Aux petites heures du matin, lundi 19 décembre, au lendemain de la finale de la Coupe du monde de football au Qatar, la quinzième conférence des parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CBD) - cette COP15 sous présidence chinoise et sans chefs d'État - s'est achevée à Montréal par un accord sur un cadre mondial post-2020 pour la biodiversité (GBF en anglais), bouclant ainsi quatre années de négociations laborieuses pour tenter d'endiguer le risque de la sixième extinction massive des espèces - négociations qui ont longtemps achoppé sur le financement (EUROPE 13079/11).
En adoptant le 'Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal', 188 sur 196 parties à la Convention, plus les États-Unis et le Vatican, se sont entendus sur un ensemble de mesures jugées essentielles pour enrayer et inverser la perte de biodiversité.
Principaux objectifs et cibles. Figurent parmi les principales cibles à atteindre, celles de protéger et restaurer 30% des zones terrestres et marines de la planète à l'horizon 2030 (la cible '30x30') et de mobiliser un financement d'au moins 30 milliards de dollars par an d'ici 2030 en faveur des pays en développement les plus vulnérables dans un Fonds mondial pour la biodiversité - un chiffre qui est loin des 100 milliards par an réclamés par ces pays pour faire bonne mesure avec la somme qui leur a été promise depuis 2009 pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique.
Selon l'accord, les parties auraient toutefois pour objectif d'augmenter progressivement le financement pour combler le déficit chiffré par l'ONU à 700 milliards de dollars par an.
'Une bonne base de travail' vers un accord jumeau de l'Accord de Paris. Comme l'ONU, qui a parlé d'un 'accord historique', l'UE s'est aussitôt félicitée « d'un résultat historique », à l'instar de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
« Cet accord constitue une bonne base pour une action mondiale en faveur de la biodiversité, en complément de l'Accord de Paris pour le climat. Le monde dispose désormais d'une double voie d'action pour une économie mondiale durable d'ici 2050 », a-t-elle estimé dans un communiqué.
Selon elle, « la communauté mondiale dispose désormais d'une feuille de route pour protéger et restaurer la nature et l'utiliser durablement - pour les générations actuelles et futures. Et investir dans la nature, c'est aussi lutter contre le changement climatique ».
De fait, le texte agréé correspond, en germe, à la position défendue par l'UE, qui, comme l'ONU, rêve d'un futur Accord pour la biodiversité analogue à l'Accord de Paris sur le climat de 2015 (EUROPE 13069/9, 13049/2).
Même satisfaction chez les groupes politiques au Parlement européen (PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE, CRE et ex-GUE/NGL devenue La Gauche) qui avaient négocié le compromis à la base de la position du PE en 2020 (EUROPE 12405/4, 12403/15).
Ils se sont dits « extrêmement satisfaits », comme César Luena (S&D, espagnol) et Martin Haüsling (Verts/ALE, allemand). Agnès Evren (PPE, française) a rappelé que les eurodéputés escomptent « des objectifs contraignants ».
Quelques-uns des objectifs et cibles détaillés à l'horizon 2030
Tel une liste à la Prévert, l'accord de Montréal recense 4 objectifs et 23 cibles dont voici les principaux :
- la conservation et la gestion efficaces d'au moins 30% des terres, des eaux intérieures, des zones côtières et des océans de la planète, en mettant l'accent sur les zones particulièrement importantes pour la biodiversité et le fonctionnement et les services des écosystèmes ;
- mobiliser, d'ici 2030, au moins 200 milliards de dollars par an de financements nationaux et internationaux liés à la biodiversité, toutes sources confondues, publiques et privées ;
- porter les flux financiers internationaux des pays développés vers les pays en développement, en particulier les pays les moins avancés, les petits États insulaires en développement et les pays à économie en transition, à au moins 20 milliards de dollars par an d'ici 2025 et à au moins 30 milliards de dollars par an d'ici 2030 ;
- réduire à un niveau proche de zéro la perte de zones de grande importance pour la biodiversité, y compris les écosystèmes de grande intégrité écologique ;
- réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial et réduire considérablement la surconsommation et la production de déchets ;
- réduire de moitié l'excès de nutriments et le risque global que représentent les pesticides et les produits chimiques hautement dangereux ;
- éliminer progressivement ou réformer d'ici 2030 les subventions qui nuisent à la biodiversité, à hauteur d'au moins 500 milliards de dollars par an, tout en renforçant les incitations positives en faveur de la conservation et de l'utilisation durable de la biodiversité ;
- prévenir l'introduction d'espèces exotiques envahissantes prioritaires, réduire de moitié au moins l'introduction et l'établissement d'autres espèces exotiques envahissantes connues ou potentielles et éradiquer ou contrôler les espèces exotiques envahissantes sur les îles et autres sites prioritaires ;
- exiger des grandes entreprises et des institutions financières transnationales qu'elles surveillent, évaluent et divulguent de manière transparente leurs risques, dépendances et impacts sur la biodiversité à travers leurs opérations, leurs chaînes d'approvisionnement et de valeur et leurs portefeuilles.
Un cadre de suivi des progrès. Un cadre de suivi permettrait de mesurer les progrès et un bilan serait établi tous les cinq ans au moins sur la base d'un large ensemble d'indicateurs 'principaux' (par exemple, le pourcentage de terres et de mers effectivement conservées, le nombre d'entreprises divulguant leurs impacts sur la biodiversité) et d'autres indicateurs.
La CBD combinerait les informations nationales soumises fin février 2026 et fin juin 2029 pour établir des rapports mondiaux sur les tendances et les progrès. Le texte insiste sur l'importance d'une mobilisation des gouvernements et de l'ensemble de la société.
La Turquie accueillera la prochaine COP. Au sein du GBF a été décidée la création d'un fonds multilatéral pour le partage équitable des bénéfices entre les fournisseurs et les utilisateurs de ressources génétiques, qui sera finalisé lors de la COP16 en Turquie en 2024. (Aminata Niang)