L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a donné, jeudi 18 novembre, sa bénédiction aux 17 autorisations d'urgence accordées en 2020 et 2021 par 11 États membres à des pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeille (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame et thiaclopride) pour protéger la betterave sucrière.
Était à l'examen la justification des autorisations d'urgence de la Belgique, de la Croatie, du Danemark, de la Finlande, de la France, de l'Allemagne, de la Lituanie, de la Pologne, de la Roumanie, de la Slovaquie et de l'Espagne (EUROPE 12619/35).
Après l'évaluation demandée par la Commission européenne, l'EFSA a conclu que, dans les 17 cas, les autorisations d'urgence étaient justifiées, soit parce qu'il n'existait pas d'autres produits ou méthodes disponibles - chimiques ou non -, soit parce qu'il y avait un risque que l'organisme nuisible devienne résistant aux produits alternatifs disponibles.
L’article 53 du règlement européen 'Pesticides' prévoit, certes, la possibilité de dérogations via la clause d'autorisation d'urgence, mais à des conditions très strictes et dûment justifiées par l'absence de solutions alternatives.
Un 'chèque en blanc', selon PAN Europe. « L'EFSA donne un chèque en blanc aux États membres pour qu'ils continuent à abuser du système de dérogations toxiques », s'est aussitôt indignée l'ONG PAN Europe (Pesticide Action Network Europe).
Dans un communiqué, l'ONG rappelle qu'en 2018, l'EFSA avait réalisé un travail comparable relatif à l'octroi de dérogations pour l'utilisation des néonicotinoïdes, qui avait également donné lieu à des évaluations majoritairement favorables.
Estimant ces dérogations abusives, l'ONG est allée devant les tribunaux en Belgique en 2019, 2020 et 2021 et cinq questions préjudicielles ont été envoyées à la Cour de justice européenne par le tribunal administratif belge en 2021.
« Des alternatives chimiques et non chimiques aux néonicotinoïdes existent et l'approche de l'EFSA empêche le changement systémique dont nous avons besoin dans l'agriculture ! », affirme Martin Dermine, expert apicole de PAN Europe.
L'ONG compte maintenant sur la Cour de justice pour redresser la barre. (Aminata Niang)