Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a appelé, lundi 10 octobre, les ambassadeurs de l’UE basés de par le monde à modifier leurs méthodes de travail.
Estimant que l'UE pensait trop en interne, puis essayait d'exporter son modèle sans penser suffisamment à la façon dont les autres percevront cette exportation de modèles, M. Borrell a demandé aux ambassadeurs d’écouter davantage. « Il faut être beaucoup plus en mode d’écoute de l’autre côté, soit du reste du monde. Il faut avoir plus d’empathie », a-t-il ajouté, précisant que les Européens avaient tendance à surestimer les arguments rationnels et à sous-estimer le rôle de l’émotion et « l'attrait persistant des politiques identitaires ».
Le Haut Représentant a appelé les ambassadeurs à être plus réactifs, se plaignant d’apprendre ce qu’il se passe dans les pays tiers dans les médias et non via les canaux diplomatiques. « Il faut être plus rapide et prendre des risques. J’ai besoin que vous fassiez rapport vite, en temps réel », a-t-il insisté. Et d’ajouter : « En vous ayant tous autour du monde, je devrais être la personne la mieux informée du monde, au moins autant que tous les ministres des Affaires étrangères. Je suis le ministre des Affaires étrangères de l’UE ».
Pour M. Borrell, les ambassadeurs devraient prendre des risques, prenant l’exemple de la mise en place de la Facilité européenne pour la Paix pour l’Ukraine. « Peut-être que l’on doit commencer à faire ce que nous n’avons jamais fait dans le passé. Quand on hésite, on le regrette », a-t-il expliqué.
Le chef de la diplomatie a aussi estimé que les ambassadeurs devaient rechercher un équilibre entre ce qui est annoncé et ce qui est mis en œuvre, « car parfois certaines annonces nous discréditent, si elles ne sont pas suivies d'actions concrètes ».
De plus, selon le Haut Représentant, il faut un meilleur équilibre entre la gestion de crise et la gestion à long terme. « Nous vivons dans la gestion de crise. Crise, crise, crise, la politique étrangère ne se gère pas seulement dans les crises », a-t-il rappelé.
Enfin, le chef de la diplomatie a insisté sur la bataille de la communication, s’étonnant du fait que certaines délégations de l’UE ne la prennent pas assez en compte. « La communication est une bataille que l’on ne gagne pas, car on ne se bat pas assez », a-t-il regretté, appelant les ambassadeurs à faire plus : être présents sur les réseaux sociaux, à la télévision, dans les débats, ou encore en retweetant ses messages ou ceux du Service européen pour l’action extérieure et communiquer dans la langue locale. « Il faut être bien plus engagé dans cette bataille de la narrative, ce n’est pas secondaire », a-t-il insisté. (Camille-Cerise Gessant)