Une trentaine de personnalités politiques - parmi lesquelles Romano Prodi, Jean-Claude Juncker, Danuta Hübner, Erkki Liikanen et Sylvie Goulard - ont énoncé, début octobre, leur vision d'un « fédéralisme graduel et pragmatique » afin de permettre à l'Union européenne de fonctionner à plus de trente pays membres et de relever les défis auxquels celle-ci est confrontée « dans un monde aux menaces et aux tentations de repli croissantes ».
« Les États membres devront décider collectivement s'ils veulent, ensemble, jouer un rôle de leaders ou agir en suiveurs isolés. S'ils choisissent le leadership, il sera nécessaire de donner à l'UE les moyens d'agir en conséquence », estiment les auteurs du manifeste. « Cela ne signifie pas qu'il faille avancer rapidement vers une fédération européenne irréaliste. Il s'agit plutôt d'une nouvelle articulation entre les politiques nationales (coordination horizontale) et entre les niveaux national et européen (coordination verticale) », ajoutent-ils.
Ils avancent sept éléments clés : (1) une réforme fondamentale du budget de l'UE qui devrait inclure « une capacité budgétaire centrale pour fournir des biens publics européens » dans les domaines liés aux transitions climatique, numérique et sociale et reposer sur des ressources propres « crédibles » ; (2) de nouvelles règles budgétaires favorisant la convergence économique et sociale et la durabilité des finances publiques ; (3) une intégration poussée des marchés financiers avec la mise sur pied d'un système de gestion de crises adéquat ; (4) une politique industrielle stimulant l'innovation et combinée avec des travailleurs qualifiés ; (5) une refonte de l'encadrement européen des aides d'État qui renforce le marché unique ainsi que des outils préservant le rôle de l'UE dans les chaînes de valeur internationales ; (6) une stratégie commune en matière d'éducation et de formation ainsi que des programmes d'insertion professionnelle des travailleurs migrants, ces derniers devant faire partie intégralement de la politique migratoire de l'UE ; (7) une politique de sécurité et de défense commune au sein de l'OTAN, mais disposant d'une autonomie suffisante.
À ces éléments clés s'ajoute l'importance, selon les auteurs, de repenser le système de prise de décisions au Conseil de l'UE afin d'éviter la paralysie et en vue des prochains élargissements. « N'oublions pas qu'il existe des moyens souples pour permettre à une dissidence isolée de ne pas se transformer en veto, tout en protégeant le membre dissident des effets d'une décision » collective, rappellent les auteurs.
Voir le manifeste : https://aeur.eu/f/8yr (Mathieu Bion)