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Bulletin Quotidien Europe N° 12906
Invasion Russe de l'Ukraine / Conseil europÉen

Les dirigeants européens veulent renforcer l’autonomie stratégique de l’UE

Les dirigeants européens devraient s’engager à renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne, que ce soit en termes de défense, d’énergie et d’économie, selon un projet daté du mardi 8 mars de la déclaration qu’ils devraient adopter lors du sommet de Versailles, jeudi 10 et vendredi 11 mars. En parallèle, ils adopteront une déclaration affirmant leur solidarité envers le peuple ukrainien (EUROPE 12906/2).

Estimant que l’agression russe en Ukraine constitue un « changement tectonique dans l'histoire européenne », et face à « une instabilité, une concurrence stratégique et des menaces sécuritaires croissantes », les Vingt-sept devraient s’engager à assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité.

Ils devraient promettre de prendre de nouvelles mesures décisives pour construire la souveraineté européenne, réduire les dépendances et concevoir un nouveau modèle de croissance et d'investissement pour 2030.

Renforcer les capacités de défense

Les dirigeants devraient s’engager à renforcer les capacités de défense de l’UE.

Selon le projet de déclaration, les dirigeants vont convenir d'augmenter « substantiellement » les dépenses militaires « avec une part significative pour les investissements, en se concentrant sur les lacunes stratégiques identifiées, et avec des capacités de défense développées en collaboration au sein de l'UE ».

Ils devraient aussi convenir de mettre au point de nouvelles mesures d'incitation pour encourager les États membres à investir en collaboration dans des projets communs et à acquérir en commun des capacités de défense. Les dirigeants européens pourraient aussi s’engager à prendre des mesures pour renforcer et développer l’industrie de la défense.

La Commission européenne a fait de telles propositions le 15 février dans son paquet 'Défense' (EUROPE 12891/1). 

De plus, les dirigeants devraient se mettre d’accord pour investir plus dans les capacités nécessaires pour mener toute la gamme de missions et d'opérations. Ils vont en outre s’engager à favoriser les synergies entre la recherche et l'innovation dans le domaine civil, la défense et l'espace et investir dans les technologies critiques et émergentes et dans l'innovation pour la sécurité et la défense.

Les dirigeants veulent également renforcer la cyber-résilience de l’UE, protéger les infrastructures – en particulier celles critiques – et lutter contre la désinformation, estimant qu’il faut se protéger contre « la guerre hybride qui ne cesse de se développer ». Le renforcement de la dimension de sécurité et de défense des industries et activités spatiales est aussi mentionné, tout comme l’accélération des efforts en cours pour renforcer la mobilité militaire dans l'ensemble de l'UE, à l’image du dernier projet de la 'boussole stratégique', qu’ils doivent approuver à la fin du mois (EUROPE 12905/8).

Enfin, les dirigeants devraient rappeler leur soutien aux pays tiers partenaires de l’UE « au moyen de tous les instruments disponibles », y compris par le biais d'une 'Facilité européenne pour la paix' accrue. Selon une source européenne, le budget initialement alloué pour 2022 a déjà été dépassé. Le budget total jusqu’en 2027 est d’environ 6 milliards d’euros.

En finir avec la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie

La guerre en Ukraine, provoquée par la Russie, oblige les Vingt-sept à revoir en profondeur leur mix énergétique tout en maintenant l'objectif de neutralité climatique d'ici à 2050.

« Nous approuvons de supprimer progressivement notre dépendance envers le gaz, le pétrole et le charbon russes », indique le projet de déclaration.

Pour parvenir à cet objectif, les États membres prévoient de : - accélérer la réduction de la dépendance européenne vis-à-vis des énergies fossiles; - diversifier les sources d'approvisionnement à travers un recours accru au gaz GNL, au biogaz et à l'hydrogène; - accélérer le développement des énergies renouvelables; - améliorer les interconnexions des réseaux gaziers et électriques dans l'UE; - renforcer la planification d'urgence en matière de sécurité d'approvisionnement; - améliorer l'efficacité énergétique.

En outre, ils s'engagent à coopérer dans la constitution de niveaux minimums de stockage gazier, à optimiser le fonctionnement du marché de l'électricité et à améliorer la connectivité avec les pays tiers du voisinage immédiat.

Surtout, des mesures seront prises pour faire face à la flambée des prix énergétiques en faveur les citoyens et les entreprises les plus affectés. Le sujet sera abordé à nouveau lors du Conseil européen des 24 et 25 mars.

Plusieurs États membres tels que l'Allemagne, les Pays-Bas et la Bulgarie ont exprimé leurs réticences vis-à-vis d'un embargo sur les produits énergétiques russes. La France, par la voix de son ministre des Finances, a évoqué le besoin d'une « réponse collective européenne » pour répondre au « défi de l'hiver 2022-2023 », a rapporté l'AFP. Comme options, M. Le Maire a cité le stockage de gaz, les achats groupés, la diversification des approvisionnements, un fonctionnement amélioré des terminaux de GNL ainsi que le développement du biogaz et de la biomasse.

Renforcer la souveraineté économique de l'UE

Afin d'accroître la souveraineté de l'UE, les Vingt-sept vont préconiser un renforcement du marché intérieur et des investissements dans les matériaux et technologies d'avenir.

Ils vont notamment identifier les cinq domaines stratégiques pour lesquels la dépendance devra être réduite: (1) les matières premières critiques, même si l'objectif de couvrir, d'ici à 2030, un tiers des besoins de l'UE par le recyclage et la production locale a été biffé par rapport à la version datée du 6 mars; (2) les semi-conducteurs, pour lesquels est repris l'objectif de production dans l'UE de 20% de la production mondiale d'ici à 2030 (EUROPE 12886/1); (3) la santé: l'UE soutiendra l'innovation dans la recherche et la production de médicaments abordables afin d'être capable de répondre à des situations de crise via l'autorité européenne HERA (EUROPE 12888/20); (4) les marchés numériques, en investissant dans les nouvelles technologies (intelligence artificielle, 5G) et en pesant dans l'élaboration des normes technologiques futures (6G); (5) l'alimentation, en particulier la production de protéines végétales.

L'UE promouvra également une politique commerciale robuste, capable de défendre ses normes et ses valeurs face aux pratiques déloyales de pays tiers et de promouvoir auprès de ses partenaires commerciaux une réciprocité de traitement des acteurs économiques.

Sur le plan économique et budgétaire, les Vingt-sept vont appeler à la mobilisation de toutes les ressources européennes disponibles (budget de l'UE, BEI) pour attirer les investissements nécessaires dans les transitions climatique et numérique. Les politiques budgétaires devront tenir compte des besoins globaux en matière d'investissement et de la nouvelle donne géopolitique, sans perdre de vue l'importance de la soutenabilité des finances publiques, soulignent-ils.

Voir le projet de déclaration de Versailles daté du mardi 8 mars: https://aeur.eu/f/n6 (Camille-Cerise Gessant et Mathieu Bion) 

Sommaire

REPÈRES
Invasion Russe de l'Ukraine
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