La guerre en Ukraine a chamboulé l'ordre du jour de la session informelle du Conseil 'Affaires étrangères' dans son format 'Développement', accueillie à Montpellier lundi 7 mars. Les répercussions de cette guerre et la mobilisation de l'aide humanitaire de l'UE ont été ajoutées comme sujet brûlant à cette réunion des vingt-sept ministres et secrétaires d'État chargés du Développement, coprésidée par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell.
Participeront aux discussions : les commissaires européens aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, et à l'Élargissement et au Voisinage, Olivér Várhelyi, le président de la Banque européenne d'investissement (BEI), Werner Hoyer, la présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), Odile Renaud-Basso, l'ancien président du Niger Mahamadou Issoufou et le président de la commission du développement du Parlement européen, Tomas Tobé.
Guerre en Ukraine. La réunion débutera par une discussion sur la coordination de l'aide européenne et les moyens concrets de répondre aux besoins humanitaires colossaux et croissants en Ukraine et dans les pays voisins, à l'heure où le nombre de réfugiés dépasse 1,2 million de personnes fuyant la guerre. Le commissaire européen à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, et Jean-Yves Le Drian sont allés ensemble le 3 mars en Moldavie aux fins de cette coordination. Et M. Le Drian s'est récemment entretenu avec le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi.
L'UE a déjà annoncé plus de 500 millions d'euros d'aide humanitaire provenant de son budget (EUROPE 12902/5) et la France 100 millions. La discussion portera sur la manière d''utiliser au mieux ces financements, notamment via les organisations humanitaires internationales et les ONG.
L'accroissement de la résilience économique des pays du voisinage oriental sera également discuté.
Les ministres réfléchiront aussi à la manière de faire évoluer les engagements de la BEI et de la BERD dans ces circonstances, s'agissant des projets en Ukraine (voir autre nouvelle sur le soutien de la BEI), mais aussi en Russie pour ce qui concerne la BERD. « On ne peut plus faire du 'business as usual' », soulignait vendredi une source diplomatique, insistant sur « le besoin d'une discussion politique » à ce sujet.
Dimension géopolitique du développement. Les ministres auront un échange de vues sur la politique de développement en tant qu'élément de compétition stratégique et de lutte d'influence. L'idée est que la politique de développement permette à l'UE, en étant au cœur de sa politique étrangère, de tirer les dividendes de son implication pour le développement en tant que premier bailleur de fonds et premier donateur humanitaire.
« Il y a à l'œuvre au niveau international une confrontation des modèles de développement. L'Europe doit être animée par ce souci », selon une autre source diplomatique.
La flambée du prix du blé, qui va frapper les pays en développement, en particulier en Afrique, devrait être abordée et fera le lien avec le dernier sujet inscrit à l'ordre du jour.
Les ministres auront en effet un échange de vues sur la préservation de la biodiversité et les systèmes alimentaires durables. La sécurité alimentaire au Sahel sera discutée - raison pour laquelle la Présidence française du Conseil de l'UE a invité l'ancien président du Niger. La 'grande muraille verte', qui a été relancée l'an dernier, n'est pas seulement un projet de reboisement, mais un projet agroécologique.
La ville de Montpellier, qui accueille la réunion ministérielle, a été choisie à dessein, car elle est connue pour son centre de recherche agronomique pour le développement (CIRAD). (Aminata Niang)