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Bulletin Quotidien Europe N° 12901
Invasion Russe de l'Ukraine / Parlement europÉen

Le Parlement européen uni dans son soutien aux Ukrainiens

Les députés européens, tous groupes confondus, ont dénoncé l’agression russe contre l’Ukraine et souligné leur soutien à la population ukrainienne, mardi 1er mars, lors d’un débat en session plénière extraordinaire et dans une résolution qu’ils ont adoptée (637 voix pour, 13 contre et 26 abstentions).

En début de session plénière, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est exprimé par vidéoconférence et a été longuement applaudi (voir autre nouvelle). « Notre peuple est très motivé, nous continuons à lutter pour nos droits, nos libertés, nos vies, et aujourd’hui, nous luttons pour notre survie », a-t-il souligné, conscient que personne n’irait en Ukraine pour les aider à lutter pour leur liberté.

Le Parlement européen, en adoptant l'amendement proposé par la CRE et soutenu par les voix du PPE et du S&D (450 voix pour, 171 contre et 64 abstentions), « rend hommage à l’immense courage dont ont fait preuve le peuple ukrainien, son président héroïque, Volodymyr Zelensky, et les courageux soldats qui défendent leur pays contre les envahisseurs russes ». Il appelle « le monde libre à soutenir leur lutte pour la paix et la liberté par tous les moyens dont il dispose ». 

« Les actes quotidiens d'héroïsme extraordinaire des Ukrainiens nous inspirent tous. (…) Ils ont montré au monde que notre mode de vie vaut la peine d'être défendu », a salué la présidente du Parlement, Roberta Metsola.

De son côté, le président du groupe PPE, Manfred Weber, a loué l'« amour de la liberté » des Ukrainiens, les qualifiant de « héros de notre mode de vie européen » et ne cachant pas son « admiration » pour ces derniers qui « se battent pour nos valeurs ».

Saluant la « résistance héroïque des Ukrainiens et de leur président face à l’invasion », Manon Aubry (La Gauche, française) a expliqué que Vladimir Poutine portait l’« entière responsabilité » de la guerre et qu'il avait « du sang sur les mains ». 

Pour cela, Mme Metsola, tout comme Iratxe García Pérez (S&D, espagnole), a plaidé pour l’intervention de la Cour pénale internationale. La veille, le procureur avait annoncé l’ouverture « aussi vite que possible » d’une enquête, évoquant des « crimes de guerre » et des « crimes contre l'humanité ». « Nous soutiendrons la juridiction de la Cour pénale internationale et l'enquête sur les crimes de guerre en Ukraine. Nous tiendrons Poutine pour responsable... tout comme nous tiendrons Loukachenko », a prévenu la première, alors que la seconde a expliqué que le PE fera tout pour que M. Poutine soit jugé comme criminel de guerre.

À l'inverse, les députés ont salué le courage des milliers de Russes qui manifestent contre la guerre, et qui risquent l’arrestation et la prison.

Appel à activer la directive sur la protection temporaire

Le Parlement européen a en outre invité les États membres à approuver sans délai la proposition de la Commission européenne et de la Présidence française du Conseil de l’UE d’activer la directive de 2001 sur la protection temporaire immédiate des réfugiés ukrainiens, en l’occurrence dès le Conseil 'Affaires intérieures' prévu à Bruxelles le 3 mars (EUROPE 12900/5).

Les élus ont aussi invité « instamment le Conseil à répartir également la responsabilité de l’accueil des réfugiés qui arrivent aux frontières extérieures de l’Union entre les États membres », indique la résolution adoptée mardi. La Commission est aussi invitée à plancher sur un mécanisme de solidarité pour relocaliser les réfugiés ukrainiens arrivés en Pologne, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie vers d’autres États membres, alors que plus de 660 000 personnes ont déjà fui le pays et que plus de 365 000 sont arrivées en Pologne.

La résolution demande aussi, si besoin en était, « l’arrêt, à l’échelle de l’Union, des opérations de retour vers l’Ukraine » et la prolongation des visas des étudiants ukrainiens et des autres titulaires ukrainiens de visas.

