Les ministres des Finances de la zone euro ont souligné l'importance de coordonner les mesures budgétaires d'urgence que les Dix-neuf prennent pour aider les entreprises et les familles à faire face à la flambée des prix énergétiques provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine afin de « préserver des règles du jeu équitables et l'intégrité du marché unique, y compris en s'abstenant d'adopter des ajustements fiscaux dommageables », dans une déclaration commune publiée lundi 3 octobre.
À cette fin, l'Eurogroupe réitère à ce titre la nécessité pour les États membres d'adopter « des mesures exceptionnelles, temporaires et ciblées » visant les catégories des personnes et d'entreprises les plus affectées par la crise énergétique. Nécessaires, ces mesures « pèsent sur les budgets nationaux » et « comportent le risque de retarder la transition énergétique », a reconnu le président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe.
Cette attention particulière portée sur l'intégrité du marché unique ne figurait pas dans la recommandation de l'Eurogroupe de juillet sur les politiques budgétaires des États membres pour 2023 (EUROPE 12990/15). Elle intervient quelques jours seulement après que l'Allemagne a annoncé un paquet de mesures d'urgence pouvant aller jusqu'à 200 milliards d'euros. Par son ampleur, ce paquet pose la question de la marge de manœuvre inégale dont disposent les États membres pour soutenir leur économie dans un environnement concurrentiel.
Le ministre allemand, Christian Lindner, a défendu le bouclier budgétaire allemand, le qualifiant de « proportionné », comparé à la taille de l'économie de son pays. Il courra « jusqu'en 2024 », a-t-il relevé. Il a assuré que le gouvernement allemand n'avait pas l'intention, par ce paquet d'aides, de stimuler la demande et donc, in fine, d'augmenter la pression inflationniste.
« La réaction des États membres est justifiée et, dans le même temps, nous devons préserver notre marché intérieur en évitant toute fragmentation et en renforçant nos outils de solidarité », a notamment considéré le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni. L'intervention de M. Lindner a clarifié « les intentions » du gouvernement allemand, a-t-il estimé, convaincu que l'heure n'est pas à critiquer tel ou tel effort.
Son homologue français, Bruno Le Maire, a plaidé pour « une stratégie économique globale » face à la crise énergétique qui reposerait sur les principes suivants : - un ciblage des aides sur les opérateurs économiques qui en ont le plus besoin ; - une répartition solidaire entre États membres de la composante 'prêts' du Plan de relance européen Next Generation UE ; - une concertation étroite entre les capitales ; - des décisions rapides.
Il s'est félicité que la Commission ait accepté de présenter, dès « octobre », un cadre actualisé pour les aides d'État.
Enfin, l'Eurogroupe demande instamment aux États membres, dans ce contexte de choc des prix énergétiques, de s'abstenir de toute politique qui accroîtrait la pression inflationniste ('effet de second tour'). Sont notamment visées les augmentations de salaire qui tendent à maintenir élevée la consommation de produits énergétiques.
Voir la déclaration de l'Eurogroupe : https://aeur.eu/f/3d9 (Mathieu Bion)