A l'heure où l'Union européenne est confrontée à une crise énergétique majeure, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, estime que l'UE est « en bonne voie » pour s'affranchir de « la dépendance aux combustibles fossiles russes, sales et dangereux » et qu'il convient non seulement de poursuivre la diversification de l'approvisionnement, mais aussi d'éviter l'écueil de nouvelles dépendances, notamment à l'égard de la Chine, pour réussir la transition verte et numérique.
S'exprimant lundi 29 août au Forum stratégique de Bled (Slovénie), elle a défendu une « nouvelle pensée stratégique européenne » fondée sur trois principes : - défendre durablement l'ordre fondé sur des règles ; - soutenir les démocraties qui sont les plus exposées aux menaces étrangères - l'Ukraine, mais aussi les Balkans ; - « utiliser notre puissance économique pour préserver et étendre l'ordre mondial fondé sur des règles ».
Cette 17e édition du Forum (29-30 août) est dédiée aux conséquences et défis stratégiques de l'invasion russe de l'Ukraine pour l'Europe, l'UE et le monde, a précisé la ministre slovène des Affaires étrangères, Tanja Fajon.
« La meilleure façon de se débarrasser des combustibles fossiles russes est d'accélérer notre transition vers des sources d'énergie verte », a déclaré Mme von der Leyen. Vantant la stratégie européenne RepowerEU censée mobiliser 300 milliards d'euros d'investissements, notamment dans l'éolien offshore, elle a indiqué qu'elle se rendra ce mardi au Danemark « pour discuter d'initiatives similaires dans la mer Baltique » (EUROPE 12955/4).
Et d'ajouter : « L'ère des combustibles fossiles russes en Europe touche à sa fin. Et l'absence de chantage se traduira par un pouvoir accru pour défendre les règles mondiales ».
Sachant que les transitions verte et numérique pourraient conduire à un doublement de la demande en matières premières rares d'ici à 2030 et que la demande européenne de batteries au lithium devrait augmenter de 40% par an entre 2020 et 2025, la présidente de la Commission s'est réjouie que « le Pacte vert européen progresse », tout en rappelant que, sur les 30 matières premières essentielles aujourd'hui, dix proviennent principalement de Chine. « Nous devons donc éviter de tomber dans la même dépendance qu'avec le pétrole et le gaz », a-t-elle estimé.
D'où la visite qu'elle effectuera au Canada dans deux semaines pour diversifier l'approvisionnement « avec des partenaires fiables ».
Compte tenu de la flambée des prix de l'électricité, Mme von der Leyen a par ailleurs plaidé la nécessaire réforme du marché de l'électricité (voir autre nouvelle).
S'agissant des pays démocratiques et de l'ordre mondial fondé sur des règles, elle souhaite « renforcer ceux qui croient, comme nous, dans la valeur des règles, et les rapprocher encore plus de nous ». Tel est le cas de l'Ukraine, qui devra être reconstruite et procéder dans le même temps à des réformes internes pour renforcer ses institutions, moderniser son système judiciaire, mais aussi développer « une économie plus verte, plus numérique et plus résiliente ».
La présidente de la Commission s'est dite convaincue qu'une plateforme pour la reconstruction, conduite par l'Ukraine avec la participation de tous les pays volontaires, sera en mesure de recenser les besoins d'investissement et de coordonner les actions et « peut servir ces objectifs ».
A cette fin, l'Ukraine, avec la Commission européenne et la présidence allemande du G7, co-organiseront une conférence internationale à Berlin le 25 octobre.
Quant aux pays des Balkans occidentaux, « qui font partie de la famille européenne », Mme von der Leyen a estimé que leur prospérité « dépend entièrement de leur intégration au reste de l'Europe ». Il y a donc « un intérêt stratégique évident » à leur adhésion à l'UE, a-t-elle estimé. (Aminata Niang)