Prenant l'exemple de son pays bientôt membre de l'Union européenne depuis un demi-siècle, le Taoiseach irlandais, Micheál Martin, a défendu l'appartenance à l'UE en tant que processus de transformation et de renforcement démocratiques, contribuant à l'affirmation de la souveraineté, mercredi 8 juin à Strasbourg. En défendant fièrement les valeurs fondamentales européennes, l'Union constitue « un repère » et représente un espoir pour les peuples situés à nos frontières qui aspirent à la rejoindre, a-t-il indiqué, citant les pays des Balkans occidentaux, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.
« Nos traités sont clairs: tout pays européen, qui respecte les valeurs de l'Union et s'engage à les promouvoir, peut déposer une demande d'adhésion à l'Union. (...) Nous devrions soutenir les États qui aspirent à nous rejoindre et entreprennent les réformes et les préparatifs nécessaires et, lorsqu'ils remplissent les critères, nous ne devrions pas placer de nouveaux obstacles sur leur chemin », a ainsi déclaré M. Martin.
C'est la raison pour laquelle le Premier ministre irlandais a « fermement » appuyé la demande de l'Ukraine, espérant qu'il sera possible d'envoyer aux Ukrainiens « un message clair et positif » lors du Conseil européen des 23 et 24 juin.
D'après son homologue italien, Mario Draghi, qui soutient ouvertement l'adhésion de l'Ukraine à l'UE, une telle issue paraît pourtant difficile (EUROPE 12962/5).
Sur l'invasion russe de l'Ukraine, le Taoiseach s'est prononcé pour des sanctions « les plus lourdes possible » visant la Russie, malgré leurs coûts élevés pour les citoyens européens. Il a condamné « l'appropriation illégale de la production agricole ukrainienne, qui a un impact direct sur la sécurité alimentaire mondiale et sur les prix agricoles », surtout en Afrique et au Moyen-Orient. L'Irlande accueille aussi plus de 34 000 Ukrainiens sur son territoire.
Brexit. Sur les relations post-Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni, M. Martin a rappelé l'importance de l'accord du Vendredi saint pour la paix en Irlande du Nord, forgé notamment par l'ancien eurodéputé et prix Nobel de la paix, l'Irlandais John Hume.
« Je ne peux imaginer d'accord plus solennel que celui qui a mis fin à un conflit meurtrier, qui a été ratifié démocratiquement et qui est en vigueur depuis un quart de siècle », a dit le dirigeant irlandais. Cet accord est certes perfectible, a-t-il ajouté, mais, « malheureusement, nous avons été témoins d'efforts de mauvaise foi visant à saper un traité librement conclu » et à « faire surgir de nouvelles difficultés ».
M. Martin a exhorté les autorités britanniques à faire preuve de volonté politique pour résoudre les problèmes concrets, comme cela a été fait sur les prix des médicaments acheminés en Irlande du Nord. Il a mis en garde contre toute initiative unilatérale qui serait profondément dommageable pour toutes les parties.
Après que le Premier ministre, Boris Johnson, a survécu à un vote de défiance au sein de sa famille politique, les autorités britanniques pourraient soumettre une initiative législative visant à s'affranchir des accords UE/Royaume-Uni organisant la relation bilatérale post-Brexit.
La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a souligné que la renégociation du protocole nord-irlandais est « hors de question ».
Sur l'enjeu climatique, le Taoiseach a plaidé pour une accélération de la décarbonation de l'économie. Il a fait valoir que l'Irlande a légiféré pour se fixer l'objectif contraignant de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 51% d'ici à 2030 par rapport au niveau de 2018.
Réforme institutionnelle. Enfin, sur l'avenir de l'UE, M. Martin a soutenu une ambition accrue dans l'intégration politique européenne. D'après lui, un budget plus important pour l'UE servira notamment à investir dans les compétences, la recherche et les secteurs d'activités critiques.
Rappelant que l'UE s'est forgée au fur et à mesure des crises qu'elle a affrontées, M. Martin s'est dit « ouvert » à une réforme institutionnelle tout en considérant que l'Union devait d'abord faire son possible à traité européen constant.
Voir le discours de M. Martin : https://aeur.eu/f/1z6 (Mathieu Bion)