Le secrétaire d’État français, Clément Beaune, a expliqué, vendredi 4 mars, que les ministres des Affaires européennes de l’UE s’étaient accordés, lors de leur réunion informelle à Arles, sur une « aspiration européenne » pour l’Ukraine. Cela ne signifie pas pour autant qu’il y a un accord sur la candidature de l’Ukraine à une adhésion à l’UE.
Selon M. Beaune, il y a une convergence très forte sur le fait de repenser la relation avec l’Ukraine, de « donner un signal d’ouverture européenne ». Il a ajouté qu’il fallait probablement regarder la relation avec « un œil neuf », pour « envisager différentes options de liens d’association, de partenariat jusqu’à un statut d’État membre ». Le secrétaire d’État a précisé que le débat n’était pas tranché, mais que la discussion se déroulait selon un équilibre « responsabilité/réalisme/ouverture ».
M. Beaune a précisé qu’il faudrait, une fois la guerre finie, réfléchir avec les autorités ukrainiennes aux modalités possibles de cette perspective européenne, « son rythme, les politiques les plus urgentes sur lesquels coopérer, le dialogue politique à avoir ».
M. Beaune a cependant rappelé que l’urgence était ailleurs : un soutien efficace à l’Ukraine, qui fait face à une invasion russe.
Le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, s’est lui aussi montré enthousiaste. « Nous devons envoyer un signal politique très clair au peuple ukrainien pour lui dire qu’il est un des peuples européens et que nous voulons qu’il entre (dans l’UE) le plus vite possible », a-t-il expliqué. Selon le vice-président, il faut d’abord rassurer les Ukrainiens que leur avenir est dans l’UE et que « le temps pour la mécanique viendra plus tard ».
Ainsi, tout en reconnaissant qu’il y avait un processus pour devenir membre de l’UE, M. Šefčovič a estimé que la question méritait l’attention « stratégique » de l’UE avec « un signal clair : l'Ukraine fait partie de nous, son peuple est l'un des nôtres et nous voulons qu'il entre » dans l’UE. Saluant leur courage, il a ajouté que « les Ukrainiens méritent une place à la table européenne ».
À leur arrivée au Conseil, plusieurs ministres s’étaient exprimés en faveur de l’adhésion. « Nous devrions avoir la volonté et le courage politique (political will and bravery) de nous accorder sur le statut de candidat pour l’Ukraine », avait plaidé le ministre lituanien, Arnoldas Pranckevičius. Son homologue slovène, Gašper Dovžan, a précisé que, pour son pays, il faudrait offrir à l’Ukraine une perspective claire, « car cela donnerait une volonté, un espoir pour les gens qui savent pour quoi ils se battent ».
À Bruxelles, la ministre estonienne des Affaires étrangères, Eva-Maria Liimets, a estimé qu'il était important d'accorder à l'Ukraine le statut de candidat afin « que les habitants de l'Ukraine, ceux qui se battent pour les valeurs européennes en première ligne, puissent ressentir ce soutien moral de la part de l'UE ».
La question de l’adhésion de l’Ukraine pourrait être discutée lors du sommet informel des chefs d’État et de gouvernement, prévu les 10 et 11 mars à Versailles (France).
Après l’Ukraine, ce sont la Géorgie et la Moldavie qui ont officiellement posé leur candidature à une adhésion à l’UE, jeudi 3 mars. À son arrivée au Conseil à Bruxelles, le ministre roumain des Affaires étrangères, Bogdan Aurescu, a précisé le soutien de son pays à la demande de la Moldavie, expliquant que ce pays était « bien préparé ».
Par ailleurs, la ministre des Affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine, Bisera Turkovic – dont le pays a déposé sa candidature à une adhésion à l’UE en février 2016 (EUROPE 11490/1) - a appelé l’UE à accorder « immédiatement » à son pays le statut de candidat à l’UE « en ces temps graves et incertains pour la sécurité de l'Europe ». « L'adhésion à l'UE garantit la paix et la stabilité de la Bosnie-Herzégovine et des Balkans occidentaux », a-t-elle estimé. (Camille-Cerise Gessant)