Les ministres européens des Affaires étrangères sont d'accord sur la nécessité de renouer et de renforcer les liens avec l'Amérique latine et les Caraïbes alors que la relation bi-régionale a été mise à mal avec la pandémie de Covid-19 et désormais la priorité accordée à la réponse européenne à l'invasion russe de l'Ukraine.
Ils ont notamment décidé de répondre positivement à l'invitation de la présidence argentine de la CELAC de se réunir avec les homologues latino-américains et caribéens en octobre à Buenos Aires.
Cette réunion constitue « l'occasion de préparer un sommet pour la deuxième moitié de 2023 » sous Présidence espagnole du Conseil de l'Union européenne, a indiqué le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, lundi 18 juillet, à l'issue du Conseil 'Affaires étrangères'. Il a pointé l'importance pour les Européens de prendre conscience que la Chine est devenue un partenaire très important dans la région. « Il y a des vides qui se remplissent », a-t-il souligné.
Évoquant « une feuille de route pour reformuler la relation bi-régionale » basée sur des « valeurs communes », le ministre espagnol José Manuel Albares Bueno a promis que l'Amérique latine et les Caraïbes, « région la plus 'euro-compatible' », sera un des éléments centraux de la Présidence espagnole du Conseil.
Le dernier sommet UE/CELAC a eu lieu à Bruxelles en juin 2015 (EUROPE 11333/1).
Le ministre portugais João Gomes Cravinho a fait état d'un « document informel de réflexion » sur les relations UE/Amérique latine à l'initiative de son pays, soutenu par une quinzaine d'États membres. « Notre action dans le monde ne peut pas être déterminée uniquement en fonction de ce qui se passe en Ukraine », a-t-il considéré, estimant que les blocages dans la finalisation d'accords commerciaux avec certains pays - Mexique, Chili - ou régions - Mercosur - du sous-continent latino-américain ne pouvaient pas freiner d'autres aspects fondamentaux de la relation UE/CELAC dans des domaines tels que « les transitions climatique et numérique, la biodiversité ou la lutte contre l'injustice sociale ».
L'Europe doit être plus présente en Amérique latine et cela passe par les échanges commerciaux, a appuyé le Haut Représentant. Selon lui, les ministres ont ainsi appelé à « débloquer » la ratification de la modernisation des accords d'association et de libre-échange avec le Chili et le Mexique, ce dernier étant finalisé depuis « quatre ans ».
Cette question fait également partie des priorités de l'actuelle Présidence tchèque du Conseil pour les prochains mois (EUROPE 12992/25).
Dans le cas du Chili, l'UE attend l'issue du référendum en septembre sur la nouvelle Constitution du pays pour avancer. Pour l'accord avec le Mercosur, il en va autrement. Les travaux sont toujours en cours pour ajouter des éléments relatifs à la protection de l'environnement dans l'accord négocié et conclu en 2019, et la situation est donc « plus complexe », a rappelé Josep Borrell. C'est pourquoi les accords avec le Mexique et le Chili sont davantage dans le viseur pour l'instant et il n'y a pas de réticences parmi les États membres, a-t-il confirmé. (Mathieu Bion et Léa Marchal)