La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, est d'avis que l'inflation n'est pas proche d'avoir atteint son pic.
J'aimerais constater que l'inflation, mesurée à 10,6% en octobre dans la zone euro, a atteint un pic en octobre, mais « je n'irais pas jusque là », a déclaré Mme Lagarde, lundi 28 novembre, devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, en réponse à une question de Pedro Silva Pereira (S&D, portugais). Selon elle, tant que la hausse des prix observée sur les marchés énergétiques de gros n'a pas été transmise aux marchés de détail, tel ne sera pas le cas. Et Mme Lagarde de relever que les économistes de la BCE pointent des risques à la hausse en matière d'inflation.
Face à cette situation, l'institut monétaire est résolu à agir pour respecter sa mission de garantir la stabilité des prix à hauteur de 2% à moyen terme, les taux d'intérêt constituant le premier outil à sa disposition.
L'ancienne directrice du FMI a donc réitéré que la BCE allait poursuivre sa remontée des taux d'intérêt. Lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de décembre, toute décision sur l'ampleur de la prochaine hausse sera basée sur les dernières données disponibles, a-t-elle fait valoir, en prévenant que cette démarche pourrait in fine provoquer un resserrement monétaire ('restrictive territory').
En décembre, l'institut de Francfort arrêtera également les principes clés qui la guideront dans la réduction du stock de titres acquis via ses opérations de rachat massif de titres. « Il est approprié que le bilan soit normalisé au fil du temps, de manière mesurée et prévisible », a considéré Mme Lagarde.
Interrogée par Stéphanie Yon-Courtin (Renew Europe, française) sur la divergence des taux d'inflation au sein de la zone euro, avec en octobre la France ayant le taux le plus bas (7,1%) et l'Estonie (22,5%) le taux le plus haut, Mme Lagarde a expliqué ce phénomène de la façon suivante : - la part des produits énergétiques et alimentaires dans la consommation globale est plus élevée en Estonie ; - la proximité avec l'Ukraine constitue un risque supplémentaire ; - l'Estonie aurait pris moins de mesures visant à protéger les personnes et les entreprises les plus touchées par la flambée des prix énergétiques.
Par ailleurs, la présidente de la BCE a à nouveau demandé aux États membres d'adopter des mesures budgétaires ciblées, adaptées afin de ne pas ajouter aux pressions inflationnistes et temporaires ('targeted, tailored and temporary') pour soulager les personnes et les entreprises face à la hausse des prix alors que, selon elle, plus de 70% des mesures nationales prises demeurent transversales.
Enfin, sur la proposition controversée de la Commission européenne visant à plafonner le prix du gaz (EUROPE 13070/1), Mme Lagarde a indiqué que la BCE rendrait un avis sur la proposition sur la table, mais uniquement sur les dispositions où elle jouerait un rôle dans la préservation de la stabilité financière, les considérations politiques demeurant du ressort du Conseil de l'UE. (Mathieu Bion)