La préparation du sommet du Partenariat oriental de décembre et une discussion stratégique sur les modalités d'approfondissement futur des relations de l’UE avec les États de la région du Golfe domineront la réunion des ministres européens des Affaires étrangères, lundi 18 octobre à Luxembourg.
La situation politique au Nicaragua et la crise en Éthiopie sont les deux autres grands sujets formellement inscrits pour discussion lors de cette session du Conseil 'Affaires étrangères' que présidera le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell.
Partenariat oriental. Les ministres travailleront à la préparation de la prochaine réunion ministérielle sur le Partenariat oriental du 15 novembre, et du sommet sur le même sujet, prévu en décembre.
Il s'agira de réfléchir à rapprocher politiquement et économiquement les partenaires de l'UE tout en prenant en compte des fortes différences entre les six pays. Il conviendra aussi de voir comment renforcer la résilience dans ces États, qu'il s'agisse de gouvernance, d'État de droit ou de sécurité. Dans ce sens, la question des réformes sera au cœur du sujet, selon une source européenne.
Les ministres devraient également aborder la solidarité envers ces pays en termes de vaccins.
Par ailleurs, un des sujets épineux qui sera abordé lors de cet échange concerne la Biélorussie. Comme le souligne un diplomate européen, « la stabilité de certains pays n'est pas au beau fixe. Et la Biélorussie est au premier plan des préoccupations ». Il n'y aura pas de ministre de ce pays à la réunion ministérielle de novembre, puisque les relations ont été limitées au seul niveau technique.
L'UE travaille actuellement à son cinquième train de sanctions contre le régime d'Alexandre Loukachenko (EUROPE 12783/2). Elle espère adopter cette série de sanctions en novembre, d'après une source européenne.
Golfe. Une discussion concernant le Golfe était initialement prévue en septembre et avait dû être reportée. Ce sera donc l'occasion pour les ministres de faire le point sur la situation dans la région. Ils veulent échanger sur les manières pour l'UE de s'engager globalement et de développer des relations plus fortes avec les pays du Golfe.
Les ministres devraient notamment discuter de la meilleure manière d'augmenter les flux commerciaux et d'investissements entre l'UE et le Golfe.
Ils devraient également évoquer la récente Conférence pour la coopération et le partenariat du 28 août à Bagdad (EUROPE 12779/22), qu'ils estiment « structurante » et « prometteuse », selon une source européenne.
La discussion permettra aussi de préparer la communication conjointe sur le partenariat avec le Golfe, qui devrait être adopté au premier trimestre 2022.
La question de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) sera mise sur la table des discussions, après la visite à Téhéran du directeur politique du Service européen pour l’action extérieure, Enrique Mora, le 14 octobre. Selon une source européenne, les Iraniens ont indiqué à l'UE ne pas encore être prêts à s'engager dans des conclusions à Vienne, bien qu'ils aient effectivement l'intention d'y parvenir plus tard. Une rencontre à Bruxelles est prévue entre Européens et Iraniens « dans les jours qui viennent » pour débattre des textes à soumettre à Vienne, selon la même source.
Éthiopie. Au cours d'un déjeuner de travail, les ministres auront de nouveau une discussion sur la situation humanitaire, qui continue de se dégrader avec la poursuite du conflit depuis leur discussion de juillet (EUROPE 12760/13).
La crise humanitaire au Tigré et dans d'autres régions d'Éthiopie s'est aggravée, puisqu'en dépit du cessez-le-feu unilatéral proclamé le 28 juin par le gouvernement, les parties au conflit ont lancé de nouvelles offensives. Évoquant une « tragédie au Tigré » et les nombreuses entraves à l'acheminement de l'aide, un fonctionnaire européen déclarait vendredi : « Nous travaillons pour obtenir un cessez-le-feu et sur un futur processus politique ».
Les sanctions à l'égard des responsables de violations des droits de l'homme, envisagées depuis le mois de mars (EUROPE 12683/4) et récemment réclamées par le Parlement européen (EUROPE 12807/23), pourraient être abordées, mais ce n'est pas le sujet du débat de lundi, selon une source diplomatique.
« Les sanctions sont sur la table. Elles sont un outil de politique étrangère. Nous pensons que L’UE devrait utiliser tous les instruments, du dialogue jusqu’à de possibles sanctions. Nous attendons de disposer du rapport du Haut Commissaire aux Droits de l’homme attendu le 1er novembre et, en conséquence, nous aviserons si nous pouvons envisager des sanctions », a commenté un diplomate européen.
Et d'ajouter que, pour l'heure, il s'agit surtout de faire passer auprès du nouveau gouvernement les messages maintes fois réitérés concernant l’accès humanitaire, le dialogue inclusif et les comptes à rendre pour les violations des droits humains.
Nicaragua. Au cours du déjeuner de travail, les ministres auront un échange de vues préliminaire sur la dégradation de la situation à l’approche des élections législatives du 7 novembre, que le président Daniel Ortega a verrouillées pour s’assurer la victoire. Le Haut Représentant, Josep Borrell, souhaite recueillir le point de vue des ministres sur ce que devra faire l’UE en réaction à ce scrutin, comment elle pourrait réagir face à ce régime autoritaire.
« Aucune opposition n’a été autorisée à se présenter, cette élection ne sera ni libre ni démocratique. Elle pourrait faire l’objet d’une forme de condamnation publique et d’un refus de reconnaître les résultats », a indiqué un haut fonctionnaire européen.
Le Conseil de l'UE a récemment décidé de prolonger jusqu'en octobre 2022 les sanctions visant quatorze dignitaires du régime, dont la femme et le fils du président, pour violation des droits de l'homme et de l'État de droit (EUROPE 12809/26).
Sujets d'actualité. Les ministres feront le point sur la formation du nouveau gouvernement en Tunisie. Il s'agira d'évaluer ce développement et ses potentielles suites.
Le Haut Représentant devrait évoquer la crise en Afghanistan, au lendemain du sommet virtuel du G20 qui a dit sa disponibilité à aider la population, sans toutefois reconnaître les talibans (EUROPE 12810/2, 12810/3). L'UE a annoncé qu'elle allait porter à 1 milliard € son aide directe aux Afghans, dans le pays et les pays voisins, pour éviter l'effondrement humanitaire, économique et social de l'Afghanistan. Certains fonctionnaires du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) se sont rendus à Kaboul pour identifier les possibilités d'une présence limitée dans la capitale.
Le Conseil 'Affaires étrangères' de lundi sera l'occasion pour les ministres de revenir sur le sommet UE-Balkans à Brdo le 6 octobre (EUROPE 12806/1). Ils aborderont plus en détail les tensions récentes entre le nord du Kosovo et la Serbie.
Diplomatie climatique. À l'approche de la COP26 sur le climat (Glasgow, 31 octobre-12 novembre), les ministres discuteront des moyens d’intensifier les contacts avec les pays tiers, en particulier les pays du G20, pour accroître leur ambition, notamment en termes de participation financière aux 100 milliards d'euros par an promis aux pays en développement jusqu’en 2025 pour soutenir leurs efforts d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.
Brièvement, les participants à la réunion évoqueront la visite du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, à Varosha à Chypre en juillet. Il s'agira, là aussi, d'en examiner les conséquences et de faire un suivi.
Conclusions du Conseil. La réunion de lundi devrait marquer l'adoption, sans débat, des conclusions du Conseil de l'UE sur l'opération EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine. (Aminata Niang et Léa Marchal avec Mathieu Bion)