L'un des objectifs de l'Union européenne était de passer à la Chine le message clair suivant, lors du sommet bilatéral qui s'est tenu vendredi 1er avril : la guerre menée par la Russie en Ukraine menace l'ordre mondial et, à la fois l'UE et la Chine, ont un rôle à jouer.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, considèrent que c'est chose faite. L'autre objectif était de lancer un dialogue et tenter d'éviter que Pékin ne se rapproche de la Russie. Si la Chine a affirmé vouloir agir pour la paix, elle ne s'est pas rapprochée concrètement de la position de l'Occident.
Charles Michel et Ursula von der Leyen ont échangé pendant deux heures avec le premier ministre chinois, Li Keqiang, puis une heure avec le Président, Xi Jinping, en présence également du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell.
À l'issue du sommet, « l'UE et la Chine se sont accordées sur le fait que la guerre menace la sécurité et l'économie mondiales », a indiqué Charles Michel.
L'assurance que la Chine souhaite travailler pour la paix internationale est à peu près la seule garantie obtenue lors de cette journée de rencontres par visioconférence. « La Chine a promu la paix et les pourparlers à sa manière et continuera à jouer un rôle constructif auprès de la communauté internationale », a en effet déclaré Li Keqiang à l'issue du sommet.
L'UE a insisté auprès de ses interlocuteurs sur l'importance de promouvoir la fin de la guerre en Ukraine, usant de plusieurs arguments rationnels.
« Nous avons été clairs sur le fait que la Chine doit soutenir les sanctions que l'UE a prises envers la Russie, ou du moins ne pas interférer avec celles-ci. Nous avons évoqué cela, mais aussi le fait que les citoyens européens ne pourraient pas comprendre un quelconque soutien aux capacités russes de faire la guerre. Cela mènerait à un dommage sévère pour la réputation chinoise en Europe », a affirmé la présidente de la Commission. Pour elle, les liens économiques entre l'UE et la Chine sont une raison solide pour ne pas abîmer davantage les liens entre les deux puissances.
Interrogés sur l'accueil qu'a réservé la Chine à ces remarques, Charles Michel a fait part d'un espoir, plutôt que d'assurances. « Ils ont répété être engagés en faveur de la paix. Nous espérons que nos arguments ont été entendus du côté chinois », a-t-il indiqué.
Les questions bilatérales qui fâchent également évoquées
L'UE n'a pas manqué de soulever les points de tension qui caractérisent ses relations avec la Chine depuis plusieurs mois : - les restrictions commerciales chinoises envers la Lituanie ; - le besoin d'un accès équitable des entreprises européennes aux marchés publics chinois ; - ou les sanctions chinoises prises à l’encontre d'instances de l’UE et d'eurodéputés (EUROPE 12683/1, 12708/6). Sur tous ces points, Mme von der Leyen s'est montrée ferme.
Là encore, la Chine n'a pas envoyé de signaux positifs clairs. Selon une source européenne, il ne fallait, de toute façon, pas s'attendre à un véritable changement de la part de Pékin sur ces points. Les dirigeants se sont toutefois mis d'accord pour demander au 'Dialogue de haut niveau sur le commerce et l'économie' de progresser concrètement sur ces sujets avant l'été, ainsi que d'étendre la liste des indications géographiques protégées entre l'UE et la Chine.
Quant au différend à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) entre la Chine et l'UE sur les restrictions commerciales envers la Lituanie, il se poursuit. La Commission examine actuellement les réponses de la Chine aux questions posées par l'UE. La période de consultations de 60 jours étant tout juste terminée, l'UE est désormais libre de réclamer l'ouverture d'un tribunal d'arbitrage si elle n'est pas satisfaite par la réponse chinoise. Un fonctionnaire européen a toutefois confirmé à EUROPE, que l'UE n'en était pas encore à cette étape.
La situation des droits de l'Homme en Chine a également été soulevée par les Européens. « Nous avons fait part d'inquiétudes sur le traitement chinois des minorités dans le Xinjiang, en Mongolie intérieure, au Tibet, et sur la répression des défenseurs des droits humains. Nous avons aussi exprimé des regrets sur le démantèlement du principe 'un pays, deux systèmes' à Hong-Kong, a assuré M. Michel.
Li Keqiang, a confirmé la reprise du ' Dialogue UE-Chine sur les droits de l'Homme'. Cette décision représente le point positif principal de ce sommet, d'après une source européenne.
Une coalition d'ONG comprenant Human Rights Watch et la Fédération internationale des droits humains (FIDH) avait appelé les dirigeants européens, le 18 mars, à ne pas relancer ce dialogue, jugé inefficace, avec la Chine.
Enfin, les dirigeants européens et chinois ont fait part de leur volonté de coopérer sur d'autres sujets internationaux, comme le changement climatique ou la préparation aux pandémies. (Léa Marchal)