« Si l’Allemagne et la France se sont déjà engagées en faveur d’une augmentation de leur participation au budget du Conseil de l’Europe, aucune somme n’a encore été définie », précise le Français Jacques Maire (ALDE). « Nous souhaitons que tous les États membres participent à cet effort et s’associent au même message politique : la suspension de la Russie du Conseil de l’Europe et son potentiel départ ne nous affaibliront pas ».
Ce message, Jacques Maire l’a lancé avec le socialiste allemand Frank Schwabe, dès vendredi, après l'annonce de la suspension immédiate de la Russie par le Comité des ministres. Il s’agissait de demander aux parlements nationaux d'agir sur leur gouvernement afin de renforcer « préventivement » le Conseil de l’Europe. « Inutile d’attendre l’arrêt des versements russes », dit M. Maire. « Une fenêtre s’est ouverte. Dans cette crise inouïe, l’Europe se resserre sur les valeurs défendues par le Conseil de l’Europe : démocratie, État de droit et droits humains ».
Rapporteur sur l’empoisonnement d’Alexeï Navalny en janvier, Jacques Maire évoque l’attitude de la délégation russe à l'assemblée parlementaire.
« Ils étaient attentifs à ne jamais montrer de signe de faiblesse, mais, en bilatérale ou à Moscou, ils ne cessaient de redire l’importance du Conseil de l’Europe et la qualité de l’expertise russe ».
« Sur la question de la Convention d’Istanbul (droits des femmes), ils étaient du « bon côté », soucieux de ne pas être assimilés aux politiques d’Erdoğan ou d'Orbán tout en ne cessant de nous reprocher, à tort, de ne rien faire pour les minorités russophones en Europe ».
« Quand Rik Daems, alors président de l’assemblée, est allé à Moscou il y a un an », ajoute Jacques Maire, « un accord avait été trouvé sur un agenda concernant notamment des échanges de prisonniers avec l’Ukraine, l’autorisation d’une visite de la Commissaire aux Droits de l’homme en Crimée. Au final, on a eu droit à quelques progrès liés à l’observation des élections, l’accueil des rapporteurs de suivi..., mais aucune avancée politique ».
Même blocage en ce qui concerne l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, « arme la plus puissante du Conseil de l’Europe ». « Le fameux arrêt de 2017 réclamant la libération d’Alexeï Navalny est resté lettre morte et cela a rendu le Comité des ministres furieux. Ils ont fini par lancer une procédure contre la Russie ».
Jacques Maire n’a plus eu de contact avec Alexeï Navalny depuis janvier, mais il souligne que tous les opposants à Vladimir Poutine sont convaincus que « « la Russie n’avance que par secousses telluriques, comme on l’a vu en 1917 et 1989 ». « Pour eux, il faut effectivement frapper au portefeuille pour briser le pacte mafieux de la clique au pouvoir. Les oligarques ne veulent pas de roubles. Placer l’argent à l’étranger est la raison même du régime. Si on le frappe là, il devra bouger ».
« Je ne dis pas que j’y crois », conclut Jacques Maire, « je dis que, eux, y croient ». (Véronique Leblanc)