle a ainsi partagé, à l'attention des eurodéputés, des statistiques et des témoignages relevant l’urgence de la protection et l'inclusion de ces femmes dans l'UE.
Le problème de la stérilisation forcée, que les eurodéputés souhaitent ajouter à la liste des agressions dans la directive visant à lutter contre les violences faites aux femmes (EUROPE 13211/35) - actuellement en phase de négociations interinstitutionnelles -, a notamment été un sujet majeur. Sarah Rocha a apporté un éclairage sur la situation au Portugal, son pays d’origine, l'un des trois de l'Union européenne - avec la République tchèque et la Hongrie - autorisant encore la stérilisation forcée des mineurs. Elle est revenue sur des exemples de femmes et de filles handicapées qui ont été forcées ou trompées pour subir une stérilisation, souvent sans leur consentement ou avec de fausses informations.
Des actions qui constituent, selon elle, une violation flagrante des droits humains.
Pour Ana Peláez, cette pratique est une manifestation de stéréotypes discriminatoires. En outre, Mme Peláez a souligné que, dans l'UE, 26,8% des femmes de plus de 16 ans déclarent être porteuses d'un handicap, contre 22% des hommes.
Ce déséquilibre est exacerbé par une gamme de facteurs discriminatoires, allant de l'économie à la santé et se manifestant particulièrement dans le domaine des violences sexuelles. « Une femme handicapée sur deux a été victime de violence psychologique au sein de son couple », a-t-elle rapporté. Le manque de reconnaissance des souffrances spécifiques de ces femmes, telles que les difficultés liées à l'hygiène personnelle pendant les menstruations, l'accès aux soins gynécologiques et lors des accouchements, avec un recours important aux césariennes, ont également été évoqués.
Sarah Rocha et Ana Peláez ont plaidé en faveur d’une action concrète, notamment en faisant de l’année 2025 l'Année européenne des femmes et des filles handicapées.
Cette initiative vise à sensibiliser, éduquer et promouvoir des politiques inclusives et équitables. Mme Peláez, qui y voit un « moment charnière », a en outre insisté sur la nécessité d'un contrat social entre l'Union européenne, ses États membres et les femmes et filles handicapées pour restaurer leur confiance dans les institutions et garantir leur participation active dans l'élaboration des politiques publiques. Elle souligne également l'urgence de rendre des comptes face à la persistance des violences.
Les travaux du Forum européen des personnes handicapées : https://aeur.eu/f/9w4 (Nithya Paquiry)