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Bulletin Quotidien Europe N° 12962
CONSEIL EUROPÉEN / SÉcuritÉ alimentaire

Les dirigeants de l’UE espèrent une levée du blocus russe du port d’Odessa pour permettre l’exportation de céréales

Les dirigeants de l’Union européenne ont fait part, mardi 31 mai, après leur réunion à Bruxelles, de leur espoir d’obtenir bientôt une levée du blocus russe du port d’Odessa, afin de permettre l’exportation des céréales ukrainiennes.

Dans le texte des conclusions, le Conseil européen demande à la Russie de lever le blocus des ports ukrainiens de la mer Noire et d'autoriser les exportations de denrées alimentaires. Il rappelle que l'UE prend des mesures pour « faciliter les exportations agricoles ukrainiennes et soutenir le secteur agricole ukrainien en vue de la campagne 2022 ».

Un cadre de l'ONU pour les opérations. Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé avoir proposé à Vladimir Poutine le vote d'une résolution aux Nations unies afin de permettre ces opérations d’acheminement des céréales ukrainiennes en faveur des pays qui souffrent de pénuries alimentaires.

« J'ai proposé, dans la discussion que nous avons eue avec (le chancelier allemand) Olaf Scholz samedi dernier, au président Poutine, que nous prenions l'initiative d'une résolution aux Nations unies pour donner un cadre très clair à cette opération », a-t-il déclaré en réponse à une question de la presse.

Alors que la Russie impose dans la mer Noire un blocus aux ports ukrainiens, en particulier le port d'Odessa, l'Ukraine cherche désespérément à exporter les quelque 20 millions de tonnes de céréales stockées dans les silos du pays, et ce d'ici les prochaines récoltes, cet été, qui nécessiteront à leur tour d'être entreposées.

« La décision dépend d'un accord de la Russie et des garanties qu'elle apporte face au déminage (du port d'Odessa) qui est indispensable pour que les vraquiers et bateaux puissent être acheminés et prendre ces céréales. [Il faut] des garanties de sécurité apportées aux Ukrainiens pour éviter qu'ils ne soient attaqués », a insisté M. Macron.

Kiev a besoin de « garanties légitimes de sécurité, c'est le cadre des Nations unies qui nous permettra de le faire », a ajouté le président français, soulignant également « le rôle très important de la Turquie, compte tenu de sa responsabilité dans la Mer Noire, » et de ses échanges récents avec Moscou.

« Il n'est pas question que, sous couvert d'un corridor maritime pour des raisons humanitaires, il y ait une fragilisation de la situation sécuritaire de l'Ukraine », a renchéri Charles Michel, président du Conseil européen.

Dans l'immédiat, la Commission européenne a également proposé de mettre sur pied des ‘routes prioritaires’ par route et par chemin de fer, en mobilisant les capacités de fret de l'UE, pour acheminer une partie des stocks de céréales bloqués (EUROPE 12951/4).

« Nous travaillons sur cette proposition de la Commission et avons discuté, lors du sommet, des différentes possibilités pour trouver des routes alternatives. Mais c'est compliqué, pour des raisons logistiques, et c'est plus onéreux », a souligné M. Michel.

Ces voies alternatives par train et par route permettraient au mieux de transporter un tiers des stocks de blés, selon un responsable européen.

Les dirigeants de l’UE ont aussi insisté sur le besoin d’acheminer, en provenance d’Ukraine, des engrais pour produire des céréales.

Mario Draghi, le président du Conseil italien, a confirmé que l’ONU avait un « rôle de leadership », afin d’obtenir l’ouverture des ports d'Odessa et de la mer Noire. « Comme me l'a dit Poutine au téléphone, il faut que ces bateaux contiennent de la nourriture et pas des armes, donc il faudra une procédure pour s’en assurer. Il faudra déminer ces ports, et la marine italienne peut y contribuer », a-t-il précisé.

L'UE s'efforce aussi d'organiser le transport de ces céréales par voie ferrée à travers la Roumanie, la Bulgarie, la Pologne. « C'est plus facile, mais les possibilités de transport sont beaucoup plus limitées. La Commission travaille sur cela. L'important est d'aller vite parce que, dans peu de temps, il y aura la prochaine récolte et si ces silos ne sont pas vidés, il n'y aura pas de place pour la stocker », a conclu M. Draghi.

Coordination internationale. Dans ses conclusions, le Conseil européen appelle aussi à une coordination internationale efficace de toutes les initiatives en cours pour une réponse mondiale à la crise alimentaire qui se profile dans les pays vulnérables, notamment en Afrique (EUROPE 12960/5).

Le président sénégalais et président en exercice de l’Union africaine, Macky Sall, avait été invité à intervenir par visioconférence « pour identifier comment, ensemble, nous pouvons coopérer pour rencontrer ce défi par des mesures de soutien pour augmenter les capacités de production », a précisé M. Michel (EUROPE 12961/3). Et d’insister aussi sur l’importance d’éviter une crise qui peut « amener des tensions graves en Afrique, avec des conséquences en Europe ».

Signe de l’importance qu’accorde l’UE à l’ONU, M. Michel devrait rencontrer la semaine prochaine le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, possiblement à New York, a indiqué une source européenne.

Soutenir l'Afrique. Au-delà des 200 millions d'euros déjà engagés pour la sécurité alimentaire des populations les plus vulnérables dans le monde, la réserve du Fonds européen de développement pourrait être utilisée pour soutenir l’Afrique subsaharienne, a souligné la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Et d’annoncer qu’elle se rendra « à la mi-juin au Caire pour discuter de l’événement sur la sécurité alimentaire qu’elle compte organiser avec le président égyptien al-Sissi » (EUROPE 12959/2).

Dans son allocution, Macky Sall a rappelé qu’avant la guerre en Ukraine, 282 millions de personnes en situation de sous-alimentation vivaient en Afrique, selon la FAO, et que le prix des engrais aujourd’hui a triplé par rapport à 2021.

« Selon certaines estimations, les rendements céréaliers en Afrique baisseraient de 20 à 50% cette année », a-t-il prévenu.

Soulignant que les pays africains prennent individuellement des initiatives pour augmenter leur production agricole et que la Banque africaine de développement a lancé un plan africain d’urgence pour la production alimentaire à hauteur d’1,5 milliard de dollars en vue de produire 37,6 millions de tonnes de cultures vivrières, il a estimé que cela ne sera pas suffisant.

« Dans l’immédiat, nous souhaitons que tout soit fait pour libérer les stocks de céréales disponibles et assurer le transport et l’accès au marché afin d’éviter le scénario catastrophique de pénuries et de hausses généralisées des prix. C’est là que nous sollicitons le soutien de nos partenaires », a poursuivi le président de l'Union africaine.

Il a appuyé le mécanisme de l’ONU pour tenter de libérer les céréales bloquées au port d’Odessa.

Le président de l’UA a en outre exprimé les vives inquiétudes des pays africains quant à l’impact sur les échanges des sanctions excluant des banques russes du système mondial SWIFT d'informations bancaires. « Quand le système SWIFT est perturbé, cela veut dire, que même si les produits existent, le paiement devient compliqué, voire impossible », a souligné M. Sall.

Saluant l'initiative Food and Agriculture Resilience Mission (FARM) (EUROPE 12931/7), jugée « excellente », il a plaidé pour que, « pour les prochaines étapes, FARM s’inscrive davantage dans une approche de partenariat et de complémentarité, parce que le continent a de quoi se nourrir et aider à nourrir la planète ».

Voir les conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/1w1 (Lionel Changeur et Aminata Niang)

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