La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a participé, lundi 5 juin à Bruxelles, au second dialogue de politique monétaire de 2023, avec les membres de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen (ECON). Le même jour, elle a signé l'accord, résultant d’échanges de lettres, voté jeudi 1er juin (EUROPE 13192/15) par le Parlement, relatif à des pratiques de transparence et d’imputabilité de la BCE.
Le dialogue de politique monétaire était axé autour de deux questions : l'interaction entre la stabilité des prix et la stabilité financière ainsi que les effets d'une inflation élevée et d'un resserrement monétaire sur l'économie réelle.
Dans son introduction, Mme Lagarde a appelé les législateurs de l'UE à préserver la stabilité financière, à faire des progrès vers l'achèvement de l'union bancaire et à renforcer la régulation afin d'améliorer la résilience du secteur financier de la zone euro.
Dans l'une de ses déclarations principales en terme de politique monétaire, la présidente de la BCE a fait état de fortes possibilités que le Conseil des gouverneurs décide d’arrêter tout réinvestissement et de 'liquider' ('run off') le portefeuille de rachat d'actifs.
Verdissement du bilan de la BCE
En réponse à une question d'Henrike Hahn (Verts/ALE, allemand), Mme Lagarde a en outre reconnu que, dans l’éventualité où le portefeuille serait liquidé, le dispositif ('tilting') visant à réorienter les investissements vers des titres d'entreprises performantes sur le plan environnemental ne serait, dès lors, plus opérant.
La BCE devrait ainsi réfléchir à la manière dont elle pourra continuer à mettre en œuvre sa stratégie de lutte contre le changement climatique.
Les contributions à l'inflation
Pour Aurore Lalucq (S&D, française), la hausse actuelle des taux crée un risque sur la gestion du refinancement des dettes publiques et sur la stabilité financière. Elle a ajouté que l’inflation était alimentée par les marges des entreprises et que, contre l’inflation importée en période de consommation basse et de croissance basse, elle ne voyait pas comment un taux d’intérêt pouvait « résoudre quoi que ce soit ».
Christine Lagarde lui a répondu que la BCE, et notamment Philip Lane, avait indiqué depuis septembre que les autorités budgétaires devaient participer au combat contre l'inflation par l’arme fiscale. Elle a souligné que, depuis 2022, certains secteurs - transports, agriculture, restauration, construction - avaient effectivement transféré vers le consommateur la hausse des coûts qu’ils subissaient et maintenu leurs marges. Selon elle, ce phénomène est moins évident depuis début 2023, mais il avait été très présent en 2022.
« Il est important que les autorités de concurrence regardent vers ces secteurs » a répondu Mme Lagarde, plus tard, à René Repasi (S&D, allemand).
L'ancienne dirigeante du FMI a ajouté que la BCE, « de manière équilibrée », avait estimé important que les partenaires sociaux puissent avoir un dialogue concerté pour éviter que chacune des deux parties souhaite récupérer ce qui avait été perdu par le phénomène d’inflation importée. Sinon, a-t-elle ajouté, la BCE devrait engager des mesures additionnelles de resserrement monétaire.
Rémunération des réserves bancaires
Interrogée sur la rémunération des réserves bancaires, Christine Lagarde a souligné que la BCE, en haussant ses principaux taux directeurs, était concentrée sur son mandat de stabilité des prix et non sur les profits des banques.
En revanche, l’institution observe une transmission de sa politique monétaire tant sur les prêts que sur les dépôts. Mais « nous ne voyons pas suffisamment de cela en relation avec les dépôts », a souligné la présidente. Elle a également rappelé que le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, avait indiqué se préoccuper des excès de liquidité (EUROPE 13188/14), et que ces excès se résorbaient, notamment par la réduction du bilan de la BCE et les remboursements des prêts obtenus au titre du programme 'TLTRO III'. (Émilie Vanderhulst)