Les bienfaits de la politique agricole commune (PAC) et les craintes de pénuries de denrées alimentaires en ces temps de guerre en Ukraine ont dominé les discours du Parlement européen, lundi 6 juin à Strasbourg, à l’occasion d’une cérémonie pour célébrer les 60 ans de la PAC.
La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a évoqué le contexte de la hausse des coûts de production qui « entraînera bientôt une hausse des prix des denrées alimentaires ». Les prix des engrais ont augmenté de 30% depuis le début de l'année 2022 et la hausse du coût du carburant pèse sur les exploitations agricoles dans l'Union européenne, a-t-elle souligné.
Risque de pénurie mondiale. Elle a évoqué le blocage du commerce des céréales après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. « Le blocage des ports et l'incapacité à trouver d'autres moyens de transporter les produits agricoles vers et depuis l'Ukraine ont entraîné une hausse des prix et un sentiment d'instabilité », a déclaré Mme Metsola. La pression exercée sur les chaînes d'approvisionnement alimentaire mondiales est « extrêmement préoccupante », selon elle. « Si l'Ukraine n'est pas autorisée à cultiver ses champs, nous risquons de connaître une pénurie mondiale de denrées alimentaires sur plusieurs années », a conclu la présidente du PE.
Pour le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, il convient d'adapter la PAC aux défis actuels et futurs. « Nous devons veiller à produire les bons aliments aujourd'hui, mais aussi à préserver le potentiel de nos terres pour demain, pour les générations futures d'Européens », a résumé le commissaire. D’où la réforme de la PAC, afin que l'agriculture devienne « plus respectueuse de l'environnement, du climat et du bien-être des animaux ».
M. Wojciechowski a souhaité que l’UE en fasse davantage pour garantir la stabilité des revenus des agriculteurs, notamment dans les situations de crise.
Transition écologique. Marc Fesneau, le président en exercice du Conseil 'Agriculture', a insisté sur la question de la transition écologique, au travers du 'Pacte vert européen'. « Cette transition agroécologique est au cœur de l’enjeu de souveraineté alimentaire, car, non, notre agriculture ne pourra pas produire en quantité et en qualité suffisantes sans une adaptation des systèmes correspondants visant à préserver les moyens de production que sont les sols, la biodiversité et les ressources naturelles telles que l’eau », a ainsi souligné le ministre français de l’Agriculture.
« La PAC sera donc absolument nécessaire pour assurer notre capacité à produire et à nourrir notre population, tout comme nous avons une responsabilité particulière, nous, Européens, en ce qui concerne notre participation à la sécurité alimentaire mondiale », a insisté Marc Fesneau.
Il a terminé son intervention en estimant qu’après soixante ans, la PAC demeure plus que jamais une politique « fidèle à l’esprit des fondateurs tout en étant résolument moderne ».
Garantir une bonne récolte en 2023. Pour le dernier intervenant, Norbert Lins (PPE, allemand), président de la commission de l'agriculture du PE, il y a un risque de crise d'approvisionnement en Europe et en Afrique du Nord.
« Poutine exerce un chantage sur le monde en le privant de blé. Nous avons la responsabilité d'agir rapidement pour garantir la sécurité alimentaire, la durabilité et le caractère abordable des denrées alimentaires », a-t-il lancé.
Il a salué les mesures de l’UE visant à augmenter la production de céréales en 2022. Il conviendrait, selon lui, de faire de même pour 2023 et il faudra « créer dans les prochaines semaines les conditions qui nous permettront de garantir une bonne récolte en Europe en 2023 et de contribuer à la sécurité en Europe et dans notre voisinage ».
Pour l'occasion, des eurodéputés ont revêtu des vêtements traditionnels représentant leur région pour faire honneur à la devise de l'unité dans la diversité. (Lionel Changeur)