Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé, vendredi 4 mars, que l’Alliance ne prendrait pas part au conflit en Ukraine.
Tout en précisant que les Alliés soutenaient l’Ukraine, notamment avec du matériel militaire et que, depuis 2014, ils avaient fourni des formations à l’armée ukrainienne, le secrétaire général a précisé que l’OTAN « ne sera pas partie au conflit », qu’elle n’interviendra pas directement.
« L'OTAN ne cherche pas à entrer en guerre avec la Russie », a-t-il prévenu.
Devant les médias, à l'issue d'une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays alliés, de la Finlande, de la Suède et du Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, M. Stoltenberg a qualifié l’invasion russe de « pire agression militaire en Europe depuis des décennies », estimant que « les jours à venir risquaient d’être pires (…), alors que les forces armées russes apportent des armes plus lourdes et continuent leurs attaques à travers le pays ».
Un avis partagé par le secrétaire d'État américain, Antony Blinken. Selon lui, en se basant sur ce que l'on sait des méthodes du président russe, Vladimir Poutine, notamment en Tchétchénie et en Syrie, de ce que l'on voit sur le terrain - encerclement des villes et bombardement de zones urbaines - « les souffrances risquent d'empirer ».
Malgré la situation sur le terrain, les ministres ont décidé « qu’il ne devait pas y avoir d’avions de l’OTAN opérant dans l’espace aérien ukrainien ou de troupes opérant sur le territoire de l’Ukraine », a expliqué M. Stoltenberg. L’OTAN ne mettra donc pas en place une zone d’exclusion aérienne, pourtant demandée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Le secrétaire général de l’Alliance a expliqué que la seule façon de mettre en œuvre une telle zone serait d’envoyer des avions alliés et « de l'imposer en abattant des avions russes ».
Tout en disant comprendre le « désespoir » ukrainien, M. Stoltenberg a donc jugé qu’une intervention de l’OTAN en Ukraine « pourrait se terminer en guerre totale en Europe ».
« Nous avons la responsabilité de veiller à ce que ce conflit ne dégénère pas et ne s'étende pas au-delà de l'Ukraine, parce que cela serait encore plus dévastateur et plus dangereux, avec encore plus de souffrance humaine », a-t-il expliqué, ajoutant que la « tâche essentielle » de l’Alliance était d’assurer la sécurité de ses membres.
« Une des responsabilités que nous avons (...) est de nous assurer que la guerre ne déborde pas au-delà de l'Ukraine », a appuyé M. Blinken, ajoutant qu'envoyer des avions de l'OTAN pour arrêter les avions russes déclencherait inévitablement une guerre avec Moscou.
M. Stoltenberg a précisé que les Alliés restaient déterminés à maintenir ouverts les canaux de la diplomatie et de la déconfliction pour éviter toute escalade involontaire, tout malentendu ou toute erreur de calcul.
Selon le secrétaire général, les Alliés ont également discuté de la nécessité de soutenir davantage les partenaires qui pourraient être en danger, notamment la Géorgie et la Bosnie-Herzégovine, sans que des décisions concrètes aient été prises. Les Alliés avaient aussi décidé de renforcer leur coordination et le partage d’information avec la Finlande et la Suède, qui participent désormais à toutes les consultations de l'OTAN sur la crise.
Appel à la paix
Au-delà de l’aspect opérationnel, M. Stoltenberg a appelé M. Poutine à « arrêter cette guerre immédiatement, à retirer toutes ses forces d'Ukraine sans condition et à s'engager dans une véritable diplomatie, tout de suite ». Pour lui, le minimum serait de trouver un accord sur un corridor humanitaire pour faire sortir les civils et faire entrer l'aide humanitaire, saluant tous les efforts pour parvenir à un tel accord.
M. Stoltenberg a rappelé qu’il s’agissait de « la guerre du président Poutine », « une guerre qu'il a choisie, planifiée et qu'il mène contre un pays pacifique ». Il a salué l’action lancée par la Cour pénale internationale, expliquant qu’il faudrait que M. Poutine et le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, rendent des comptes pour les crimes qui auraient été commis.
Le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, pour sa part, a estimé important de lancer le 'mécanisme de Moscou' de l'OSCE et d'envoyer des missions de surveillance pour voir quels actes peuvent être considérés comme des crimes de guerre. La veille, l’OSCE avait annoncé l’envoi d’une telle mission.
Interrogé sur les combats autour de la centrale nucléaire de Zaporojie, la plus grande d’Europe, M. Stoltenberg a estimé que « les actions irréfléchies autour de la centrale ne faisaient que souligner le danger de cette guerre ».
Selon les autorités ukrainiennes, des tirs de chars russes ont mis le feu à un bâtiment dédié aux formations et à un laboratoire, mais aucune fuite radioactive n'a été constatée. (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion)