Dans leur lutte contre le financement du terrorisme, les États membres de l'UE ne combattent pas assez le facteur principal du terrorisme qu'est l'extrémisme, ont estimé des experts, mercredi 9 novembre, lors d’une conférence organisée par le centre de réflexion European Policy Centre et la Fondation européenne pour la démocratie.
Selon Stephen Reimer, chercheur auprès de l’ONG RUSI Europe, les États membres ont de mauvais résultats en matière de sensibilisation aux risques. « Souvent, notre compréhension du risque de financement du terrorisme est soit faible, soit très en réaction », a-t-il déploré.
« Nous considérons à la fois le blanchiment d'argent, la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme comme une question de conformité. Ainsi, très souvent, les banques et les autorités de surveillance, comme les cellules (nationales) de renseignement financier, dans différents pays, cochent des cases, vérifient tous les transferts vers la Syrie, essaient de superviser les nouvelles technologies… », a expliqué Rebecca Schönenbach, présidente de l’association allemande VETO ! Pour l'État de droit.
« Mais nous ne sommes pas vraiment confrontés à l'environnement du terrorisme, qui est l'extrémisme, et cela concerne à la fois l'extrémisme de droite et l'islamisme », a-t-elle poursuivi.
Demir Murat Seyrek, conseiller politique principal à la Fondation européenne pour la démocratie, a indiqué que les extrémismes s’alimentent mutuellement. « Lorsque ces groupes, les partis politiques légaux, les ONG sont à l'origine de certains récits, qu'ils créent cette haine, qu'ils créent ce récit du 'nous' contre 'eux', ils créent indirectement l'environnement permettant aux extrémistes violents et aux terroristes d'organiser ces attaques », a-t-il développé.
De fait, cela rend très difficile la lutte contre le financement du terrorisme. Pour M. Reimer, l’une des solutions serait de séparer la lutte contre le blanchiment d'argent et la lutte contre le financement du terrorisme afin d'examiner les menaces réelles, la dynamique financière des menaces pour la paix, la sécurité et la démocratie, qu'il s'agisse d'organisations terroristes désignées, d'influence malveillante ou d'extrémisme actif.
Bien qu’elle ait approuvé ce constat, Mme Schönenbach a souligné que cette solution était trop difficile à mettre en place. Elle a proposé d’introduire des lois sur la transparence, qui imposent la divulgation du financement des entités - comme les ONG ou les associations - qui sont financées par l'UE ou les États membres.
Ilkka Salmi, coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme, a insisté pour sa part sur les travaux effectués sur les nouvelles technologies. Les cryptoactifs et le métavers - soit l'ensemble des mondes virtuels sur Internet - représentent, selon lui, des défis majeurs. « Les groupes terroristes pourraient organiser des campagnes de financement participatif et des événements de collecte de fonds dans le métavers avec des concerts de musique et des festivals virtuels ou des divertissements pour attirer des personnes ciblées », a-t-il alerté. Ils pourraient également développer leurs propres écosystèmes financiers en ligne, qui fonctionneraient dans leur propre métavers. (Anne Damiani)