Les députés européens ont exprimé leur solidarité avec le peuple afghan, lors d’un débat en session plénière du Parlement européen à Strasbourg, mardi 14 septembre.
« Nous devons venir en aide aux Afghans, nous leur devons et nous le devons au monde », a résumé Pedro Marques (portugais, S&D).
Au nom de Renew Europe, Petras Auštrevičius (lituanien) a estimé que le peuple afghan allait payer le prix fort, car « il n’a plus d’avenir ». « Aujourd’hui, notre stratégie est de protéger les Afghans et les réussites communes. Nous devons protéger la vie des militants civiques et de ceux qui souhaitent changer les choses et sauver les millions d’Afghans qui font face à la pauvreté et la famine », a-t-il ajouté.
Au nom des Verts/ALE, la Néerlandaise Tineke Strik a estimé que les Européens devaient faire tout ce qu'ils pouvaient pour « protéger les Afghans de la terreur talibane » et prendre leurs responsabilités.
Plus largement, pour David McAllister (PPE, allemand), l'UE doit agir sur l’aide humanitaire, l’aide à stabiliser la région, l’identification d’une stratégie cohérente ou encore une approche unique au niveau de l’UE et de ses partenaires internationaux envers les talibans.
« Ce n'est pas le moment de pointer les coupables, mais de travailler main dans la main pour garantir la stabilité du pays et de la région et le respect des droits », a souligné Iratxe García Pérez (espagnole), au nom du S&D, appelant les femmes du monde à s’unir pour aider les femmes et jeunes filles afghanes.
Elle a aussi plaidé pour la mise en œuvre de couloirs humanitaires pour permettre à ceux qui le souhaitent de quitter l’Afghanistan.
Plusieurs députés ont appelé à l'accueil des Afghans dans l'UE, notamment l'Irlandais Mick Wallace pour La Gauche. « L’UE doit offrir un refuge sûr et durable pour ceux qui fuient le chaos que l’on a créé », a-t-il justifié, alors que pour Michael Gahler (PPE, allemand), les Européens doivent veiller à ce que les pays voisins de l'Afghanistan reçoivent une assistance pour accueillir dignement les réfugiés.
Apporter une aide humanitaire immédiate, notamment alimentaire, en garantissant la sécurité aux travailleurs humanitaires a été mentionné par tous comme une urgence en faveur de la population afghane et des pays voisins.
« Nous sommes tous d'accord pour octroyer une aide humanitaire d'urgence par le truchement des Nations unies pour parer au risque de famine », a souligné M. Gahler.
Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a rappelé que l’UE a promis plus de 200 millions € d’aide d’urgence, quadruplant ainsi le montant initialement prévu cette année, et s’est réjoui des « bons résultats » de la conférence internationale des donateurs, convoquée la veille par le secrétaire général de l’ONU. Avec plus d’un milliard de dollars US promis, cette conférence a « comblé les attentes » du secrétaire général de l'ONU, António Guterres (EUROPE 12789/12).
Sur les 11 millions de personnes qui nécessitent une aide vitale, le Haut Représentant a cité en particulier les 5 millions d'Afghans menacés dans le nord du pays. « Nous devons aider ces 5 millions de personnes qui risquent de mourir, avant l'hiver ».
Et d'ajouter à l'adresse des députés qui redoutent une crise migratoire, voire des attentats sur le sol européen, comme Jordan Bardella (ID, français) : « Ces personnes ne rejoindront pas l'Europe parce qu'elles n'en ont pas la force ».
L'importance de conserver un canal de communication avec les talibans pour acheminer l'aide a été mise en exergue. « L'Afghanistan est un pays dépendant de l'aide humanitaire, c'est pourquoi un lien avec le régime actuel et indispensable », a déclaré Isabel Wiseler-Lima (PPE, luxembourgoise).
Pour l'Allemande Lena Düpont (PPE), « protéger les droits des femmes et des filles, menacées et privées d'accès à l'éducation et la santé, doit être au cœur de l'aide humanitaire et une condition ».
Certains députés ont plaidé pour que l'aide au développement - actuellement suspendue - se poursuive, sous conditions, en identifiant les projets pour lesquels ce serait possible.
Enfin, plusieurs ont jugé que la situation en Afghanistan montrait que l’UE doit développer sa politique de sécurité et de défense commune. « S'il est vrai que l'Europe avance grâce aux crises, gageons que la défense européenne a toutes les raisons d’avancer » à la suite de la crise afghane, a ainsi estimé Nathalie Loiseau (Renew Europe, française).
Une résolution sur l'Afghanistan sera soumise au vote du Parlement européen jeudi 16 septembre. (Camille-Cerise Gessant et Aminata Niang)