Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a préconisé une Europe élargie, qui défend ses valeurs fondamentales tant face à l'autoritarisme belliqueux qui sévit actuellement à ses frontières que vis-à-vis des démocraties 'illibérales' en son sein et une Europe capable d'innover pour maîtriser les technologies de demain, lundi 29 août à Prague, lors d'un discours à l'Université Charles.
Rappelant que l'Union européenne est née en tant que projet de paix pour le continent européen, M. Scholz a qualifié l'invasion russe de l'Ukraine d'« attaque contre l'ordre sécuritaire de l'Europe » qui impose aux Européens d'agir pour renforcer leur propre sécurité dans le giron de l'OTAN, le partenariat transatlantique demeurant, selon lui, « irremplaçable ».
Concrètement, l'aide économique, humanitaire et militaire à l'Ukraine devra durer « aussi longtemps que nécessaire », a considéré M. Scholz, faisant valoir l'évolution fondamentale du gouvernement allemand qui, quelques jours après le début de l'invasion russe, fin février, avait annoncé un investissement de 100 milliards d'euros dans la défense. À ce titre, le chancelier a plaidé pour une meilleure planification et coordination au niveau européen dans ce domaine avec, notamment, la création d'un Conseil 'Défense' spécifique, des avant-gardes entre États membres désireux d'aller plus vite sur des projets militaires concrets et, à moyen terme, la création d'un « quartier général européen ».
Quant à la réduction de la dépendance énergétique vis-à-vis des hydrocarbures russes, M. Scholz a exprimé la reconnaissance de l'Allemagne envers la solidarité de ses partenaires manifestée dans la fixation d'objectifs de réduction de la consommation de gaz. Il a promis que Berlin agit dans cet esprit en nouant des partenariats visant à diversifier les approvisionnements en gaz GNL tout en gardant à l'esprit les besoins de pays n'ayant pas accès aux terminaux maritimes, « comme la République tchèque ».
Élargissement. Le social-démocrate allemand a réaffirmé la position allemande en faveur de l'élargissement de l'UE à « trente ou trente-six » membres, incluant les pays des Balkans occidentaux, l'Ukraine, la Moldavie et même la Géorgie. Il a vu d'un bon œil la proposition française de mettre sur pied une « Communauté politique européenne » (EUROPE 12979/4) afin de favoriser un dialogue politique régulier entre dirigeants européens, même si ce forum ne doit pas, selon lui, constituer une alternative à l'élargissement.
Afin d'accueillir de nouveaux pays en son sein, l'UE doit initier dès à présent un processus de réforme interne, a estimé M. Scholz, ouvert à une révision des traités européens. Il a prôné le passage de l'unanimité à la majorité qualifiée des États membres pour adopter des sanctions européennes et aussi en matière de fiscalité.
Ne pas passer à la majorité qualifiée au Conseil de l'UE accroîtrait les disparités, « avec une jungle de règles différentes et des 'opt in' ou des 'opt out' compliqués », a-t-il souligné. Pire, a-t-il mis en garde, un tel « enchevêtrement confus » constituerait « une invitation pour tous ceux qui veulent parier contre une Europe géopolitique unie et nous monter les uns contre les autres ».
Le chancelier a également lancé l'idée d'une réforme du Collège des commissaires européens, avec toujours un membre par État membre, mais des commissaires supervisant en binôme les travaux d'une même direction générale. Avec l'élargissement, un nouvel équilibre dans la composition du Parlement devra aussi être trouvé afin que celui-ci ne devienne pas « pléthorique ».
Souveraineté. Sur le plan économique, M. Scholz souhaite que l'UE montre la voie dans le développement de technologies majeures, citant les semi-conducteurs et les infrastructures énergétiques. Il a préconisé une stratégie 'Made in EUROPE 2030' qui octroierait une large place à l'économie circulaire, notamment dans le recyclage des métaux rares. Selon lui, l'Europe, dont la prospérité repose sur le commerce, doit aussi rester ouverte aux échanges en déclinant « un agenda commercial ambitieux » et mettre sur pied des canaux légaux de migration pour faire face aux pénuries de main-d'œuvre dans l'UE.
Par ailleurs, le chancelier allemand a fait preuve d'une certaine souplesse sur la question budgétaire. Louant le « pragmatisme » ayant permis d'affronter la pandémie de Covid-19 de façon solidaire et de financer la reprise économique via un endettement commun au niveau de l'UE, il a préconisé une réforme du cadre européen de gouvernance économique qui « soit contraignante, facilite la croissance et puisse être défendue auprès des électeurs », notamment sur la façon de réduire la dette publique.
Début août, les autorités allemandes ont mis sur la table des propositions pour la révision des règles budgétaires européennes qui proposent notamment d'en finir avec la règle du '1/20e' imposant un rythme de réduction de la dette publique.
Voir les propositions allemandes : https://aeur.eu/f/2uu
Et M. Scholz d'ajouter : « Quelque chose de fondamental est en jeu ici. Il s'agit de donner aux citoyens la certitude que notre monnaie est sûre et irréversible, qu'ils peuvent compter sur leurs États et sur l'UE même en temps de crise ».
Inquiet de l'émergence de la notion de démocratie 'illibérale', M. Scholz a soutenu l'action de la Commission européenne visant à faire respecter l'État de droit dans l'UE. Tous les instruments actuels en la matière doivent être utilisés, tant la procédure 'article 7 du traité' que le règlement conditionnant l'octroi de fonds européens au respect de l'État de droit, a-t-il souligné.
« Nous devrions confier à la Commission une nouvelle façon de lancer des procédures d'infraction » dans ce domaine, a insisté M. Scholz, sans préciser sa pensée.
Voir le discours de M. Scholz : versions DE (https://aeur.eu/f/2v0 ) et EN (https://aeur.eu/f/2v1 ). (Mathieu Bion)