Mardi devant les élus, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a insisté sur la nécessité d’activer cette protection immédiate. « Nous devons le faire maintenant, car il y aura plus d’Ukrainiens qui en auront besoin. Nous serons là pour eux ».

Sur les besoins en aide humanitaire (voir autre nouvelle), Mme von der Leyen a annoncé la mobilisation d'« au moins 500 millions d'euros » du budget de l'UE pour faire face à l'urgence, tant pour les Ukrainiens restés dans leur pays que pour les réfugiés.

Soutenir la Moldavie

La résolution du PE soulève aussi la question de l’accueil des réfugiés en Moldavie et invite la Commission et les États membres à aider ce pays, notamment « à fournir un abri temporaire aux réfugiés ukrainiens ». Le Haut Représentant de l'UE et le commissaire à la Politique de voisinage se rendront dans le pays ce mercredi pour faire un point sur la situation.

« Il est de notre devoir d'aider les Ukrainiens qui fuient pour sauver leur vie des bombes de Poutine. C'est pourquoi nous attendons de la Commission et des ministres de l'Intérieur qu'ils appliquent immédiatement la directive sur la protection temporaire, une première. Nous devons garantir un passage sûr et un refuge rapide aux civils innocents qui fuient l'invasion russe », ont commenté pour le PPE Tomas Tobé (suédois) et Jeroen Lenaers (néerlandais).

Plus de sanctions et des compensations

Revenant sur les mesures déjà prises, plusieurs députés ont salué le soutien apporté par l’UE à l’Ukraine, notamment la fourniture d’armes. La résolution, via l'adoption d'un amendement de Renew Europe (478 voix pour, 134 contre - surtout les Verts/ALE et La Gauche - et 73 abstentions - en particulier ID), demande l’augmentation des contributions au renforcement des capacités de défense de l’Ukraine, invitant le Service européen pour l’action extérieure et les États membres à faciliter une mise en œuvre rapide et efficace des décisions prises dans le cadre de la Facilité européenne pour la Paix. Pour Ryszard Legutko (CRE, polonais), « l’armée ukrainienne qui s’oppose à l’envahisseur a besoin d'aide, d'armement, de moyens de se défendre ». « Les Européens ne peuvent pas rester les bras croisés alors que le pays est envahi. Une intervention militaire serait folle, mais on doit équiper les Ukrainiens du mieux possible pour répondre à l’agresseur », a estimé Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge).

Tout en saluant les sanctions déjà adoptées, les députés ont demandé à l’UE d’aller plus loin, notamment concernant l'interdiction des investissements de l'UE en Russie et de la Russie dans l'UE, que plus aucune banque russe n'ait accès au système financier européen et que la Russie, mais aussi la Biélorussie, soient exclues de Swift. Le PE souhaite aussi que l’accès aux marchés publics de l’Union soit interdit pour l’achat de biens et de services en provenance de Russie et de Biélorussie. Selon lui, les ports de l’Union doivent être fermés aux navires russes et leur accès doit être interdit aux navires dont le dernier ou le prochain port d’escale se trouve en Russie.

Bien qu'il s'agisse d'une demande du président ukrainien, l'amendement proposant entre autres l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine n'a pas été adopté (264 voix pour, 365 contre et 57 abstentions).

La présidente du Parlement européen a aussi annoncé l'interdiction pour tout représentant du Kremlin d'entrer dans les locaux du PE. « Les agresseurs et les bellicistes n'ont pas leur place dans la maison de la démocratie », a prévenu Mme Metsola.

Les eurodéputés ont aussi souhaité que tout soit mis en place pour atténuer les conséquences des mesures adoptées et des possibles contre-mesures sur la population et les entreprises européennes. « On ne peut pas se permettre de faire peser sur les citoyens les conséquences des sanctions », a expliqué Marco Zanni (ID, italien). « Ces sanctions ont un coût pour nos économies, nous appelons l’Europe à mutualiser ce coût pour les pays et les entreprises les plus exposés », a ajouté, pour le groupe Renew Europe, Stéphane Séjourné (français).

