login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13178
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

Olaf Scholz préconise « une Europe géopolitique » pour faire rempart à « la folie des grandeurs » de Vladimir Poutine

Reprenant les grands thèmes abordés lors de son discours à l'Université Charles de Prague en août 2022 (EUROPE 13009/1), le chancelier allemand, Olaf Scholz, a prôné, mardi 9 mai, une « Europe géopolitique » faisant front à la « mégalomanie impérialiste » de Vladimir Poutine, ouverte sur le monde en nouant des partenariats entre égaux avec l'Afrique et l'Amérique latine, et capable de se réformer avant de s'élargir aux Balkans occidentaux ainsi qu'à l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.

À Strasbourg, dans l'hémicycle du Parlement européen, M. Scholz a noté le contraste entre la fête de l'Europe, où « la guerre entre nos peuples est devenue inimaginable », et les tanks défilant le jour même sur la Place Rouge à Moscou pour commémorer la victoire des Soviétiques contre l'Allemagne nazie. Il a jugé « inacceptable » la volonté de la Russie de modifier les frontières par la force, assurant que l'Allemagne soutiendra l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire.

L'Union européenne, qui représentera dans quelques années « à peine 5% de la population » mondiale, doit donc affirmer sa dimension « géopolitique » dans un monde « multipolaire ». D'après le chancelier allemand, elle doit ainsi construire « une économie de la défense européenne intégrée » dans le giron de l'OTAN et contribuer à reconstruire une Ukraine « prospère et démocratique ». Il a repris à son compte la façon dont l'UE caractérise ses relations avec la Chine, puissance à la fois partenaire, concurrente et rivale.

Une Europe géopolitique, selon M. Scholz, doit pouvoir lutter contre la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire et lutter contre le changement climatique. C'est aussi être en mesure de garantir des chaînes d'approvisionnement fiables, notamment en matières premières critiques, et signer avec les pays fournisseurs des accords commerciaux « équitables » où la première transformation de ces matières aurait lieu sur place, a-t-il ajouté. Et de prévenir que si nous ne concluons pas rapidement des accords commerciaux avec « le Mercosur, le Mexique, l'Inde, l'Indonésie, l'Australie et le Kenya », d'autres pays « dicteront leurs règles avec des normes sociales et environnementales moins élevées ».

Le chancelier a demandé que l'Union européenne respecte ses promesses vis-à-vis des pays candidats à l'adhésion. Il a vu dans l'élargissement un intérêt économique, une réponse à l'agression militaire russe de l'Ukraine, tout en souhaitant que les pays candidats poursuivent leurs efforts de réforme avant d'entrer dans l'UE. Sinon, a-t-il estimé, l'Europe perdra de son influence dans son voisinage proche.

Toutefois, pour accueillir de nouveaux pays, l'Europe devra réformer son fonctionnement interne. M. Scholz a réitéré la position allemande en faveur de décisions prises à la majorité qualifiée des États membres au Conseil de l'UE, dans « les affaires étrangères et la fiscalité » (EUROPE 13175/8). Il a suggéré que la Commission européenne soit habilitée à lancer une procédure d'infraction après chaque violation de la démocratie et des droits fondamentaux dans l'UE.

Le social-démocrate allemand a également demandé que soient trouvées des solutions aux « vieux problèmes » qui divisent, comme la gestion des flux migratoires. La politique européenne en la matière doit permettre de « mieux gérer la migration irrégulière sans trahir nos valeurs » et de répondre au « besoin urgent de main-d'œuvre » afin de couper l'herbe sous le pied de ceux qui jouent sur la peur, a-t-il considéré.

Plusieurs représentants de groupes politiques ont critiqué les mauvais signaux qu'envoient à Bruxelles les hésitations et les volte-face de la coalition gouvernementale allemande sur des dossiers européens épineux, notamment sur la fin des moteurs thermiques à l'horizon 2035 (EUROPE 13155/10) et les garanties supplémentaires en matière de consolidation des finances publiques réclamées par le ministre allemand des Finances, Christian Lindner (EUROPE 13148/10).

Quelle est la position de Berlin sur la réforme du Pacte de stabilité ? (voir autre nouvelle) - a ainsi interrogé l'Allemand Manfred Weber, au nom du groupe PPE. Sur ce point, M. Scholz a estimé que son pays avait été à la hauteur des enjeux socioéconomiques lors de la pandémie de Covid-19, lors de laquelle « personne n'a été laissé sur le carreau ». « Mais cela vaut aussi pour la stabilité » budgétaire, a-t-il estimé. Il a, d'un côté, évoqué l'accord de coalition gouvernementale, selon lequel « aucun pays de l'UE ne doit être plongé dans une nouvelle crise d'austérité », et, de l'autre, préconisé de « mettre un terme à l'augmentation permanente de la dette » publique.

Au nom du groupe Verts/ALE, sa compatriote Terry Reintke a critiqué le laisser-faire du chancelier quand le parti libéral FDP de M. Lindner remet en question la crédibilité de l'Allemagne. Notre pays doit apprendre des erreurs commises avec la Russie sur l'énergie pour ne pas en commettre à nouveau avec la Chine, a-t-elle estimé. Le coprésident du groupe La Gauche, l'Allemand Martin Schirdewan, a fustigé l'enrichissement continu des plus riches et les superprofits que réalisent les entreprises alors que les citoyens font face à une inflation record. « L'Europe mérite mieux qu'une Allemagne de plus en plus égoïste », a-t-il ajouté à propos de la réforme des règles budgétaires européennes.

Quant à Gunnar Beck (ID, allemand), il a dépeint la folie de l'Allemagne, qui souffre du « syndrome du sauveur », sur des questions telles que la dette de la Grèce, le climat ou la migration.

Voir le discours de M. Scholz en version allemande (https://aeur.eu/f/6sp ) et anglaise (https://aeur.eu/f/6st ). (Mathieu Bion)

Sommaire

PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
Invasion Russe de l'Ukraine
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
SOCIAL
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
BRÈVES