Les eurodéputés ont estimé que l’Union européenne n’était pas suffisamment outillée pour faire face aux catastrophes naturelles, dont la fréquence et l’ampleur augmentent avec le réchauffement climatique, et ont appelé à un renforcement du Fonds de solidarité de l’UE (FSUE) et du mécanisme de protection civile de l’UE, certains suggérant même de créer un nouveau fonds, lors d’un échange avec la Commission européenne, mardi 14 septembre.
Ainsi, le président de la commission au développement régional du PE (REGI), Younous Omarjee (La Gauche, français) – par ailleurs à l’origine de la mise à l’ordre du jour du débat – a rappelé l’importance de revoir la dotation du FSUE, qui est à court de liquidités pour 2021, et globalement la stratégie d’adaptation de l’UE face au changement climatique. Il a, à cette occasion, réitéré son appel pour créer un fonds d’adaptation au changement climatique pour les régions (EUROPE 12787/11).
Ce diagnostic a été posé par nombre d’eurodéputés. Toutefois, la nécessité de créer un nouveau fonds a été moins relayée parmi les autres eurodéputés : elle a été mentionnée du bout des lèvres par Pascal Arimont (PPE, belge), qui prenait la parole pour son groupe, ou encore par le Grec Nikos Androulakis (S&D).
En revanche, nombreux sont ceux, à l’instar de Raffaele Fitto (CRE, italien), d’Andrey Novakov (PPE, bulgare) ou de Rosa D’amato (Verts/ALE, italienne), qui ont plaidé pour une consolidation du FSUE, tant sur le volume global de l’enveloppe que sur les procédures de mise en œuvre, jugées complexes et lentes. Mme D’Amato a suggéré de revoir de 30% à la hausse le préfinancement du FSUE.
La commissaire à la Politique de cohésion et aux réformes, Elisa Ferreira, s’est montrée prudente. Bien que reconnaissant le recours croissant des fonds du FSUE avec l’augmentation de la fréquence et de l’ampleur des catastrophes naturelles, elle a préféré avant tout « envisager toutes les options possibles dans le cadre (des) instruments afin de permettre au fonds de solidarité de continuer à fournir une aide européenne ».
Sur le long terme, la commissaire n’a pas fait sienne la proposition de M. Omarjee. Elle a souligné que les instruments existaient déjà dans les programmes de la politique de cohésion dès 2014, et qu'ils avaient déjà été utilisés par les États membres pour prévenir inondations, feux de forêt et autres glissements de terrain. À ses yeux, il faut donc faire davantage dans le cadre de la programmation actuelle de la politique de cohésion et dans le Plan de relance.
Des lacunes nationales dans la protection civile
Le mécanisme de protection civile est l'un des outils de 'solidarité active' européenne dont Elisa Ferreira a rappelé qu'il a pu être mobilisé rapidement cet été. 16 États membres ont fourni une assistance essentielle aux pays les plus affectés. Sans compter le programme Copernicus, qui, par ses cartes satellitaires des dégâts, a pu « guider les secours ».
Pour l'avenir, elle a insisté sur la nécessité pour les États membres d'investir massivement dans « la prévention à long terme » et la gestion des crises (EUROPE 12788/16).
Plusieurs députés, notamment M. Arimont, ont salué le mécanisme de protection civile de l'UE qui a permis de voir arriver « en quelques heures des véhicules de sauvetage et des hélicoptères des pays voisins».
Mais les lacunes dans les États membres ont aussi été pointées du doigt.
RescEU, la réserve d'équipements stratégique du mécanisme de protection civile « ne fait que recycler le manque de moyens de chacun des États membres », selon Giórgos Georgíou (La Gauche, chypriote), estimant que « la réaction n'a pas été immédiate à Chypre » où « l'aide est arrivée une fois l'incendie maitrisé ». Son compatriote Leftéris Christofórou (PPE) a indiqué que Chypre proposait son territoire pour une unité d'intervention de maîtrise des incendies en Europe.
Selon Níkos Androulákis, il faut, pour l'avenir, acheter des canadairs, mettre en exergue la prévention afin que les pays soient mieux préparés et renforcer les plans de protection civile.
Si la plupart des députés a souligné que la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes cet été était « la preuve que le changement climatique est à l'oeuvre en Europe », Silvia Limmer (ID) a dénoncé une « propagande », soulignant que « des zones urbaines étanches ne sont pas la faute du climat ». (Pascal Hansens et Aminata Niang)