Appel à la diplomatie

« Soyons lucides, les sanctions économiques n’auront qu’un temps (…) Nous le savons tous : la seule option durable est diplomatique. Tous nos efforts doivent être tournés vers l’obtention d’un cessez-le-feu et du retrait des troupes russes », a ajouté Mme Aubry.

La résolution du PE, via un amendement de La Gauche (610 voix pour, 66 contre et 9 abstentions), souligne d'ailleurs que « tout doit être fait pour ramener la Russie à la table des négociations ». Elle invite l’Union, ses États membres et les États-Unis à poursuivre leurs efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre en Ukraine.

De même, les députés ont adopté un amendement de La Gauche (511 voix pour, 165 contre - notamment les groupes Renew Europe et CRE - et 9 abstentions) appelant à un cessez-le-feu « immédiat et inconditionnel » et exigeant que les canaux de communication avec la Russie restent ouverts et que les parties concernées soient prêtes au dialogue et aux négociations jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu soit instauré et que la guerre prenne fin.

Réduire la dépendance énergétique de l’UE

Alors que l’Union dépend encore fortement de ses importations en matière d’énergie (les données d’Eurostat indiquent une dépendance énergétique de 57,5% en 2020), la résolution réitère les appels du Parlement à « réduire sensiblement la dépendance énergétique » de l’Union, en particulier à l’égard du gaz, du pétrole et du charbon russes.

Elle demande ainsi que l’importation des principaux biens d’exportation russes, « y compris le pétrole et le gaz », soit restreinte, tout en appelant une nouvelle fois à l’abandon définitif du gazoduc Nord Stream 2, dont la certification a été interrompue jusqu’à nouvel ordre par le gouvernement allemand (EUROPE 12896/2).

Les eurodéputés plaident également pour une diversification des sources d’énergie, « y compris en développant les terminaux de gaz naturel liquéfié et les voies d’approvisionnement, en dissociant le stockage du gaz et en augmentant l’efficacité énergétique et la vitesse de la transition vers une énergie propre ».

Ce dernier point a également été souligné par Mme von der Leyen, qui a qualifié l’accélération de la transition écologique d’« investissement stratégique », car « chaque kilowatt-heure d’électricité que l’Europe génère à partir de l’énergie solaire et éolienne, de l’hydroélectricité et de la biomasse réduit notre dépendance à l’égard du gaz russe ». Et d’ajouter : « moins de dépendance, c’est aussi moins d’argent pour le trésor de guerre du Kremlin ».

Au premier semestre de 2021, les livraisons russes représentaient 46,8% des importations totales de gaz de l’UE et 24,7% pour le pétrole, selon Eurostat.

Durant leurs interventions en session plénière, plusieurs présidents de groupes politiques du Parlement ont abordé la question énergétique. M. Séjourné a ainsi appelé à un embargo commercial sur les technologies, le pétrole et le gaz, afin d’« assécher les financements de la guerre du clan Poutine ». « Ce n’est qu’avec du courage et des sacrifices que nous obtiendrons l’indépendance énergétique nécessaire pour mettre Poutine à genoux », a pour sa part déclaré Mme García Pérez (S&D, espagnole), tout en demandant la création de réserves stratégiques de gaz à court terme.

Déplorant la dépendance énergétique « massive » de l’UE à l’égard de la Russie en matière de gaz, de pétrole, mais aussi de combustible nucléaire, M. Lamberts, pour sa part, a estimé que « l’indépendance énergétique est la clé pour que l’UE devienne un acteur géopolitique respecté ». Selon lui, cela « ne sera jamais atteint en mettant le gaz et le nucléaire au cœur de notre stratégie énergétique », mais bien en développant l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Par ailleurs, le groupe ID a dénoncé le fait que les autres groupes politiques ont refusé que le groupe s’associe à la résolution commune sur l’Ukraine. Au nom de son groupe, Marco Zanni (italien) a qualifié les réfractaires de « petites personnalités mesquines ».

Voir la résolution : https://aeur.eu/f/k8  (Camille-Cerise Gessant, Damien Genicot et Solenn Paulic)

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