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Bulletin Quotidien Europe N° 12901
Invasion Russe de l'Ukraine / Élargissement

M. Zelensky demande à l’UE de lui prouver qu’elle est au côté de l’Ukraine en la faisant avancer sur la voie de l’adhésion

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a appelé l’Union européenne, mardi 1er mars, à accorder à son pays le statut de candidat et une procédure accélérée d’adhésion.

La veille, il avait signé la demande officielle pour que son pays devienne candidat à une adhésion à l’UE, demande remise par son ambassadeur auprès de l’UE à la Présidence française du Conseil de l’UE.

« J’aimerais vous entendre dire que ce choix ukrainien de l’Europe est également le vôtre », a plaidé le président ukrainien dans un discours à distance au Parlement européen, en présence des présidents du Conseil européen, Charles Michel, et de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « On veut maintenant être vos égaux, membres de l’UE. Je pense qu’aujourd’hui, nous montrons que nous sommes vos égaux et l’UE sera beaucoup plus forte avec nous. Sans vous, l’Ukraine sera seule », a-t-il expliqué. Et d’ajouter, avant d’être longuement applaudi : « Prouvez que vous êtes à nos côtés, que vous n’allez pas nous laisser tomber, que vous êtes vraiment européens ».

« Dans ces heures aussi sombres, nous avons besoin de vous, dans nos aspirations vers l’Europe », a ajouté le président de la Verhovna Rada, Ruslan Stefanchuk. « Les Ukrainiens meurent aujourd’hui, pour l’UE, pour l’avenir de notre maison européenne, il n’y aura pas de paix en Europe sans l’Ukraine. Pas d’Europe dans son intégralité sans l’Ukraine », a-t-il rappelé.

Large soutien du PE

Cette demande de statut de candidat a été largement soutenue par le Parlement européen, qui n’a pas de pouvoir sur l’obtention de ce statut, la décision appartenant au Conseil à l'unanimité.

Dans la résolution qu’ils ont adoptée sur l’Ukraine (voir autre nouvelle) par 637 voix pour, 13 contre et 26 abstentions, les députés européens ont adopté à une grande majorité la référence à la possibilité d’accorder à l’Ukraine le statut de candidat à l’Union, conformément à l’article 49 du traité sur l’UE et sur la base de ses mérites. Les groupes ID et La Gauche se sont majoritairement prononcés contre, La Gauche ayant, pour sa part, proposé un amendement sur ce point qui n’a pas été adopté.

Lors du débat qui a suivi l'intervention de M. Zelensky, la présidente du PE, Roberta Metsola, avait reconnu la « perspective européenne de l'Ukraine ». « Nous allons et nous devons affronter l'avenir ensemble », a-t-elle promis.

« Les Ukrainiens ont signé la demande d'adhésion à l'UE dans leur sang. L'Ukraine européenne doit être et sera dans notre famille, dans la famille de l'UE » », a ajouté Rasa Juknevičienė (PPE, lituanienne).

S’il a lui aussi soutenu l’octroi du statut de candidat, Stéphane Séjourné (Renew Europe, français) a reconnu que « l’Ukraine ne rejoindra pas l’UE avant quelques années, avec un processus rigoureux ». « Mais il est important de reconnaître que, par le sang versé au nom de la liberté et la démocratie, ils sont déjà membres de notre communauté. Le statut de candidat, en ce sens, est une juste reconnaissance », a-t-il estimé.

Prudence de la Commission

La présidente de la Commission européenne s’est montrée prudente. Tout en estimant que « l'UE et l'Ukraine sont déjà plus proches que jamais » et « qu'un peuple qui défend si courageusement nos valeurs européennes a sa place dans notre famille européenne », Mme von der Leyen a prévenu que « le chemin à parcourir est encore long ». « Nous devons mettre fin à cette guerre. Et nous devons parler des prochaines étapes », a-t-elle précisé.

Le Conseil divisé

M. Michel a lui aussi fait preuve d’une grande prudence. Face à la demande ukrainienne, « il va nous appartenir à nous, Européens, d'être aussi à la hauteur du moment », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant qu’il y avait « au sein de l'UE des opinions différentes (sur l’élargissement, NDLR), qui peuvent parfois être nuancées sur ce sujet-là ».

Dans une déclaration commune publiée le 28 février, les présidents polonais, estonien, letton, lituanien, slovaque, slovène, bulgare, tchèque et hongrois se sont dits « fermement convaincus » que l'Ukraine mérite de recevoir une perspective d'adhésion « immédiate » à l'UE. « Par conséquent, nous appelons les États membres de l'UE à consolider le plus grand soutien politique à l'Ukraine et à permettre aux institutions de l'UE de prendre des mesures pour accorder immédiatement à l'Ukraine le statut de pays candidat à l'UE et ouvrir le processus de négociations », ont-ils ajouté.

Une source française s’est montrée plus prudente. « Imaginez demain que l'Ukraine soit conquise par la Russie. On pourra avoir offert une adhésion à l'UE, je ne vois pas comment nous pourrions mener à son terme un processus d'adhésion », a-t-elle expliqué, rappelant que l’on se trouvait dans un contexte où tout peut changer très brutalement. Et selon elle, si l'Ukraine résiste à la Russie, l'enjeu immédiat sera de renforcer la capacité de l'Ukraine à faire respecter sa souveraineté, à se défendre, à résister à la pression russe, etc.

M. Michel a rappelé qu’il appartenait à la Commission d'émettre un avis au départ duquel le Conseil « n'échappera pas à ses responsabilités ». « Le Conseil devra analyser sérieusement la demande symbolique, politique, forte et, je le crois, légitime, qui a été exprimée. Il conviendra alors de donner l'orientation et de faire le choix qui sera le choix juste, avec sang-froid, avec détermination, face à cette requête », a-t-il promis. (Camille-Cerise Gessant)

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