L'eurodéputé Malik Azmani (Renew Europe, néerlandais) s'est insurgé contre la tactique de Vladimir Poutine « d'utiliser la famine comme une arme », mercredi 8 juin, lors d'un débat en session plénière consacré aux résultats du sommet européen des 30 et 31 mai, en particulier en ce qui concerne l'invasion de l'Ukraine par la Russie (EUROPE 12962/2 et 12966/8). « Le blocage cynique des ports ukrainiens par Poutine témoigne de son mépris total pour la communauté internationale », a-t-il estimé.
« Plus de 20 millions de tonnes de céréales, de blé et de maïs sont bloquées en Ukraine. Cela perturbe la sécurité alimentaire mondiale, fait grimper les prix et provoque une famine mondiale », a constaté le président du Conseil européen, Charles Michel. Il a rappelé que les sanctions européennes ne visent pas les produits agricoles russes. En écho à sa récente participation au Conseil de sécurité des Nations unies (EUROPE 12966/23), il s’est adressé à tous les pays touchés par cette crise alimentaire : « Ne vous laissez pas berner par la propagande du Kremlin ! Ne vous laissez pas instrumentaliser par la Russie ! »
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite « très reconnaissante envers les Nations Unies et leurs efforts » pour débloquer les ports ukrainiens afin que les produits agricoles du pays soient exportés. Elle a assuré que la Commission travaillait très dur pour fournir des solutions.
Manfred Weber (PPE, allemand) et Jaak Madison (Identité et Démocratie, estonien) ont accueilli favorablement l'initiative de la Commission sur la sécurité alimentaire.
M. Weber a demandé à M. Michel d'inscrire la situation économique des agriculteurs à l'ordre du jour du Conseil européen des 23 et 24 juin. « Les agriculteurs ne doivent plus être vus comme des méchants qui polluent l'environnement, mais comme des familles qui travaillent dur pour fournir des aliments de haute qualité pour nous tous », a-t-il affirmé.
Il a aussi préconisé que soit finalisé rapidement l'accord commercial UE/Mercosur (EUROPE 12965/4). M. Madison a soutenu M. Weber, insistant sur « la nécessité d'une sécurité alimentaire indépendante de la Russie, de la Chine et des États-Unis ».
Dans la même veine, Raffaele Fitto (CRE, italien) a plaidé pour « un système productif (agricole) capable de répondre à nos besoins ». Il a regretté que « nous payions le prix des erreurs commises par le passé », d’autant que « nous risquons que la sécurité alimentaire soit utilisée et instrumentalisée par la Russie, une stratégie qui entraînerait des tensions en Afrique du Nord ».
M. Azmani a félicité l'Égypte d’avoir refusé d’acheter du blé ukrainien volé par la Russie.
« J’exhorte les dirigeants à interdire la spéculation sur les denrées alimentaires afin qu’une poignée de spéculateurs ne puisse pas s’enrichir sur la pauvreté et la faim du plus grand nombre ! », a lancé Martin Schirdewan (La Gauche, allemand), inquiet de l’explosion du prix des denrées alimentaires. Il a également suggéré de réduire la TVA sur ces produits dans l'UE. (Anne Damiani)