login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12790
INSTITUTIONNEL / État de l'union

Les forces politiques proeuropéennes du PE formulent leurs attentes en amont du discours de Mme von der Leyen

Les forces politiques proeuropéennes du Parlement européen dressent un bilan plutôt positif de l'action de la Commission européenne pour affronter la pandémie de Covid-19, notamment lors de la campagne de vaccination. Elles s'attendent à ce que sa présidente, Ursula von der Leyen, dévoile la proposition législative instaurant la future Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d'urgence sanitaire (HERA), mercredi 15 septembre, lors de son discours à Strasbourg sur l'état de l'Union. Certains groupes appellent l'Europe à redoubler d'efforts pour renforcer l'autonomie stratégique de l'UE - en tirant les leçons de la débâcle des Occidentaux en Afghanistan - et pour faire respecter l'État de droit dans l'UE.

Autonomie stratégique. Pour le chef du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, « la défaite du monde occidental en Afghanistan » et la volonté américaine de penser d'abord à ses propres intérêts constituent un changement de paradigme politique ('political game changer'). « C'est très clair. L'UE doit prendre ses propres responsabilités », a-t-il déclaré mardi 14 septembre, citant « l'Ukraine et l'Afrique du Nord » en tant que théâtres où les intérêts vitaux des Européens sont en jeu.

Espérant des annonces visant à renforcer les politiques de sécurité et de défense de l'UE, le chrétien-démocrate a préconisé la création d'« une cyberbrigade européenne » capable de défendre l'intégrité des infrastructures technologiques.

La co-présidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Ska Keller, a qualifié de « désastre » l'action géopolitique de l'UE dans le monde. Selon elle, l'Afghanistan est le dernier exemple des « humiliations » qu'ont infligées « Poutine, Erdoğan, Xi Jinping et Biden » aux Européens. « L'Europe manque de volonté politique d'être un acteur géopolitique alors qu'elle ne manque pas des moyens » nécessaires à cette ambition, a-t-elle estimé.

« Nous attendons de Mme von der Leyen qu'elle ne redise pas qu'elle mène une Commission géopolitique, mais qu'elle nous le prouve ! », a renchéri Nathalie Loiseau (Renew Europe, française). Évoquant « une course contre la montre » entre grandes puissances, Raphaël Glucksmann (S&D, français) a demandé à Mme von der Leyen d'« indiquer le chemin » qui permettra à l'UE d'être prête « structurellement » à défendre son autonomie stratégique.

État de droit. Parmi les bons points adressés à la Commission, M. Weber a cité la défense de l'État de droit où, malgré les difficultés, la méthode liant respect des valeurs fondamentales européennes et octroi de l'aide financière européenne « fonctionne ».

Le groupe de centre-droit Renew Europe n'est pas de cet avis. Son chef de file, le Roumain Dacian Cioloș, a critiqué la manière dont la Commission envisage d'appliquer le règlement sur la conditionnalité 'État de droit' (EUROPE 12779/10). « Son rôle n’est pas seulement de le proposer et de le négocier, mais aussi de le mettre en œuvre. Là, j'ai des questions sans réponses », a-t-il expliqué.

Le groupe S&D est prêt à agir pour que le PE dépose un recours auprès de la Cour de justice de l'UE en raison de l'immobilisme de la Commission dans ce domaine.

Santé. Sur les questions de santé, M. Cioloș a salué la coordination par la Commission dans l'achat des vaccins au nom des États membres. Son groupe demande toutefois que l’UE aide davantage les pays vulnérables qui n’ont pas accès aux vaccins (EUROPE 12788/11).

Craignant un discours sur l'état de l'Union prônant le retour à la normale, la coprésidente du groupe La Gauche, la Française Manon Aubry, a fustigé l'inaction de la Commission concernant la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid-19 et « son impuissance » en matière de transparence des contrats passés avec les groupes pharmaceutiques.

Social. La présidente du groupe S&D, l'Espagnole Iratxe García Pérez, a mis l'accent sur l'agenda social en plaidant pour : - « une loi contre la pauvreté » ; - une transition numérique respectueuse de « la justice sociale », en s'appuyant sur des arrêts de tribunaux reconnaissant les droits des travailleurs des plateformes numériques ; - une directive européenne pour combattre la violence faite aux femmes.

La socialiste espagnole a aussi souligné l'importance pour l'UE de disposer d'un cadre juridique pour la migration et l’asile. « Ce qu'il s’est passé en Afghanistan nous montre (...) à quel point nous avons besoin d’une politique pour la migration forte, fondée sur la solidarité entre les États membres et envers les personnes qui doivent fuir leur pays pour des raisons économiques ou des violations de l'État de droit », a dit Mme García Pérez.

Voir les dix priorités politiques du groupe S&D : https://bit.ly/3nvh3MM

Le coprésident du groupe La Gauche, l'Allemand Martin Schirdewan, attend aussi de Mme von der Leyen des « réponses politiques claires » aux inégalités sociales qui se sont aggravées avec la pandémie. « Forbes a calculé que les dix Européens les plus riches ont augmenté de 260 millions de dollars leur patrimoine l'an dernier. Oxfam a dit que plus de 500 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté cette année. (...) Et un quart des enfants de l'UE sont dans une situation où ils risquent de grandir dans la pauvreté », a-t-il énuméré.

Climat. Sur l'action climatique de la Commission, le coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, est d'avis que le paquet législatif 'Fit for 55' est « loin d'être parfait », mais a le mérite d'exister (voir autre nouvelle). Qui imagine un seul instant que la précédente Commission 'Juncker' aurait été en mesure de présenter de telles propositions ? - a-t-il ironisé.

Économie. Sur les questions économiques, les groupes S&D et Verts/ALE saluent la concrétisation du Plan de relance européen Next Generation EU. Les sociaux-démocrates prônent une réforme du Pacte de stabilité et de croissance afin de créer une marge de manœuvre budgétaire permettant de financer les investissements verts et sociaux, ainsi qu'une capacité budgétaire permanente pour la zone euro. Ils militent pour l'instauration d'une taxe sur les hauts revenus en Europe.

En revanche, Manfred Weber a préconisé le retour à l'assainissement des finances publiques. Selon lui, la situation actuelle, marquée par une forte poussée de l'endettement public pour affronter la pandémie de Covid-19, n'est « clairement pas soutenable ». (Mathieu Bion avec la rédaction)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
INSTITUTIONNEL
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
ACTION EXTÉRIEURE
RÉPONSE EUROPÉENNE À LA COVID-19
CARTE BLANCHE
BRÈVES